Moi Maryline, ac­trice

Les Echos - - IDÉES & DÉBATS - Maryline de Guillaume Gal­lienne, avec Ade­line d’Her­my, Eric Ruf, Xa­vier Beau­vois, Va­nes­sa Pa­ra­dis, Alice Pol, Lars Ei­din­ger… 1 h 47.

Elle a un pré­nom de star, Maryline. Ses pa­rents étaient des ad­mi­ra­teurs de l’icône, ou­bliant peut-être la dé­vas­ta­tion que furent sa vie et son rôle dans « Les Dé­saxés » – mais peut-être n’avaient-ils pas vu le film. Ils ne de­vaient avoir d’elle que l’image de la blonde sexy, un rêve d’Amé­rique. Maryline, la nôtre, est blonde et belle, mais tout en in­té­rio­ri­té ; elle n’a pas les mots pour ar­gu­men­ter, reste si­len­cieuse face aux évé­ne­ments ou aux vio­lences dont elle est l’ob­jet. Maryline ha­bite un vil­lage de la

France pro­fonde. Ses pa­rents vivent vo­lets clos à l’écart du monde. Les dis­cus­sions volent bas. Ter­ras­sée par la mé­dio­cri­té am­biante, elle dé­cide de ten­ter sa chance à Pa­ris comme ac­trice, dé­bute dans un film en cos­tume en tant que fi­gu­rante ; mais le réa­li­sa­teur a l’in­tui­tion qu’elle vaut mieux. Il lui donne un pe­tit rôle, une seule phrase, qu’elle se ré­vèle in­ca­pable de dire. Sur le pla­teau, il la har­cèle, l’hu­mi­lie. Maryline fuit, quitte le mé­tier, trouve un pe­tit bou­lot d’em­ployée au tri pos­tal, sombre dans l’al­cool. Les mois passent, entre crise d’éthy­lisme et vexa­tions pro­fes­sion­nelles, dé­pres­sion et eu­pho­rie, quand elle re­çoit un coup de té­lé­phone de son agent. Un réa­li­sa­teur (Xa­vier Beau­vois) a per­çu sur son vi­sage une bles­sure in­té­rieure qui l’in­té­resse. Il a vu ce que les autres ne voient pas. « Maryline a ce­la, cette lu­mière in­croyable, elle dé­gage un charme évident et pour­tant entre ce qui se voit et ce qui est, il y a un monde. Il faut être in­tui­tif pour per­ce­voir son han­di­cap. C’est bou­le­ver­sant parce que c’est mys­té­rieux. » Au­ra-telle une se­conde chance ? Là en­core, la ca­tas­trophe s’abat sur le pla­teau. Il fau­dra qu’un ange gar­dien se penche sur elle, une grande ac­trice dont le vrai nom dans la vie est Va­nes­sa Pa­ra­dis. « Maryline » est un film poi­gnant, por­té par une mer­veilleuse Ade­line d’Her­my. D’elle, son pa­tron à la Co­mé­die-Fran­çaise, qui lui donne la ré­plique dans le film, dit : « Ade­line est faite pour ce mé­tier, sa peau est faite pour, ce qui même lui échappe est dé­jà un jeu. » Elle sait comme per­sonne in­car­ner cette pen­sée de Ma­ri­lyn, la vraie : « Il y a tou­jours deux cô­tés dans une his­toire. » Le film au­rait été par­fait si Guillaume Gal­lienne avait su ar­rê­ter la sienne au bout de l’heure et de­mie. Hé­las ! les der­nières scènes sont in­ter­mi­nables, in­utiles et sonnent faux.

« In cau­da ve­ne­num. »

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