Les grandes écoles craignent une chute de leurs res­sources

Avec la ré­forme de l’ap­pren­tis­sage, les écoles de ma­na­ge­ment et d’in­gé­nieurs re­doutent de perdre 10 à 20 % de leur bud­get. Les frais de sco­la­ri­té pour­raient s’en­vo­ler, pré­viennent-elles.

Les Echos - - FRANCE - Ma­rie-Ch­ris­tine Cor­bier @mc­cor­bier

C’est une piste de tra­vail du gou­ver­ne­ment qui in­quiète les grandes écoles : une part de la taxe d’ap­pren­tis­sage, qui leur est al­louée, pour­rait être sup­pri­mée. Cette part, ap­pe­lée « hors quo­ta », est ver­sée par les en­tre­prises pour fi­nan­cer des for­ma­tions hors ap­pren­tis­sage ou pour com­plé­ter les coûts de for­ma­tion en ap­pren­tis­sage. Ce « hors quo­ta » re­pré­sente 23 % des re­cettes de la taxe d’ap­pren­tis­sage, et une par­tie – de l’ordre de 130 mil­lions d’eu­ros – re­vient aux écoles de ma­na­ge­ment et d’in­gé­nieurs. Ce­la re­pré­sente 10 à 20 % de leur bud­get, s’alarme la Confé­rence des grandes écoles (CGE).

L’exé­cu­tif n’a pas en­core tran­ché. Mais toutes les écoles ont en tête les idées avan­cées du­rant la cam­pagne pré­si­den­tielle. Em­ma­nuel Ma­cron vou­lait alors consa­crer ce « hors quo­ta » au fi­nan­ce­ment des seules ac­tions d’ap­pren­tis­sage. Et uti­li­ser cet argent pour fi­nan­cer la créa­tion de 100.000 places dans les for­ma­tions pro­fes­sion­nelles de ni­veau li­cence, avec en ligne de mire des li­cences pro­fes­sion­nelles pré­pa­rées en al­ter­nance, sur trois ans, avec le concours des branches pro­fes­sion­nelles.

« On nous pro­met une concer­ta­tion tout en nous di­sant dé­jà que le “hors quo­ta” se­ra sup­pri­mé », re­grette le re­pré­sen­tant d’une grande école. « Rien n’est joué, on a trois mois pour convaincre », veut croire un autre. « Cet argent nous per­met d’in­ves­tir dans l’ex­cel­lence de nos pro­grammes et d’évi­ter une crois­sance di­recte des frais de sco­la­ri­té, af­firme Pa­trice Hou­dayer, di­rec­teur des pro­grammes de Ske­ma, dans le top 10 des écoles de ma­na­ge­ment. Les en­tre­prises in­ves­tissent dans leur ac­ti­vi­té in­dus­trielle, il est nor­mal qu’elles le fassent aus­si dans les ta­lents qu’elles vont re­cru­ter, en ver­sant les fonds du “hors quo­ta” à cer­taines écoles. »

« Une faute po­li­tique »

Faire cette ré­forme se­rait « une faute po­li­tique », pré­vient Loïck Roche, vice-pré­sident de la CGE. Si tel est le cas, les écoles pro­mettent d’aug­men­ter leurs frais de sco­la­ri­té. La ré­forme de l’ap­pren­tis­sage de 2014 a dé­jà ré­duit les re­cettes des écoles au titre de cette taxe et « gé­né­ré une hausse si­gni­fi­ca­tive des frais de sco­la­ri­té dans des écoles de ma­na­ge­ment », de 17 % en moyenne, rap­pelle la CGE.

Cer­tains res­pon­sables d’école vont plus loin et me­nacent de quit­ter la France. C’est le cas d’Alice Guil­hon, di­rec­trice gé­né­rale de Ske­ma : « On a cas­sé l’an­née de cé­sure avec la loi de 2014, au­jourd’hui on veut nous en­le­ver la taxe. A chaque fois qu’on fait un pas en avant, on nous met des bâ­tons dans les roues. Si ce­la conti­nue, on ira jouer ailleurs. »

La CGE ajoute que les sommes en jeu cor­res­pondent en vo­lume au mon­tant des bourses des écoles, et que le gou­ver­ne­ment met­trait ain­si un frein à leur ou­ver­ture so­ciale. D’autres pointent le fait que la ré­forme du gou­ver­ne­ment por­te­rait « un coup d’ar­rêt à l’évo­lu­tion de l’ap­pren­tis­sage dans les écoles ». Ces der­nières ac­cueillent au­jourd’hui 70.000 ap­pren­tis, soit 11 % de leurs étu­diants, se­lon la CGE. Avec un ob­jec­tif de 25 % en 2025. ■

Pho­to Mar­tin Bu­reau/AFP

Les mi­nistres du Tra­vail, Mu­riel Pé­ni­caud, et de l’Edu­ca­tion, JeanMi­chel Blan­quer, par­ti­ci­pe­ront aux dis­cus­sions avec les par­te­naires so­ciaux la se­maine pro­chaine à Ma­ti­gnon.

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