Le fos­sé reste per­sis­tant entre grandes en­tre­prises et start-up

● « Les Echos » ré­vèlent en ex­clu­si­vi­té les ré­sul­tats de l’étude « Da­vid avec Go­liath » réa­li­sée par le fonds d’in­ves­tis­se­ment Raise et Bain & Com­pa­ny. ● Mal­gré da­van­tage de moyens in­ves­tis, les star­tup­peurs at­tendent plus de ces par­te­na­riats.

Les Echos - - LA UNE - Emre Sa­ri

ÉCO­SYS­TÈME « Les Echos » ré­vèlent en ex­clu­si­vi­té les ré­sul­tats de l’étude « Da­vid avec Go­liath » réa­li­sée par le fonds d’in­ves­tis­se­ment Raise et Bain Com­pa­ny. Mal­gré da­van­tage de moyens in­ves­tis, les star­tup­peurs at­tendent plus de ces par­te­na­riats. Seules 48 % des en­tre­prises du CAC 40 sont do­tées d’un in­cu­ba­teur, d’un ac­cé­lé­ra­teur en propre ou d’un lab. Cet in­di­ca­teur té­moigne ce­pen­dant d’une évo­lu­tion : il n’at­tei­gnait que 43 % en 2015, et 5 % en 2010, voi­ci seule­ment sept ans.

« L’ef­fer­ves­cence de la col­la­bo­ra­tion entre les grands groupes et les start-up s’est am­pli­fiée, et sur­tout struc­tu­rée. » Oli­vier Mar­chal, pré­sident de Bain & Com­pa­ny France, met d’abord l’ac­cent sur les ré­sul­tats po­si­tifs de l’en­quête conduite à l’oc­ca­sion de l’évé­ne­ment Da­vid avec Go­liath, qui au­ra lieu ce mer­cre­di à Pa­ris : 48 % des en­tre­prises du CAC 40 sont do­tées d’un in­cu­ba­teur, d’un ac­cé­lé­ra­teur en propre ou d’un lab. Cet in­di­ca­teur té­moigne d’une évo­lu­tion : il n’at­tei­gnait que 43 % en 2015, et 5 % en 2010, voi­ci seule­ment 7 ans.

Il marque aus­si une avance de la France sur l’Al­le­magne, où le chiffre est de 40 % sur un pé­ri­mètre sem­blable, ou en­core sur le Royau­meU­ni, avec seule­ment 25 %. Sur le fi­nan­ce­ment aus­si, les choses ont évo­lué. Un tiers des en­tre­prises du CAC 40 dis­posent d’un fond de cor­po­rate ven­tures en propre alors que, en 2010, cet in­di­ca­teur stag­nait à 5 %.

Quant aux mon­tants in­ves­tis, ils ont presque tri­plé, pas­sant de 0,55 mil­liard d’eu­ros en 2015 à 1,4 mil­liard d’eu­ros en 2016. Ces chiffres sont néan­moins à nuan­cer par rap­port aux Etats-Unis, où les grandes en­tre­prises ont in­ves­ti près de 30 mil­liards d’eu­ros l’an­née der­nière.

Des star­tup­peurs in­sa­tis­faits

« Les grands groupes font tout ce qu’ils peuvent pour tra­vailler avec les start-up, de ma­nière ha­bile ou moins ha­bile », ob­serve Gon­zague de Bli­gnières, pré­sident-fon­da­teur de Raise. Car si Da­vid et Go­liath tra­vaillent plus en­semble, tra­vaillen­tils pour au­tant mieux ?

51 % des créa­teurs d’en­tre­prises son­dés notent une amé­lio­ra­tion sur les dif­fé­rences de culture, 43 % sur l’im­pli­ca­tion de la grande en­tre­prise, 32 % sur le rap­port de force dans ce type de par­te­na­riat. « Il y a ce­pen­dant un pa­ra­doxe, ob­jecte Oli­vier Mar­chal. Les jeunes en­tre­prises constatent des ef­forts sur cer­tains points, mais elles ex­priment une in­sa­tis­fac­tion crois­sante. »

En ef­fet, 27 % des « Da­vid » se dé­clarent moins sa­tis­faits des « Go­liath » qu’en 2016, contre seule­ment 18 % à se dire plus sa­tis­faits. Les 55 % res­tants n’in­diquent au­cun changement. « Nous l’ex­pli­quons en par­tie par le ni­veau d’exi­gence des start-up qui aug­mente ra­pi­de­ment, au fur et à me­sure de leurs col­la­bo­ra­tions avec des grands groupes », pour­suit Oli­vier Mar­chal.

18 per­sonnes pour va­li­der un test

Pour Gon­zague de Bli­gnières, le reste de l’ex­pli­ca­tion tient à la ques­tion du temps : « Il y a une an­goisse du temps long dans les start-up. Par­fois, dans les grandes en­tre­prises, les dé­lais s’étirent trop. Com­bien de créa­teurs se plaignent d’une ab­sence de ré­ponse à leurs e-mails et coups de fil, ou se re­trouvent ba­la­dés de per­sonne en per­sonne. »

D’ailleurs, dans l’étude, quand on de­mande trois mots aux créa­teurs pour qua­li­fier leur re­la­tion avec les grandes en­tre­prises, c’est « len­teur » qui res­sort le plus. « Mais c’est moins la faute des hommes que des pro­cess », com­plète Gon­zague de Bli­gnières. Une ré­flexion qui re­joint l’ana­lyse de Re­naud Du­bert, prin­ci­pal à Bain et res­pon­sable de l’étude avec Oli­vier Mar­chal. « La len­teur est le symp­tôme, la rai­son pro­fonde tient aux dif­fé­rences de culture sur les modes de tra­vail, de prise de dé­ci­sion, la fa­çon d’en­vi­sa­ger les étapes d’un pro­jet. Et ces dif­fé­rences sont créa­trices de frus­tra­tions. » Re­naud Du­bert cite l’exemple d’un en­tre­pre­neur qui se plai­gnait d’en être à son dix-hui­tième in­ter­lo­cu­teur au sein d’un groupe pour faire va­li­der son test d’un bud­get in­fé­rieur à 25.000 eu­ros. Et ce, de­puis un an et de­mi. « Ce­la si­gni­fie que ces 18 per­sonnes ne sont pas dé­ci­sion­naires. Or un cir­cuit de dé­ci­sion ra­pide, avec le bon in­ter­lo­cu­teur, est un atout dé­ci­sif pour la jeune en­tre­prise qui opère sur un ho­ri­zon de temps court. » À NO­TER

Raise et Bain & Com­pa­ny lancent cette an­née la pre­mière édi­tion du prix de la plus belle alliance entre un groupe et une start-up. La pé­pite lau­réate ga­gne­ra un prêt Raise de 100.000 € et un ac­com­pa­gne­ment de 6 mois par le ca­bi­net de conseil.

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