Le doute s’ins­talle sur le res­pect des en­ga­ge­ments sur l’em­ploi de GE

Lors du ra­chat des ac­ti­vi­tés éner­gie d’Al­stom, Ge­ne­ral Elec­tric s’est en­ga­gé à créer 1.000 em­plois net en France.

Les Echos - - INDUSTRIE &SERVICES - Vé­ro­nique Le Billon @VLeBillon

« Par rap­port à ce dos­sier, je n’ai que ce seul cri­tère : qu’est-ce qui se­ra le plus fa­vo­rable à la créa­tion d’ac­ti­vi­té en France et à l’em­ploi en France ? » Il y a trois ans, pour cal­mer les cri­tiques au­tour du ra­chat des ac­ti­vi­tés Ener­gie d’Al­stom par Ge­ne­ral Elec­tric (GE), Fran­çois Hol­lande avait, au nom de l’Etat, pa­ra­phé un ac­cord avec GE, par le­quel ce der­nier s’en­ga­geait no­tam­ment à créer 1.000 em­plois net dans les ac­ti­vi­tés in­dus­trielles de GE en France d’ici fin 2018. Deux ans après la clô­ture de l’opé­ra­tion, le doute s’ins­talle sur la ca­pa­ci­té du groupe à res­pec­ter ses pro­messes. « C’était dé­jà dif­fi­ci­le­ment te­nable avec le pre­mier plan so­cial de GE dé­but 2016, et main­te­nant il faut ra­jou­ter les 350 postes de l’hy­drau­lique à Gre­noble… », ré­sume un élu CFDT.

Se­lon le syn­di­cat, les ef­fec­tifs in­dus­triels de GE et Al­stom en France étaient de 14.628 postes en no­vembre 2015, et ils n’étaient plus que 14.228 un an plus tard. Ce qui sup­po­se­rait, pour res­pec­ter l’ac­cord, de réa­li­ser 1.400 créa­tions nettes d’em­plois d’ici fin 2018. « Notre plan se dé­roule comme pré­vu, et au­jourd’hui, nous pou­vons dire que nous sommes à mi-che­min. Nous con­ti­nuons de mettre tout en oeuvre pour at­teindre cet ob­jec­tif », as­sure de son cô­té GE, in­di­quant que le plan so­cial de dé­but 2016 a frei­né un temps les pos­si­bi­li­tés de nou­velles em­bauches. Le gou­ver­ne­ment a as­su­ré qu’il se­rait « ex­trê­me­ment at­ten­tif à ce que Ge­ne­ral Elec­tric res­pecte tous ses en­ga­ge­ments, et no­tam­ment la créa­tion nette de 1.000 em­plois ».

Dé­but 2016, GE avait an­non­cé 765 dé­parts en France, fi­na­le­ment ra­me­nés à moins de 590 sa­la­riés, in­dique la di­rec­tion. Pour faire croître ses ef­fec­tifs, le conglo­mé­rat a mul­ti­plié les an­nonces avec des ob­jec­tifs am­bi­tieux à fin 2018 : lan­ce­ment d’une « fon­de­rie di­gi­tale » (250 postes), centre de ser­vices par­ta­gés à Bel­fort (250 postes), vi­vier de jeunes ta­lents (240 postes), créa­tion de 310 postes in­dus­triels.

Mais il reste du che­min à par­cou­rir : à Bel­fort, les ser­vices par­ta­gés (en par­tie ra­pa­triés de Hon­grie) oc­cupent « 130 à 140 per­sonnes », se­lon un élu. GE a aus­si ré­in­ter­na­li­sé une cen­taine de postes jus­qu’alors sous-trai­tés sur le site. « Ils ont juste chan­gé de bleu de tra­vail », pour­suit cet élu. Quant à l’ac­ti­vi­té d’im­pres­sion 3D an­non­cée dans la ré­gion, « on n’en en­tend plus par­ler ». Et à Pa­ris, la fon­de­rie di­gi­tale oc­cu­pait une cin­quan­taine de per­sonnes fin 2016, se­lon un élu.

Usine à Cher­bourg

GE es­time que le « plan de trans­for­ma­tion » de l’ac­ti­vi­té hy­drau­lique à Gre­noble se­ra quant à lui « com­pen­sé » par la construc­tion d’une usine de pales d’éo­liennes à Cher­bourg, avec « l’em­bauche de 550 per­sonnes à terme (à pleine charge) ». Le pro­jet, lié au ra­chat du da­nois LM Wind cette an­née, table sur une ou­ver­ture « au se­cond se­mestre 2018 », et suc­cède à un pro­jet d’Al­stom non abou­ti. Or, l’ac­cord si­gné entre l’Etat et GE pré­voyait que les pro­jets d’usines liés aux parcs d’éo­liennes en mer at­tri­bués à Al­stom n’en­traient pas dans le dé­compte des en­ga­ge­ments de GE. Dans ce jeu de bon­ne­teau, le ca­bi­net Vi­geo a été dé­si­gné juge de paix, mais ses au­dits an­nuels ne sont pas pu­blics. Et si un « co­mi­té de pi­lo­tage » des en­ga­ge­ments a été créé entre l’Etat et GE, les re­pré­sen­tants du per­son­nel n’en font pas par­tie.

A l’échelle de GE, les pro­messes valent da­van­tage pour la ré­pu­ta­tion que pour leur mon­tant. Car, en cas de non-res­pect, les sanc­tions se­ront mo­destes : 50.000 eu­ros par em­ploi non créé, pla­fon­né à 50 mil­lions d’eu­ros, pré­cise l’ac­cord entre l’Etat et GE. Un mon­tant qui se­rait al­loué « à un fonds de re­vi­ta­li­sa­tion ». Après fin 2018, les en­ga­ge­ments de GE sur l’em­ploi tom­be­ront, et ceux sur les sites aus­si. L’ac­cord sti­pu­lait que GE s’en­ga­geait « à ne fer­mer au­cun des sites de fa­bri­ca­tion ac­tuels d’Al­stom en France avant le troi­sième an­ni­ver­saire de la clô­ture de l’opé­ra­tion ». ■

A l’échelle de GE, les pro­messes valent da­van­tage pour la ré­pu­ta­tion que pour leur mon­tant.

Pho­to Phi­lippe Des­mazes/AFP

L’usine de GE Hy­dro à Gre­noble. La di­rec­tion pré­voit tou­jours de mettre fin à la prin­ci­pale ac­ti­vi­té de fa­bri­ca­tion de tur­bines hy­drau­liques.

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