La guerre per­due entre centres et pé­ri­phé­ries

TEN­DANCE// De nou­veaux pro­jets de centres com­mer­ciaux conti­nuent de voir le jour, neufs ou ré­no­vés. Beau­coup se dé­ve­loppent dé­sor­mais en ville.

Les Echos - - LA UNE - Ca­the­rine Sab­bah

C’est la sai­son… A la veille du Ma­pic, le Sa­lon qui re­groupe tous les pro­fes­sion­nels de l’im­mo­bi­lier cette se­maine à Cannes, tombent les an­nonces et les ru­bans… Klé­pierre avait ou­vert le bal avec l’ex­ten­sion de Val d’Eu­rope à Marne-la-Val­lée en juillet. Uni­bail vient d’inau­gu­rer son centre ré­no­vé et agran­di de Sé­nart et achève la trans­for­ma­tion de Par­ly 2, Al­ta­rea Co­ge­dim a lan­cé sa Pro­me­nade de Flandre à Neu­ville-en-Fer­rain, à che­val entre la Bel­gique et la France, et Frey son Shop­ping Pro­me­nade à Amiens. Ap­sys ouvre Muse à Metz, der­rière la gare… Et ces mêmes groupes an­noncent leurs nou­veaux pro­jets de dé­ve­lop­pe­ment, sur­tout dans des grandes ag­glo­mé­ra­tions qui ne manquent pour­tant pas de com­merce.

Des centres, au centre

En vue, les villes en crois­sance et les mé­tro­poles comme Bor­deaux, la cou­ronne pa­ri­sienne, la fron­tière ge­ne­voise, où Al­ta­rea Co­ge­dim an­nonce 45.000 mètres car­rés, Mar­seille où le Pra­do ados­sé au Stade-Vé­lo­drome ou­vri­ra au prin­temps… En nombre de mètres car­rés, les au­to­ri­sa­tions se comptent tou­jours en di­zaines de mil­liers mais entre 2012 et 2016, seules 40 % des sur­faces au­to­ri­sées ont été ef­fec­ti­ve­ment construites, d’après le conseil Cush­man & Wa­ke­field.

Même si le Conseil na­tio­nal des centres com­mer­ciaux (CNCC) a inau­gu­ré une jour­née de dis­cus­sions au dé­but du mois d’oc­tobre sur le com­merce et la ville, la hache de guerre n’est pas en­ter­rée, loin de

là, entre le centre et la pé­ri­phé­rie. « Mais les élus ont beau jeu d’ac­cu­ser les grandes fon­cières, ce sont sou­vent eux qui leur ac­cordent des au­to­ri­sa­tions. Et beau­coup ont tout fait pour vi­der eux-mêmes leurs centres en les ren­dant in­ac­ces­sibles aux voi­tures. Nous sommes les boucs émis­saires idéaux », pré­cise An­toine Frey, le pré­sident du CNCC. Il pré­cise que 80 % des pro­jets en dé­ve­lop­pe­ment pour les an­nées 2018-2020 se­ront construits en centre-ville et sou­ligne le rôle d’amé­na­geur ur­bain qu’en­dossent de plus en plus ces grands groupes. Un son­dage (com­man­dé par la fon­cière bri­tan­nique Ham­mer­son) montre que 31 % des

placent le centre com­mer­cial en tête de leurs des­ti­na­tions shop­ping, qu’il soit si­tué en ville ou en pé­ri­phé­rie. Pra­tique, ac­ces­sible, do­té de ser­vices qui per­mettent de payer tous ses ar­ticles en une seule fois, de ré­cu­pé­rer des achats choi­sis en ligne ou au contraire de se faire li­vrer des pro­duits ache­tés en rayon… Les Fran­çais plé­bis­citent une or­ga­ni­sa­tion que les cen­tres­villes et les com­merces in­dé­pen­dants offrent ra­re­ment. C’est peu­têtre la rai­son pour la­quelle la va­cance com­mer­ciale conti­nue d’y aug­men­ter, se­lon l’as­so­cia­tion d’en­seignes Pro­cos, qui compte une bou­tique vide sur dix. « Mais à nou-

