Les agri­cul­teurs peuvent culti­ver l’es­poir

Les Echos - - IDÉES & DÉBATS - Par Jean-Fran­cis Pé­cresse

L’es­poir : voi­là une culture ou­bliée que les agri­cul­teurs fran­çais peuvent à nou­veau se­mer. Pas en­core ré­col­ter. Ils doivent me­su­rer la por­tée de la Charte d’en­ga­ge­ments pour de bonnes pra­tiques com­mer­ciales si­gnée mar­di entre dis­tri­bu­teurs, trans­for­ma­teurs et agri­cul­teurs. Que le mi­nistre de l’Agri­cul­ture, Stéphane Tra­vert, soit par­ve­nu à mettre d’ac­cord des ac­teurs éco­no­miques aux in­té­rêts aus­si di­ver­gents que sont Mi­chel-Edouard Le­clerc, aya­tol­lah des prix bas, et la très vin­di­ca­tive Co­or­di­na­tion ru­rale, ce­la doit être pris comme le signe d’un changement d’époque dans l’éco­no­mie agroa­li­men­taire. Ne sou­ses­ti­mons pas ce tour de force, ren­du pos­sible au­tant par l’es­prit sain des Etats gé­né­raux de l’ali­men­ta­tion que par la me­nace d’un non­re­lè­ve­ment du seuil de re­vente à perte. Plus pro­fon­dé­ment, si au­cune or­ga­ni­sa­tion n’a man­qué à l’ap­pel, c’est aus­si parce que cha­cun a pris conscience que la guerre des prix sur les pro­duits ali­men­taires a fi­ni par ne faire que des per­dants. N’est-ce pas l’en­sei­gne­ment de la crise du beurre, la­quelle a pous­sé des in­dus­triels à cas­ser des contrats pour al­ler vendre leurs pro­duits plus cher sur des mar­chés étran­gers plus ré­mu­né­ra­teurs ? C’est pour évi­ter d’en ar­ri­ver à cette ex­tré­mi­té qu’est pro­mise aux agri­cul­teurs une for­ma­tion du prix de vente à par­tir de leur coût de re­vient. Sur le pa­pier, c’est un cercle ver­tueux qui est des­si­né. Et le fait qu’il soit tra­cé noir sur blanc, plu­tôt que confié au vent de belles pa­roles, est un pas im­por­tant. Ce­la reste pour­tant un pre­mier pas. Cette charte an­nonce en ef­fet un changement des com­por­te­ments entre dis­tri­bu­teurs et agri­cul­teurs. Mais pour que les pra­tiques com­mer­ciales évo­luent du­ra­ble­ment, il fau­dra que ces en­ga­ge­ments soient vite com­plé­tés, par une loi. Si­non, à la pro­chaine alerte sur la con­som­ma­tion ou à la pro­chaine en­vo­lée des cours, l’ac­cord conclu mar­di ne vau­dra pas plus cher qu’un ki­lo de cour­gettes. Pour re­don­ner vrai­ment l’es­poir aux agri­cul­teurs, le gou­ver­ne­ment de­vrait main­te­nant les ras­su­rer sur deux points es­sen­tiels. L’un est la pos­si­bi­li­té de re­né­go­cier plus ra­pi­de­ment qu’au­jourd’hui les ac­cords com­mer­ciaux en cas de va­ria­tion des prix sur les mar­chés. L’autre a trait à la no­tion de prix abu­si­ve­ment bas, qui doit en­fin faire l’ob­jet d’une définition lé­gale. Voi­là qui ren­drait plus équi­tables les re­la­tions com­mer­ciales dans l’agroa­li­men­taire. Il reste que ni une charte ni une loi ne ré­pon­dra à la grande fai­blesse de l’agri­cul­ture fran­çaise : sa com­pé­ti­ti­vi­té in­suf­fi­sante, en rai­son de coûts trop éle­vés, du tra­vail et de la ré­gle­men­ta­tion. On ne peut pas de­man­der à la grande dis­tri­bu­tion de sup­pléer seule aux in­suf­fi­sances de notre mo­dèle agri­cole.

La guerre des prix sur les pro­duits ali­men­taires a fi­ni par ne faire que des per­dants.

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