La fi­lière ali­men­taire signe un ar­mis­tice

C’est un « ac­cord his­to­rique » pour le mi­nistre de l’Agri­cul­ture. Tout dé­pen­dra ce­pen­dant in fine de la loi vo­tée dé­but 2018.

Les Echos - - LA UNE - Phi­lippe Ber­trand @Ber­tra1 Phi­lippe Lire l’éditorial de Jean-Fran­cis Pé­cresse Page 9

CON­SOM­MA­TION Ça y est. Le mi­nistre de l’Agri­cull­ture, Stéphane Tra­vert, a réus­si à faire si­gner aux agri­cul­teurs, aux in­dus­triels de l’agroa­li­men­taire et aux dis­tri­bu­teurs une charte les en­ga­geant à res­pec­ter les bonnes ré­so­lu­tions prises lors des Etats gé­né­raux de l’ali­men­ta­tion. Même Mi­chel-Edouard Le­clerc, l’en­fant ter­rible de la dis­tri­bu­tion, a ap­po­sé son pa­raphe. L’es­sen­tiel du texte : la prise en compte des coûts de pro­duc­tion et la juste ré­mu­né­ra­tion des agri­cul­teurs. Reste aux pro­ta­go­nistes à réus­sir les épreuves pra­tiques que consti­tuent les né­go­cia­tions com­mer­ciales.

« C’est un ac­cord his­to­rique, il ne manque per­sonne au­tour de la table », s’est fé­li­ci­té Stéphane Tra­vert. Comme an­non­cé lun­di par « Les Echos », agri­cul­teurs, in­dus­triels et dis­tri­bu­teurs ont si­gné mar­di après-mi­di une « Charte d’en­ga­ge­ment pour une re­lance de la créa­tion de va­leur et pour son équi­table ré­par­ti­tion au sein des fi­lières agroa­li­men­taires fran­çaises ». Long­temps ré­ti­cent, Mi­chelE­douard Le­clerc a pa­ra­phé le texte dans sa… trente-cin­quième ver­sion.

« Cette charte n’in­vente rien sur le fond : elle tra­duit de ma­nière concrète, et dans l’at­tente d’étapes à ve­nir, l’état d’es­prit nou­veau qui a mar­qué la pre­mière phase » des Etats gé­né­raux de l’ali­men­ta­tion, a in­di­qué le mi­nistre de l’Agri­cul­ture. « Mais elle est pro­fon­dé­ment in­no­vante en el­le­même », a-t-il in­sis­té. A dé­faut d’être un do­cu­ment ju­ri­di­que­ment op­po­sable, elle est « un en­ga­ge­ment qui vous en­gage, po­li­ti­que­ment et mo­ra­le­ment », a lan­cé Stéphane Tra­vert aux si­gna­taires.

Les par­ties pre­nantes pro­mettent de « mettre en oeuvre, dès les né­go­cia­tions com­mer­ciales qui se sont ou­vertes le 1er no­vembre, les prin­cipes des pro­po­si­tions éco­no­miques is­sues des tra­vaux des pre­miers ate­liers des Etats gé­né­raux ».

Les neuf pages rap­pellent en in­tro­duc­tion les ob­jec­tifs de la

« ré­vo­lu­tion agri­cole » vou­lue par Em­ma­nuel Ma­cron. Le but est de trans­for­mer les fi­lières agri­coles pour mettre à dis­po­si­tion du consom­ma­teur « une ali­men­ta­tion saine, sûre, du­rable, ac­ces­sible à tous ». Cette évo­lu­tion né­ces­site que les agri­cul­teurs vivent « di­gne­ment de leur tra­vail par le paie­ment de prix justes ». Ce­la sup­pose de construire les prix à par­tir de l’amont, en pre­nant en compte les coûts de pro­duc­tion et la vo­la­ti­li­té des mar­chés.

La lo­gique de la concur­rence

A cha­cun sa tâche. Les pro­duc­teurs doivent ren­for­cer leurs or­ga­ni­sa­tions pro­fes­sion­nelles et né­go­cier col­lec­ti­ve­ment afin d’abou­tir à « la trans­for­ma­tion des sys­tèmes agri­coles ». Les co­opé­ra­tives sont ap­pe­lées à la trans­pa­rence vis-à-vis de leurs membres. Les en­tre­prises de l’ali­men­taire s’en­gagent, elles, à « as­su­rer un juste re­tour » aux pro­duc­teurs « dans un es­prit de trans­pa­rence ». Les dis­tri­bu­teurs, en­fin, sont cen­sés as­su­rer « la mon­tée en gamme de l’offre ali­men­taire » avec des « prix res­pon­sables à l’égard du consom­ma­teur » tout en payant mieux la pro­duc­tion. Au pas­sage, le gou­ver­ne­ment les a pous­sés à veiller « au main­tien du tis­su des en­tre­prises de l’ali­men­taire sur le ter­ri­toire ». Vaste pro­gramme.

L’en­semble ne consti­tue qu’une pro­fes­sion de foi des si­gna­taires : « Nous nous en­ga­geons à res­pec­ter stric­te­ment le cadre lé­gis­la­tif et ré­gle­men­taire en vi­gueur et à ve­nir, no­tam­ment en ma­tière de seuil de re­vente à perte et de pro­mo­tions. » Au­tant dire que tout dé­pen­dra de la loi qui se­ra vo­tée au pre­mier se­mestre 2018. Les ar­ti­sans du consen­sus, la Fé­dé­ra­tion de la dis­tri­bu­tion (FCD), les agri­cul­teurs (FNSEA), les in­dus­triels (Ania) et les co­opé­ra­teurs (Coop de France) au­raient pré­fé­ré que le gou­ver­ne­ment aille plus vite par le biais d’une or­don­nance. On les com­prend. La dis­cus­sion par­le­men­taire peut être l’oc­ca­sion de nom­breux amen­de­ments. Mais la loi peut aus­si de­ve­nir plus contrai­gnante que pré­vu ini­tia­le­ment. Cette crainte de­vrait pous­ser les uns et les autres à ne pas tendre plus qu’il ne faut les né­go­cia­tions com­mer­ciales en cours. A moins que la lo­gique de la concur­rence ne ba­laie les bonnes in­ten­tions af­fi­chées…

Les si­gna­taires de la charte au mi­nis­tère de l’Agri­cul­ture. Au centre, te­nant la charte, Stéphane Tra­vert, le mi­nistre de l’Agri­cul­ture.

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