veau, il faut dis­tin­guer les ter­ri­toires, là où les centres com­mer­ciaux fonc­tionnent bien, les com­merces in­dé­pen­dants n’ont pas à se plaindre. A l’in­verse, dans cer­taines villes moyennes ou pe­tites, tous les types de com­merce ont ten­dance à pé­ri­cli­ter », ex­plique Em­ma­nuel Le Roch, le dé­lé­gué gé­né­ral de l’as­so­cia­tion.

Le mo­dèle fran­çais est-il du­rable ?

Et tous se posent beau­coup de ques­tions sur l’ave­nir : le mo­dèle fran­çais de l’hy­per­mar­ché est-il du­rable ? Cer­taines en­seignes ali­men­taires, concur­ren­cées par leurs propres marques de su­péF­ran­çais rettes ou de su­per­mar­chés en ville, com­mencent à res­treindre les sur­faces qu’elles oc­cupent dans les grands centres, Casino le fait, Au­chan y ré­flé­chit. A l’in­verse, les ex­ten­sions de centres com­mer­ciaux ac­cueillent sur des es­paces de 3.000 à 4.000 mètres car­rés des lo­co­mo­tives qui ont chan­gé de nom, Pri­mark en tête, et jus­ti­fient les ex­ten­sions. « Ils ont trente ans d’âge en moyenne, on ne peut guère les mo­der­ni­ser et ac­cueillir ces en­seignes qui ont be­soin de place, de lu­mière, de mettre en avant leur iden­ti­té sans construire de nou­veaux es­paces », pour­suit An­toine Frey.

Jus­qu’alors dis­per­sés, des maires se sont ré­cem­ment re­grou­pés pour par­ler d’une seule voix por­tée par Pa­trick Vi­gnal, dé­pu­té de l’Hé­rault et pré­sident de l’as­so­cia­tion Centre-Ville en mou­ve­ment. Ils ré­clament un mo­ra­toire sur l’ou­ver­ture de nou­veaux mètres car­rés de com­merce et que le sau­ve­tage des centres-villes soit dé­cla­ré « cause na­tio­nale ». Ecou­tés par le mi­nistre de la Co­hé­sion des ter­ri­toires, Jacques Mé­zard, ils n’ont pas été en­ten­dus par Ber­cy, qui dé­fend la li­ber­té d’ins­tal­la­tion.

Ils ne sont pour­tant pas les seuls à dé­non­cer la concur­rence. Al­ta­rea Co­ge­dim, le pro­prié­taire de Cap 3000 à Nice, a at­ta­qué la dé­cla­ra­tion d’uti­li­té pu­blique qui au­to­rise, à Val­bonne, tout près, la créa­tion par la Com­pa­gnie de Phals­bourg d’un centre de 96.000 mètres car­rés, dont 60.000 de sur­faces de vente. Cette nou­velle concur­rence entre fon­cières pour­rait être le signe d’un vrai trop-plein… ■

Les Fran­çais plé­bis­citent une or­ga­ni­sa­tion que les centres-villes et les com­merces in­dé­pen­dants offrent ra­re­ment.

« Les élus ont beau jeu d’ac­cu­ser les grandes fon­cières, ce sont sou­vent eux qui leur ac­cordent des au­to­ri­sa­tions. Et beau­coup ont tout fait pour vi­der eux-mêmes leurs centres en les ren­dant in­ac­ces­sibles aux voi­tures. » AN­TOINE FREY

Pré­sident du CNCC Photo DR

Photo Al­fred Crom­back

En juillet, Klé­pierre a agran­di son centre com­mer­cial Val d’Eu­rope, à Marne-la-Val­lée.

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