Les ac­teurs du « cré­dit conso » veulent plus d’ou­tils.

La CNIL leur a ré­cem­ment sim­pli­fié les dé­marches à faire pour la mise en place de sys­tèmes de re­pé­rage des frau­deurs.

Les Echos - - ENTREPRISES & MARCHÉS - So­lenn Poul­len­nec @So­lennMor­gan

Les ac­teurs du cré­dit à la con­som­ma­tion es­pèrent tou­jours avoir plus d’ou­tils pour ti­rer les le­çons des actes ter­ro­ristes per­pé­trés il y a plus de deux ans à Pa­ris. En dé­but d’an­née 2015, ils s’étaient re­trou­vés sous le feu des pro­jec­teurs après la ré­vé­la­tion qu’Ame­dy Cou­li­ba­ly, l’un des au­teurs des at­ten­tats de Pa­ris, avait ob­te­nu un cré­dit con­som­ma­tion à l’aide de faux do­cu­ments.

Cet épi­sode avait mis en lu­mière la né­ces­si­té pour les dis­tri­bu­teurs de se pro­té­ger au maxi­mum contre la fraude. Et ce, même si la fraude est loin d’être sys­té­ma­ti­que­ment liée au fi­nan­ce­ment du ter­ro­risme, qui fait l’ob­jet d’une sur­veillance spé­ci­fique par les ins­ti­tu­tions fi­nan­cières à la de­mande du ser­vice de ren­sei­gne­ment fi­nan­cier de Ber­cy, Trac­fin. Les four­nis­seurs de cré­dit à la con­som­ma­tion sont dis­crets sur les moyens, et no­tam­ment les al­go­rithmes, qu’ils uti­lisent pour dé­tec­ter les fraudes. De peur, ex­plique l’un d’entre eux, de don­ner des in­di­ca­tions aux in­di­vi­dus ma­lin-

ten­tion­nés, qui au­raient re­cours à des moyens de plus en plus so­phis­ti­qués. La lutte contre la fraude pose par ailleurs des ques­tions de pro­tec­tion des don­nées per­son­nelles.

Sur ce front, les ins­ti­tu­tions fi­nan­cières ont re­çu un coup de pouce de la Com­mis­sion na­tio­nale de l’in­for­ma­tique et des li­ber­tés (CNIL). L’au­to­ri­té ad­mi­nis­tra­tive, qui veille à l’im­pact des évo­lu­tions tech­no­lo­giques sur la vie pri­vée et les li­ber­tés a pu­blié cet été une « au­to­ri­sa­tion unique » re­la­tive à la fraude

ex­terne dans le sec­teur ban­caire et fi­nan­cier.

Celle-ci en­cadre no­tam­ment la fa­çon dont les banques peuvent dé­ve­lop­per des sys­tèmes au­to­ma­ti­sés de ges­tion des don­nées per­son­nelles pour dé­tec­ter les fraudes et par­ta­ger les in­for­ma­tions sur celles-ci au sein d’un même groupe. « C’est une me­sure de sim­pli­fi­ca­tion des formalités », ex­plique Clé­mence Scot­tez de la CNIL. « Sous ré­serve de res­pec­ter le cadre de ré­fé­rence adop­té par la CNIL en ma­tière de lutte contre la fraude, au­jourd’hui la banque n’a plus à faire de de­mande d’au­to­ri­sa­tion spé­ci­fique au­près de notre ins­ti­tu­tion, tout ce qu’elle a à faire c’est de re­gar­der si son trai­te­ment est conforme à l’au­to­ri­sa­tion et de s’en­ga­ger à la res­pec­ter », pour­suit Clé­mence Scot­tez.

Le frau­deur est in­for­mé qu’il se­ra fi­ché

Ce nou­veau cadre est sa­lué par les pro­fes­sion­nels. « C’est net­te­ment mieux », ré­agit Fran­çoise Pal­leGuilla­bert, dé­lé­guée gé­né­rale de l’As­so­cia­tion fran­çaise des so­cié­tés fi­nan­cières (ASF), qui re­pré­sente une bonne part des ac­teurs du cré­dit à la con­som­ma­tion. Même si l’or­ga­ni­sa­tion es­time que 90 % des fraudes sont dé­tec­tées, elle es­time que les pro­fes­sion­nels n’ont pas toutes les cartes en main pour être to­ta­le­ment ef­fi­caces contre la fraude. « Les marges de ma­noeuvre des éta­blis­se­ments res­tent en­core li­mi­tées : le frau­deur, con­for­mé­ment à la loi, doit être in­for­mé qu’il va être ins­crit dans un fi­chier in­for­ma­ti­sé. Par ailleurs, dans une op­tique de lutte contre les fraudes de plus en plus so­phis­ti­quées, le fait qu’on ne puisse pas par­ta­ger une alerte avec d’autres éta­blis­se­ments per­met à des frau­deurs or­ga­ni­sés de fi­na­le­ment se fi­nan­cer », in­siste Fran­çoise Pal­leGuilla­bert.

Pour mieux pré­ve­nir les fraudes, les ins­ti­tu­tions ai­me­raient par ailleurs avoir ac­cès à des fi­chiers de don­nées sur les do­cu­ments d’iden­ti­té per­dus ou vo­lés ac­tua­li­sés très ré­gu­liè­re­ment. ■

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L’As­so­cia­tion fran­çaise des so­cié­tés fi­nan­cières es­time que les pro­fes­sion­nels n’ont pas toutes les cartes en main pour être ef­fi­caces contre la fraude.

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