Ma­cron : les yeux dans les yeux

Comme avec les par­te­naires so­ciaux qu’il re­çoit sur la for­ma­tion et l’as­su­rance-chô­mage, le chef de l’Etat sys­té­ma­tise les tête-à-tête.

Les Echos - - FRANCE - Cé­cile Cor­nu­det ccor­nu­det@le­se­chos.fr

Lun­di, la se­maine s’ouvre sur un coup de gueule. Phi­lippe Mar­ti­nez ap­pelle de ses voeux « une grande jour­née uni­taire pour ra­battre un peu le ca­quet » d’Em­ma­nuel Ma­cron. Jeu­di, elle se pour­sui­vait sur une poi­gnée de main. « Vous êtes en forme ? », l’ac­cueille le chef de l’Etat à l’Ely­sée. « Je suis tou­jours en forme », ré­pond le lea­der de la CGT, for­cé­ment tout sou­rire. Quelques mi­nutes plus tard, on re­trouve ce sou­rire en images sur le site de l’Ely­sée. Peut-on ré­sis­ter à un tête-à-tête ? La ré­ponse est non, Em­ma­nuel Ma­cron le sait très bien. Il im­pose aux par­te­naires so­ciaux qu’il consulte sur la for­ma­tion, l’ap­pren­tis­sage et l’as­su­ran­ce­chô­mage de ve­nir sans leurs spé­cia­listes confé­dé­raux. Il com­mu­nique sur ces ren­contres via son compte Twit­ter. Les tête-à-tête em­pêchent les portes qui claquent, et li­mitent les pos­tures une fois sur le per­ron. On vient d’être re­çu par le pré­sident de la Ré­pu­blique, tout de même ! Les in­vi­tés bien sûr ne sont pas dupes. « Se voir, c’est bien, dis­cu­ter, ça sert tou­jours, mais nous n’avons pas des têtes d’ali­bi », glisse Phi­lippe Mar­ti­nez. Il n’em­pêche, il reste jus­qu’au bout, et se livre en­suite à une contor­sion lexi­cale presque po­si­tive. « Ça se passe cor­dia­le­ment, mais fer­me­ment », dit-il : im­pos­sible d’al­ler plus loin. Un tête-à-tête oblige. La suite se­ra sans doute plus com­pli­quée, mais pour Em­ma­nuel Ma­cron, le « la » est don­né. Ou­vert et construc­tif. Em­ma­nuel Ma­cron, qui veut ré­in­ven­ter l’exer­cice pré­si­den­tiel, a sys­té­ma­ti­sé ces ren­dez­vous les yeux dans les yeux. Sûr de son pou­voir de sé­duc­tion, il charme un Ni­co­las Hu­lot lors­qu’il pour­rait avoir des états d’âme. Après un dî­ner

« de trois heures » mer­cre­di soir, sou­ligne-t-il, le mi­nistre de la Tran­si­tion éco­lo­gique se dit « très heu­reux. Tout va bien » (France In­ter). « C’est sa fa­çon de nous em­bar­quer dans l’aven­ture, il nous parle, il donne tou­jours le sen­ti­ment qu’on est très im­por­tant à ses yeux, et nous voi­là re­par­tis comme en 40 », té­moigne un conseiller. Il em­barque et il res­pon­sa­bi­lise. Quand il anime des réunions de mi­nistres, il de­mande sou­vent à ce qu’ils viennent sans conseillers. « Il at­tend d’eux qu’ils connaissent leurs dos­siers par­fai­te­ment pour pou­voir s’en­ga­ger. Dans l’idéal, il vou­drait même qu’ils viennent sans dos­siers », rap­porte Si­beth Ndiaye, char­gée de la com­mu­ni­ca­tion. La po­li­tique est (aus­si) un art du ma­na­ge­ment.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.