Les par­te­na­riats pu­blic-pri­vé en vogue au Proche-Orient

Les PPP sont en plein es­sor dans les pays du Proche-Orient et en Afrique du Nord.

Les Echos - - MONDE - Yves Bour­dillon @yves­bour­dillon

Une vogue im­pres­sion­nante. Les par­te­na­riats pu­blic-pri­vé (PPP) sont en plein es­sor au Proche-Orient et en Afrique du Nord, avec 156 pro­jets en cours fin juillet (hors sec­teur de l’éner­gie), pour un in­ves­tis­se­ment to­tal réa­li­sé ou pro­je­té de 206 mil­liards de dol­lars. En hausse de rien moins que 116 % sur le mon­tant éva­lué douze mois plus tôt, se­lon une étude de Middle East Eco­no­mic Di­gest (MEED) dif­fu­sée mer­cre­di, qui es­time qu’il s’agit là du « dé­ve­lop­pe­ment stra­té­gique le plus si­gni­fi­ca­tif dans le pay­sage éco­no­mique de la ré­gion de­puis la na­tio­na­li­sa­tion des in­dus­tries pé­tro­lières dans les an­nées 1970 ».

Le co­or­di­na­teur du rap­port, Ri­chard Thomp­son, ajoute que la chute des prix du pé­trole de­puis trois ans em­pêche les seize Etats sui­vis par l’étude de « fi­nan­cer di­rec­te­ment les gi­gan­tesques pro­jets d’in­fra­struc­tures et de ser­vices pu­blics né­ces­saires pour faire face à l’ex­pan­sion dé­mo­gra­phique et l’élar­gis­se­ment de la base in­dus­trielle lo­cale ». En consé­quence, ces Etats se tournent vers le pri­vé pour « conce­voir, construire, fi­nan­cer et opé­rer » des ser­vices pu­blics.

Cette « bas­cule » d’un contrôle en­tiè­re­ment éta­tique des pro­jets vers le sec­teur pri­vé n’est tou­te­fois pas ai­sée, car elle im­plique un bou­le­ver­se­ment de la ma­nière dont des in­dus­tries sont ré­gu­lées, du cal­cul des coûts, ou des en­ti­tés ayant la lé­gi­ti­mi­té pour prendre les dé­ci­sions. L’élé­ment es­sen­tiel est « un équi­libre entre l’al­lo­ca­tion des risques et le bé­né­fice pour cha­cune des par­ties pre­nantes ». D’ailleurs, un quart des PPP lan­cés de­puis 1996 n’a pas abou­ti, sou­ligne MEED, en rai­son d’une im­pos­si­bi­li­té de se mettre d’ac­cord sur la ré­par­ti­tion des risques, ou d’un manque de ga­ran­tie des re­ve­nus.

Au stade de la concep­tion

Le re­cours ac­cru aux PPP im­plique aus­si une lé­gis­la­tion spé­ci­fique, que la plu­part des pays de la ré­gion, à l’ex­cep­tion de Bah­rein, ont in­tro­duite ou comptent in­tro­duire très pro­chai­ne­ment, par exemple d’ici à la fin de l’an­née pour Oman et le Qa­tar. Riyad et Ko­weït, ain­si que Du­baï, dis­posent dé­jà d’un dé­par­te­ment consa­cré aux PPP. L’Ara­bie saou­dite, qui a mis les PPP au coeur de son Agen­da 2030, est le pre­mier don­neur d’ordre, avec des pro­jets de 42,9 mil­liards pré­vus ou en cours, de­vant le Ko­weït (30,5 mil­liards), le Ma­roc (29,2 mil­liards) et les Emi­rats arabes unis (19,4 mil­liards). Sec­teur par sec­teur, ce sont les trans­ports (fer­ro­viaires, aé­riens, rou­tiers, ports) qui se taillent la part du lion des pro­jets, avec 93 mil­liards, soit 48 % du to­tal, de­vant le lo­ge­ment (51 mil­liards) et l’eau (30 mil­liards) En­vi­ron 60 % des pro­jets n’en sont en­core qu’au stade de la concep­tion et se­ront at­tri­bués dans les cinq à six pro­chaines an­nées. ■

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