Comment l’exé­cu­tif veut re­mettre à plat la po­li­tique fa­mi­liale

Le gou­ver­ne­ment se dit prêt à sup­pri­mer les al­lo­ca­tions fa­mi­liales pour les plus ai­sés, mais pas avant 2019 et une large concer­ta­tion.

Les Echos - - FRANCE - Sol­veig Go­de­luck @sol­wii

Ils ti­sonnent le feu qui couve, mais disent ne pas vou­loir de bra­sier. Ces der­niers jours, plu­sieurs membres de la ma­jo­ri­té par­le­men­taire et du gou­ver­ne­ment ont dé­cla­ré ne pas être hos­tiles à la sup­pres­sion des al­lo­ca­tions fa­mi­liales pour les mé­nages les plus ai­sés, mais vou­loir prendre le temps d’y ré­flé­chir.

Le Pre­mier mi­nistre, Edouard Phi­lippe, a dé­cla­ré mer­cre­di sur Fa­ce­book « com­prendre » qu’« un cer­tain nombre de gens au­jourd’hui disent : à quoi ça rime de tou­cher des pres­ta­tions fa­mi­liales quand une fa­mille gagne 6.000, 7.000, 8.000 eu­ros par mois ». Bru­no Le Maire prône, quant à lui, une ap­proche par le reste à charge des mé­nages, in­cluant l’ac­cès aux crèches, mais aus­si le quo­tient fa­mi­lial – le can­di­dat Ma­cron ayant plai­dé pour un re­lè­ve­ment de ce der­nier du­rant son man­dat « si les fi­nances pu­bliques le per­mettent ». Le rap­por­teur gé­né­ral du bud­get de la Sé­cu­ri­té so­ciale, le dé­pu­té La Ré­pu­blique En marche (LREM) Oli­vier Vé­ran, avait lan­cé le dé­bat pu­blic en dé­cla­rant fin sep­tembre vou­loir étu­dier la fin de l’uni­ver­sa­li­té des al­lo­ca­tions fa­mi­liales… à par­tir de l’an­née pro­chaine. Juste au­pa­ra­vant, et à l’ins­ti­ga­tion du gou­ver­ne­ment, la pré­si­dente de la com­mis­sion des Af­faires so­ciales de l’As­sem­blée, Bri­gitte Bour­gui­gnon, avait dé­ci­dé de créer une mis­sion d’in­for­ma­tion par­le­men­taire. Celle-ci dé­bu­te­ra ses tra­vaux à la fin de l’an­née en vue d’abou­tir à un rap­port au prin­temps.

Ne pas abî­mer le dy­na­misme dé­mo­gra­phique

La fin de l’uni­ver­sa­li­té des al­lo­ca­tions fa­mi­liales s’ins­cri­rait dans le sillage de la ré­forme de 2015, qui les a di­vi­sées par deux pour les couples ayant un re­ve­nu su­pé­rieur à 6.000 eu­ros, et par quatre avec plus de 8.000 eu­ros. Néan­moins, Edouard Phi­lippe a dit qu’il fau­drait at­tendre « un vrai bon dé­bat » avant d’agir, et il a sou­le­vé deux écueils. Pre­miè­re­ment, le risque d’abî­mer le dy­na­misme dé­mo­gra­phique, qui a dé­jà di­mi­nué ces der­nières an­nées.

Deuxiè­me­ment, la fin de l’uni­ver­sa­li­té dans ce do­maine ris­que­rait d’ou­vrir la voie à une ré­forme sem­blable dans l’as­su­rance-ma­la­die : « La ques­tion qui se­ra for­cé­ment po­sée si on re­vient sur cette pres­ta­tion, c’est la ques­tion de sa­voir si tout le monde va payer la même chose ou re­ce­voir la même chose sur des pres­ta­tions qui ne sont pas des pres­ta­tions so­ciales », a ex­po­sé le chef du gou­ver­ne­ment. Si l’on met tout l’Etat-pro­vi­dence sous condi­tions de res­sources, on mine le pacte so­cial. Le même jour, la mi­nistre des So­li­da­ri­tés et de la San­té, Agnès Bu­zyn, in­ter­ro­gée sur son pro­jet de loi en com­mis­sion, a éga­le­ment poin­té le risque pour la na­ta­li­té. « Nous al­lons re­dé­fi­nir les grands ob­jec­tifs de la po­li­tique fa­mi­liale avec les as­so­cia­tions. L’uni­ver­sa­li­té pour­ra être ques­tion­née, mais pas de fa­çon idéo­lo­gique », a dé­cla­ré la mi­nistre, qui met en avant les nou­veaux be­soins des fa­milles :

« Nous al­lons re­dé­fi­nir les grands ob­jec­tifs de la po­li­tique fa­mi­liale. L’uni­ver­sa­li­té pour­ra être ques­tion­née, mais pas de fa­çon idéo­lo­gique. » AGNÈS BU­ZYN Mi­nistre des So­li­da­ri­tés et de la San­té

conci­lia­tion vie pri­vée et pro­fes­sion­nelle, ap­pren­tis­sage de la pa­ren­ta­li­té.

Une économie de 70 mil­lions d’eu­ros dès 2018

Elle a dé­fen­du son pro­jet de ré­forme pour 2018, qui am­pli­fie d’ores et dé­jà le ca­rac­tère re­dis­tri­bu­tif de la po­li­tique fa­mi­liale. Le com­plé­ment de mode de garde va aug­men­ter pour les seules fa­milles mo­no­pa­ren­tales. Au­jourd’hui, 83.000 pa­rents iso­lés touchent cette pres­ta­tion ; mais il y a beau­coup de temps par­tiels su­bis ou de chô­mage chez cette po­pu­la­tion qui éprouve des dif­fi­cul­tés fi­nan­cières à faire gar­der ses en­fants. Cette me­sure ap­pli­cable en oc­tobre 2018 ne coû­te­rait que 10 mil­lions d’eu­ros la pre­mière an­née, puis 40 mil­lions les an­nées sui­vantes.

Elle se­ra plus que fi­nan­cée par la baisse du pla­fond de res­sources de l’al­lo­ca­tion de base de la pres­ta­tion d’ac­cueil du jeune en­fant. Cette me­sure per­met­tra d’éco­no­mi­ser 70 mil­lions d’eu­ros dès 2018. Elle ne se­ra ap­pli­cable qu’aux en­fants nés après avril 2018, avec des éco­no­mies crois­santes an­née après an­née. ■

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.