Les Etats-Unis au­to­risent le pre­mier mé­di­ca­ment connec­té

● Les au­to­ri­tés sa­ni­taires ont ap­prou­vé la mise sur le mar­ché d’un an­ti­psy­cho­tique in­cor­po­rant un cap­teur. ● Il en­voie des in­for­ma­tions comme la date et l’heure d’in­ges­tion du mé­di­ca­ment, via un signal Blue­tooth.

Les Echos - - LA UNE - El­sa Co­ne­sa @El­saCo­ne­sa —Bu­reau de New York

Les mé­di­ca­ments se­ront bien­tôt plus in­tel­li­gents que les ma­lades. La Food and Drug ad­mi­nis­tra­tion (FDA), l’agence amé­ri­caine du mé­di­ca­ment, vient d’ap­prou­ver la mise sur le mar­ché de la pre­mière « pi­lule connec­tée » : un an­ti­psy­cho­tique in­cor­po­rant un cap­teur ca­pable de tra­cer la ré­gu­la­ri­té à la­quelle il est ab­sor­bé. Bap­ti­sé Abi­li­fy MyCite, ce trai­te­ment des­ti­né aux per­sonnes souf­frant de schi­zo­phré­nie et de troubles bi­po­laires se­ra pro­po­sé à cer­tains as­su­reurs à par­tir de l’an pro­chain.

Les cap­teurs in­gé­rables existent de­puis plu­sieurs an­nées, mais c’est la pre­mière fois que l’un d’eux est in­cor­po­ré dans un mé­di­ca­ment. Se­lon ses pro­mo­teurs, la tech­no­lo­gie est pro­met­teuse : elle doit per­mettre d’amé­lio­rer le sui­vi des pa­tients qui ont du mal à res­pec­ter leurs pres­crip­tions, comme les per­sonnes âgées ou les per­sonnes souf­frant

Le cap­teur peut aus­si col­lec­ter des élé­ments sur le rythme de vie (heures de som­meil, ni­veau d’ac­ti­vi­té…).

de troubles men­taux. Un phé­no­mène qui coû­te­rait jus­qu’à 100 mil­liards de dol­lars par an en frais mé­di­caux sup­plé­men­taires, se­lon les ex­perts. Elle pour­rait aus­si per­mettre aux mé­de­cins de pré­ve­nir les pro­blèmes d’ac­cou­tu­mance à cer­tains trai­te­ments, comme les an­ti­dou­leur à base d’opia­cés.

Signal Blue­tooth

Le sys­tème est simple : le cap­teur, de la taille d’une puce, gé­nère un signal élec­trique lors­qu’il entre en contact avec les sucs gas­triques. Ce­lui-ci est en­suite dé­tec­té par un patch col­lé sur le corps, qui en­voie des in­for­ma­tions comme la date et l’heure d’in­ges­tion du mé­di­ca­ment, via un signal Blue­tooth, à une ap­pli­ca­tion sur smart­phone. Le cap­teur peut aus­si col­lec­ter des élé­ments sur le rythme de vie (heures de som­meil, ni­veau d’ac­ti­vi­té…). Les pa­tients peuvent au­to­ri­ser jus­qu’à cinq per­sonnes à re­ce­voir ces in­for­ma­tions.

Ce « mé­di­ca­ment élec­tro­nique » est is­su d’une col­la­bo­ra­tion entre le la­bo­ra­toire ja­po­nais Ot­su­ka, qui fa­brique ac­tuel­le­ment l’an­ti­psy­cho­tique Abi­li­fy, et l’en­tre­prise ca­li­for­nienne Pro­teus Di­gi­tal Health, qui a conçu le cap­teur. Pro­fi­tant de l’ap­pé­tit des in­ves­tis­seurs pour le sec­teur de la san­té, cette der­nière a le­vé 400 mil­lions de dol­lars au­près de fonds et d’autres la­bo­ra­toires, dont No­var­tis, pour fi­nan­cer ses tra­vaux sur les cap­teurs.

Lignes de conduite

Les fonds de ca­pi­tal-risque ont in­jec­té 4,2 mil­liards de dol­lars dans un peu moins de 300 start-up de la san­té l’an der­nier, se­lon le fonds ca­li­for­nien Rock Health. Et la FDA, qui s’at­tend à re­ce­voir de nom­breuses de­mandes d’au­to­ri­sa­tion dans ce do­maine, va ren­for­cer ses équipes pour amé­lio­rer son ex­per­tise. Elle a aus­si ap­pe­lé les en­tre­pre­neurs à l’ai­der à mettre au point des lignes de conduite.

Le prix d’Abi­li­fy MyCite, qui n’a pas en­core été fixé, dé­pen­dra pro­ba­ble­ment de l’ac­cueil que lui ré­ser­ve­ront les as­su­reurs san­té, pour qui cette tech­no­lo­gie de­vrait être une source d’im­por­tantes éco­no­mies. Ceux-ci pour­raient en re­tour consen­tir des ré­duc­tions ta­ri­faires aux pa­tients ac­cep­tant ces trai­te­ments.

Cer­tains mé­de­cins s’élèvent tou­te­fois dé­jà contre l’uti­li­sa­tion po­ten­tiel­le­ment in­tru­sive et coer­ci­tive de cette tech­no­lo­gie. Pour ten­ter de ré­pondre à ces ques­tion­ne­ments, Ot­su­ka a d’ailleurs em­bau­ché plu­sieurs spé­cia­listes de bioé­thique. ■

Photo Bloom­berg

Cette tech­no­lo­gie pour­rait être une source d’im­por­tantes éco­no­mies pour les as­su­reurs san­té.

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