La vague des scis­sions de so­cié­tés touche l’Eu­rope.

● Les spin-off re­pré­sentent dé­jà 37,5 mil­liards d’eu­ros cette an­née en Eu­rope. ● A l’in­verse, aux Etats-Unis, l’ac­ti­vi­té des scis­sions est moins dynamique.

Les Echos - - ENTREPRISES & MARCHÉS - Lau­rence Bois­seau @bois­seaul

2017 pro­met d’être his­to­rique. Les scis­sions (ou spin-off) de so­cié­tés co­tées ont la fa­veur des di­rec­tions d’en­tre­prise en Eu­rope. Se­lon Dea­lo­gic, les tran­sac­tions, en mon­tant, at­teignent dé­jà des som­mets. 37,5 mil­liards d’eu­ros de­puis le dé­but de l’an­née (à fin oc­tobre), contre 12,9 mil­liards pour la to­ta­li­té de 2016. Pour re­trou­ver des mon­tants com­pa­rables, il faut re­mon­ter à l’exer­cice 2000, an­née d’eu­pho­rie bour­sière. Cette an­née-là, les spi­noff avaient re­pré­sen­té presque 43 mil­liards d’eu­ros.

Plus grosse scis­sion en Eu­rope de­puis le dé­but d’an­née, celle du sué­dois Svens­ka Cel­lu­lo­sa en deux en­ti­tés : l’une re­grou­pant les pro­duits fo­res­tiers, l’autre, consti­tuée du pôle hy­giène et san­té du groupe. L’opé­ra­tion a re­pré­sen­té, à elle seule, 23 mil­liards d’eu­ros. En deuxième po­si­tion, la scis­sion du dis­tri­bu­teur al­le­mand Me­tro en une branche spé­cia­li­sée dans l’ali­men­taire et une autre dans l’élec­tro­nique a at­teint 10,5 mil­liards d’eu­ros. En France, en juin der­nier, la So­cié­té Gé­né­rale a mis sur le mar­ché 20 % de sa fi­liale ALD, spé­cia­li­sée dans la lo­ca­tion au­to­mo­bile de longue du­rée. Car­mi­la, la di­vi­sion fon­cière de Car­re­four, a réus­si à le­ver 500 mil­lions d’eu­ros de ca­pi­taux.

Ecart d’ac­ti­vi­té

Dans le même temps, aux EtatsU­nis, l’ac­ti­vi­té semble, pour une fois, ex­trê­me­ment calme. La va­leur des spin-off n’a at­teint que 21,2 mil­liards d’eu­ros, contre 79 mil­liards en 2016, et 162,5 mil­liards en 2015, an­née re­cord. La plus grosse opé­ra­tion, celle de MetLife, qui a mis sur le mar­ché sa fi­liale d’as­su­rance-vie pour les par­ti­cu­liers aux Etats-Unis, n’a at­teint que 5 mil­liards d’eu­ros. Pour ex­pli­quer cet écart im­por­tant d’ac­ti­vi­té entre

Spin-off, mode d’em­ploi

● Sou­vent ap­pe­lées de leur nom an­glais « spin off », les scis­sions d’en­tre­prise consistent à créer une so­cié­té in­dé­pen­dante à par­tir d’une branche d’ac­ti­vi­té d’un groupe exis­tant.

● Ces opé­ra­tions sont sou­vent jus­ti­fiées par la né­ces­si­té d’un re­cen­trage stra­té­gique.

La so­cié­té mère se sé­pare alors de sa fi­liale.

● L’opé­ra­tion s’ef­fec­tue en dis­tri­buant aux ac­tion­naires de l’en­tre­prise mère des titres de la nou­velle en­tre­prise créée. L’ac­tion­naire se re­trouve donc de fac­to avec des titres des deux so­cié­tés. Eu­rope et Etats-Unis, les ban­quiers d’affaires mettent en avant la dif­fé­rence de ma­tu­ri­té entre les deux mar­chés. « Les groupes amé­ri­cains sont sor­tis bien plus tôt de la crise fi­nan­cière de 2007-2008 que les so­cié­tés eu­ro­péennes. Ils ont as­sez vite ré­flé­chi à une meilleure al­lo­ca­tion d’ac­tifs de leurs fonds propres tan­dis que, de l’autre cô­té de l’At­lan­tique, les ef­forts des di­ri­geants étaient sur­tout cen­trés sur des ré­duc­tions de coût », ex­plique Cy­ril Court, res­pon­sable mar­chés pri­maires ac­tions Eu­rope conti­nen­tale chez HSBC. Des mar­chés bien orien­tés

Par ailleurs, les mar­chés bour­siers bien orien­tés, comme c’est le cas en Eu­rope, in­citent da­van­tage des so­cié­tés à réa­li­ser des spin-off. En ef­fet, ces opé­ra­tions ne peuvent être lan­cées dans de mau­vaises condi­tions de mar­ché, les titres de la so­cié­té scin­dée étant dis­tri­bués aux ac­tion­naires. Ce ne sont pas les seules rai­sons. Très tôt, les groupes amé­ri­cains ont aus­si su­bi l’as­saut des fonds ac­ti­vistes qui, à la re­cherche de ren­de­ments éle­vés, poussent à des opé­ra­tions de spin-off. Or, les ac­ti­vistes com­mencent tout juste à chas­ser en Eu­rope.

Fin oc­tobre, le suisse RBR Ca­pi­tal a fait beau­coup de bruit. Il veut faire écla­ter Cre­dit Suisse, le nu­mé­ro deux ban­caire hel­vé­tique, en trois en­ti­tés. Avant lui, El­liott Ma­na­ge­ment a exi­gé du groupe an­glo-aus­tra­lien BHP Billi­ton qu’il sorte du pé­trole et du gaz. Cette ten­dance aux spi­noff a donc de bonnes chances de per­du­rer. ■

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