L’ho­ri­zon s’éclair­cit pour le ga­zo­duc Nord Stream 2.

La me­nace de sanc­tions amé­ri­caines s’éloigne. Mais En­gie et les autres éner­gé­ti­ciens eu­ro­péens at­tendent des pré­ci­sions pour s’en­ga­ger plus avant.

Les Echos - - ENTREPRISES & MARCHÉS - Vincent Col­len @Vin­centCol­len

L’un des nom­breux obs­tacles sur le che­min du ga­zo­duc Nord Stream 2 est sans doute en passe d’être fran­chi : la me­nace de sanc­tions amé­ri­caines s’éloigne.

Le Dé­par­te­ment d’Etat amé­ri­cain a pu­blié il y a quinze jours une note pré­ci­sant les in­ten­tions de Wa­shing­ton en ma­tière de sanc­tions contre la Rus­sie. Ce texte très court – il tient sur une page – a ras­su­ré les six en­tre­prises en­ga­gées dans le pro­jet de pi­pe­line sous-ma­rin de 1.200 km qui re­lie­ra la Rus­sie à l’Al­le­magne par la Bal­tique, dou­blant le ga­zo­duc Nord Stream 1 inau­gu­ré en 2011.

Le russe Gaz­prom, prin­ci­pal in­ter­ve­nant, en pre­mier lieu. Mais aus­si cinq groupes eu­ro­péens qui ont dé­jà com­men­cé à fi­nan­cer Nord Stream 2 : les al­le­mands Uni­per et Win­ter­shall (BASF), l’au­tri­chien OMV, l’an­glo-néer­lan­dais Shell et le fran­çais En­gie.

La note du Dé­par­te­ment d’Etat ex­plique que les sanc­tions éven­tuelles ne s’ap­pli­que­raient pas « aux ac­cords d’in­ves­tis­se­ment et de prêt dé­ci­dés avant le 2 août 2017 », date à la­quelle la loi vo­tée par le Congrès pour pu­nir Mos­cou de son in­gé­rence dans la pré­si­den­tielle amé­ri­caine est en­trée en vi­gueur. Le mon­tage fi­nan­cier pour Nord Stream 2, bou­clé en avril, se­rait donc ex­pli­ci­te­ment ex­clu des sanc­tions. En­gie ne s’est pas of­fi­ciel­le­ment pro­non­cé de­puis la pu­bli­ca­tion des orien­ta­tions de Wa­shing­ton. « Nous sommes en train d’éva­luer ses im­pli­ca­tions », ex­plique-t-on au sein du groupe fran­çais, qui ren­contre ré­gu­liè­re­ment des res­pon­sables amé­ri­cains avant de dé­ci­der ou non d’al­ler plus avant.

Les quatre autres en­tre­prises sont dans la même si­tua­tion. OMV a fait part de son op­ti­misme. La po­si­tion de la com­pa­gnie pé­tro­lière au­tri­chienne est « confir­mée et ren­for­cée » après les « cla­ri­fi­ca­tions du Dé­par­te­ment d’Etat amé­ri­cain », a es­ti­mé la se­maine der­nière son di­rec­teur fi­nan­cier.

Un mil­liard pour chaque par­te­naire

L’en­jeu fi­nan­cier est de taille pour les cinq so­cié­tés im­pli­quées. Elles se sont en­ga­gées à fi­nan­cer la moi­tié du pi­pe­line (l’autre moi­tié étant prise en charge par Gaz­prom), dont le coût to­tal est éva­lué à 9,5 mil­liards d’eu­ros. Cha­cune d’entre elles doit ap­por­ter 10 % du fi­nan­ce­ment, soit près de 1 mil­liard. En­gie comme les autres a dé­jà dé­bour­sé quelque 300 mil­lions à ce stade. Les 600 à 650 mil­lions res­tants, qui se­ront fi­nan­cés par des banques, ne se­ront pas dé­pen­sés avant le dé­mar­rage ef­fec­tif du pro­jet l’an pro­chain.

La voie n’est pas to­ta­le­ment dé­ga­gée pour au­tant. D’abord parce que tous les Etats qui voient pas­ser le ga­zo­duc dans leurs eaux ter­ri­to­riales doivent en­core don­ner leur feu vert. Le Da­ne­mark est en train de mo­di­fier sa lé­gis­la­tion dans un sens qui pour­rait nuire au pro­jet, en ac­cor­dant un pou­voir ac­cru au mi­nistre des Affaires étran­gères dans ce do­maine. Co­pen­hague pour­rait de­man­der une mo­di­fi­ca­tion du tra­cé.

Bruxelles s’en mêle aus­si. La Com­mis­sion vient de pro­po­ser une mo­di­fi­ca­tion de la di­rec­tive sur le gaz pour s’as­su­rer que les règles eu­ro­péennes s’ap­pli­que­ront aus­si aux ga­zo­ducs en pro­ve­nance de pays ex­té­rieurs à l’Union. Nord Stream 2 se­rait donc di­rec­te­ment vi­sé. Or le ga­zo­duc russe est loin de faire l’una­ni­mi­té par­mi les Etats­membres. Il est sou­te­nu par l’Al­le­magne mais vi­ve­ment cri­ti­qué par la Po­logne, qui tente par tous les moyens de le faire échouer. Gaz­prom et ses par­te­naires en­tendent dé­mar­rer la construc­tion au dé­but de l’an­née pro­chaine mais le di­rec­teur fi­nan­cier du ga­zier russe a re­con­nu il y a quelques jours que l’in­ter­ven­tion du Da­ne­mark, si elle se confir­mait, pour­rait en­traî­ner des coûts sup­plé­men­taires et « pro­ba­ble­ment un re­tard ». La mise en ser­vice est tou­jours pré­vue d’ici à la fin 2019. ■

L’en­jeu fi­nan­cier est de taille pour les cinq so­cié­tés im­pli­quées.

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