La dé­mo­cra­tie tu­ni­sienne à la re­cherche d’un nou­vel élan

Le Par­le­ment s’est réuni pour ten­ter, pour la qua­trième fois, d’élire le pré­sident de l’ins­tance élec­to­rale in­dé­pen­dante.

Les Echos - - MONDE - Mi­chel De Gran­di @MdeG­ran­di

Cette fois se­ra-t-elle la bonne? Le Par­le­ment tu­ni­sien est réuni de­puis ce mar­di en ses­sion plei­nière pour ten­ter d'élire un pré­sident à la tête de l'ins­tance élec­to­rale (Isie). A quatre re­prises, l’As­sem­blée des re­pré­sen­tants du peuple a échoué dans sa dé­marche. « Le temps presse dé­sor­mais. Si l'ins­tance su­pé­rieure in­dé­pen­dante des élec­tions ne par­vient pas à élire son pré­sident ra­pi­de­ment, il se­ra im­pos­sible d'or­ga­ni­ser les élec­tions mu­ni­ci­pales, comme pré­vu, le 25 mars 2018», a pré­ve­nu Na­bil Baf­foun, membre de l'Ins­tance.

Ce feuille­ton des mu­ni­ci­pales illustre s’il le fal­lait les dif­fi­cul­tés aux­quelles les ins­tances tu­ni­siennes sont confron­tées. Sur­tout, l’image ren­voyée par les re­ports suc­ces­sifs de ces élec­tions pose la ques­tion de la sta­bi­li­té po­li­tique du pays. « Nous vou­lions des élec­tions en 2017, car pour nous, les en­tre­prises, c’est im­por­tant », rap­pelle Ouided Bouchamaoui, la pré­si­dente de l’Utica, le pa­tro­nat tu­ni­sien. « Les in­ves­tis­seurs ont avant tout be­soin de sta­bi­li­té. Qu’elle soit po­li­tique, éco­no­mique ou fis­cale », pour­suit-elle. Sur ce der­nier vo­let, le compte n’y est pas non plus.

Le pro­jet de loi de fi­nances 2018, qui se­ra exa­mi­né dé­but dé­cembre au Par­le­ment, « taxe da­van­tage les en­tre­prises », re­grette la pa­tronne des pa­trons. Il pré­voit no­tam­ment d’ins­tau­rer une nou­velle taxe, cal­quée sur la CSG en France. De­puis 2011, pour­suit Ouided Bouchamaoui, toutes les lois de fi­nances ont cher­ché à com­bler les dé­fi­cits bud­gé­taires. Sans suc­cès, puisque le taux d’en­det­te­ment ex­cède dé­sor­mais 70% du PIB, un re­cord.

L’Utica, qui a pu­blié un pro­gramme Tu­ni­sie 2020 sou­haite que l’Etat mène à bien les ré­formes struc­tu­relles pour re­don­ner de l’oxy­gène à l’éco­no­mie. « Si l’on veut évi­ter que les jeunes Tu­ni­siens ne soient at­ti­rés par le sec­teur in­for­mel ou par le ter­ro­risme, il faut leur don­ner un em­ploi », pour­suit la pa­tronne des pa­trons. Or le chô­mage chez les 15-24 ans est pré­oc­cu­pant puisque son taux reste su­pé­rieur à 35 %, se­lon le rap­port 2016 de l’OIT. Quant au sec­teur in­for­mel, son taux – aux alen­tours de 50 % du PIB – n’au­rait pas bais­sé, mal­gré l’aug­men­ta­tion des contrôles.

Pre­mier mi­nistre en 2014-2015, Meh­di Ja­maa livre un constat net­te­ment plus cri­tique sur la si­tua­tion ac­tuelle. Par­ti­san de po­li­tiques pu­bliques plus prag­ma­tiques, l’homme d’affaires qui sou­haite re­ve­nir en po­li­tique, croit en une troi­sième voie, qui ne soit ni re­li­gieuse ni conser­va­trice. Pour lui, l’Etat doit da­van­tage re­jouer son rôle de stra­tège. Il doit tout au­tant être le ga­rant de la sta­bi­li­té du pays et créer un en­vi­ron­ne­ment pro­pice au dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique.

Pour l’an­cien chef du gou­ver­ne­ment, qui sé­jour­nait ré­cem­ment à Pa­ris, il est im­por­tant de bais­ser les im­pôts pour re­lan­cer la ma­chine éco­no­mique, mais aus­si pour faire pres­sion le plus pos­sible sur le sec­teur in­for­mel en li­mi­tant le dif­fé­ren­tiel de prix avec le for­mel. ■

« Nous vou­lions des élec­tions en 2017 car, pour nous, les en­tre­prises, c’est im­por­tant. » OUIDED BOUCHAMAOUI Pré­si­dente de l’Utica, le pa­tro­nat tu­ni­sien.

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