Le coût as­tro­no­mique du non-res­pect des trai­te­ments

Les Echos - - INDUSTRIE &SERVICES - Ca­the­rine Du­cruet

La mau­vaise ob­ser­vance, c’est-à-dire le non-res­pect par les pa­tients du trai­te­ment tel qu’il leur a été pres­crit est un pro­blème de san­té pu­blique ma­jeur. En France, comme dans la plu­part des pays dé­ve­lop­pés, on es­time la mau­vaise ob­ser­vance à 50 %. Elle est par­ti­cu­liè­re­ment fré­quente dans les ma­la­dies chro­niques – no­tam­ment psy­chia­triques – où 60 % des pa­tients de 28 à 45 ans prennent des li­ber­tés avec leur trai­te­ment. Dans le cas du dia­bète de type I (trai­té par in­su­line) ce chiffre est par exemple de 48 %.

En can­cé­ro­lo­gie, il n’existe pas en­core de don­nées pré­cises mais, avec le dé­ve­lop­pe­ment des mé­di­ca­ments sous forme de com­pri­més, pour les­quels les pa­tients n’ont plus be­soin de ve­nir à l’hô­pi­tal, la mau­vaise ob­ser­vance se dé­ve­loppe aus­si. Dans le can­cer du sein, plus d’un tiers de pa­tientes ar­rêtent le trai­te­ment hor­mo­nal qui leur est pres­crit après la chi­rur­gie ou en mo­di­fient les mo­da­li­tés. Dans la leu­cé­mie myé­loïde chro­nique, un can­cer du sang, plus d’un tiers des pa­tients ne se­raient pas ob­ser­vants. Quitte à mettre en jeu leur sur­vie.

Même sans at­teindre ces ex­trêmes, se­lon l’Or­ga­ni­sa­tion mon­diale de la san­té « l’ob­ser­vance in­suf­fi­sante est la prin­ci­pale rai­son pour la­quelle les pa­tients ne re­tirent pas tous les bien­faits qu’ils pour­raient at­tendre de leurs mé­di­ca­ments ». De plus, elle en­traîne des com­pli­ca­tions mé­di­cales et aug­mente la pro­ba­bi­li­té de dé­ve­lop­per des phar­ma­co-ré­sis­tances (pour les an­ti­bio­tiques et les an­ti­vi­raux par exemple). Pour ces mêmes rai­sons elle a aus­si un coût pour la col­lec­ti­vi­té, chif­fré pour la France à 9 mil­liards d’eu­ros par an, se­lon une étude réa­li­sée par IMS Health France et le Cercle de ré­flexion de l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique pu­bliée en 2014.

Ne pas su­bir

Com­ment ex­pli­quer ce phé­no­mène ? On peut ci­ter en vrac la mé­con­nais­sance de la ma­la­die, la dis­pa­ri­tion des symp­tômes, la sou­ses­ti­ma­tion des risques et la trop grande com­plexi­té du trai­te­ment, ses ef­fets se­con­daires, ou le poids de la chro­ni­ci­té de la ma­la­die. « Ce com­por­te­ment peut pa­raître ir­ra­tion­nel, re­con­naît Silla Con­so­li, psy­chiatre, dans le do­cu­men­taire “Une vie sous or­don­nance” fi­nan­cé par No­var­tis On­co­lo­gie en par­te­na­riat avec dix as­so­cia­tions de pa­tients. La réaction ré­flexe se­rait de ju­ger le pa­tient cou­pable et de le sanc­tion­ner ». Par exemple en re­fu­sant de le rem­bour­ser. Pour­tant, pour Fre­de­rik Mis­pel­blom Beyer, so­cio­logue spé­cia­liste des en­jeux de san­té pu­blique, « il y a d’autres gens qui pour­raient être mis en cause dans cette af­faire ». Pour suivre son trai­te­ment, le pa­tient ne doit pas le su­bir mais y ad­hé­rer. ■

Un coût pour la col­lec­ti­vi­té, chif­fré pour la France à 9 mil­liards d’eu­ros par an

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