Im­pôts : ce que Ma­cron at­tend de ses ré­formes

● L’exé­cu­tif es­time que ses me­sures fis­cales de­vraient créer 260.000 em­plois à l’ho­ri­zon de 2025 et 1,6 point de PIB d’ac­ti­vi­té sup­plé­men­taire. ● Le prin­ci­pal ca­ta­ly­seur se­rait la baisse de l’IS.

Les Echos - - LA UNE - Re­naud Ho­no­ré @r_­ho­nore et Guillaume de Ca­li­gnon @gca­li­gnon

De­puis des mois, Em­ma­nuel Ma­cron ré­pète que les me­sures fis­cales qu’il a vou­lues à son ar­ri­vée à l’Ely­sée à l’été 2017 vont do­per l’ac­ti­vi­té de la France. Mais jus­qu’à quel point ? Pour la pre­mière fois, un do­cu­ment gou­ver­ne­men­tal éva­lue les ef­fets at­ten­dus des ré­formes me­nées (ISF, « flat tax » sur le ca­pi­tal, baisse de l’IS, fis­ca­li­té éco­lo­gique et sup­pres­sion de la taxe d’ha­bi­ta­tion). Se­lon le pro­gramme na­tio­nal de ré­formes en­voyé à Bruxelles cette se­maine, les baisses d’im­pôts vo­tées doivent dé­bou­cher sur la créa­tion de 260.000 em­plois sup­plé­men­taires à l’ho­ri­zon de 2025 et sur une hausse de l’ac­ti­vi­té de 1,6 point de PIB. Se­lon nos in­for­ma­tions, la moi­tié de ce gain d’ac­ti­vi­té s’ex­pli­que­rait par la baisse pro­gram­mée du taux de l’im­pôt sur les so­cié­tés (IS) de 33 % à 25 %, se­lon les ex­perts du gou­ver­ne­ment. A plus long terme, le même do­cu­ment pointe que les ré­formes fis­cales de­vraient gé­né­rer 3,3 points de PIB sup­plé­men­taires, et fa­vo­ri­ser la créa­tion de 440.000 nou­veaux em­plois. Au fi­nal, les prin­ci­pales me­sures fis­cales vou­lues par le gou­ver­ne­ment de­vraient coû­ter plus de 12 mil­liards d’eu­ros aux fi­nances pu­bliques, mais cette fac­ture dev­rait être plus que com­pen­sée par les re­cettes nou­velles gé­né­rées par le sur­croît d’ac­ti­vi­té.

Lors de son in­ter­view mus­clée sur BFMTV di­manche, Em­ma­nuel Ma­cron a une nou­velle fois dé­fen­du ses ré­formes fis­cales vo­tées à l’au­tomne. « Sur les choix qui ont été faits – ISF comme im­pôt sur les plus­va­lues – le but, c’est quoi ? De gar­der les ta­lents et de les at­ti­rer et leur per­mettre de ré­in­ves­tir dans notre éco­no­mie », a mar­te­lé le pré­sident de la Ré­pu­blique. Ce­lui-là a tou­te­fois maintes fois rap­pe­lé qu’il fe­rait du­rant le quin­quen­nat une éva­lua­tion de l’efficacité des me­sures prises. Sur quels cri­tères ? Les chiffres conte­nus dans le « pro­gramme na­tio­nal de ré­formes » – que le gou­ver­ne­ment vient d’en­voyer à Bruxelles en com­plé­ment du pro­gramme de sta­bi­li­té – per­mettent d’avoir en­fin une idée des re­tom­bées éco­no­miques at­ten­dues de ces grandes me­sures em­blé­ma­tiques. Ce do­cu­ment sert à ex­pli­quer aux par­te­naires eu­ro­péens de la France le sens de la po­li­tique me­née par le gou­ver­ne­ment de­puis l’été der­nier. Au cha­pitre de la fis­ca­li­té, au dé­tour d’un pa­ra­graphe, on y lit que « l’en­semble des me­sures fis­cales pour­raient re­haus­ser l’ac­ti­vi­té de 3,3 points de PIB à long terme, pour 440.000 em­plois créés ».

A un ho­ri­zon plus rap­pro­ché, le gou­ver­ne­ment s’at­tend à « une mon­tée en puis­sance pro­gres­sive et des ef­fets at­ten­dus à + 1,6 point de PIB et 260.000 em­plois à l’ho­ri­zon 2025 ». En­vi­ron la moi­tié de ce gain de 1,6 point de PIB se­rait due à la ré­duc­tion de 33 % à 25 % du taux d’im­pôt sur les so­cié­tés (IS), se­lon une source gou­ver­ne­men­tale. Quant aux gains d’em­plois, l’ex­pli­ca­tion prin­ci­pale vien­drait des mo­da­li­tés de la bas­cule du CICE en baisse de charges du­rables en 2019, se­lon cette même source. L’ef­fet ob­te­nu est-il à la hau­teur des ef­forts consen­tis ? Pour en ju­ger, cer­tains iront sans doute rap­pro­cher ces chiffres du coût des dif­fé­rentes me­sures. Il y a d’abord celles vou­lant fa­vo­ri­ser l’in­ves­tis­se­ment pro­duc­tif, à sa­voir la trans­for­ma­tion de l’ISF en im­pôt sur la for­tune im­mo­bi­lière (coût an­nuel de 3,2 mil­liards), la « flat tax » sur le ca­pi­tal (1,9 mil­liard), et la baisse sur quatre ans du taux de l’IS (11,1 mil­liards). On peut aus­si ajou­ter la bas­cule du CICE en baisse de charges du­rables, qui au­ra un ef­fet comp­table qua­si nul après 2020. Le gou­ver­ne­ment y ajoute les me­sures en sou­tien du pou­voir d’achat, à sa­voir la sup­pres­sion des co­ti­sa­tions sa­la­riales et ma­la­die (coût nul) et celle de la taxe d’ha­bi­ta­tion pour 80 % des mé­nages (10,1 mil­liards).

En­fin, l’exé­cu­tif as­sume un tra­vers de la fis­ca­li­té fran­çaise qui veut que le pays « taxe re­la­ti­ve­ment plus sur le ca­pi­tal et est re­la­ti­ve­ment en re­tard sur la fis­ca­li­té en­vi­ron­ne­men­tale » par rap­port à ses voi­sins eu­ro­péens. D’où la hausse de la fis­ca­li­té éco­lo­gique, qui doit rap­por­ter 12,5 mil­liards, à la­quelle s’ajoute éga­le­ment la hausse des prix du ta­bac (1,4 mil­liard).

En­vi­ron la moi­tié de ce gain de 1,6 point de PIB se­rait due à la ré­duc­tion de 33 % à 25 % du taux d’im­pôt sur les so­cié­tés, se­lon une source gou­ver­ne­men­tale.

Un coût de 12,4 mil­liards

Au to­tal, la po­li­tique fis­cale du gou­ver­ne­ment dé­crite dans le pro­gramme de ré­formes a donc un coût de 12,4 mil­liards pour les fi­nances pu­bliques. Les par­ti­sans convain­cus des « ma­cro­no­mics » ju­ge­ront la fac­ture par­ti­cu­liè­re­ment bon mar­ché, puisque ce coût dev­rait être plus que com­pen­sé par les ri­chesses nou­velles créées (1,6 point de PIB se­lon l’exé­cu­tif) qui dé­ga­ge­ront de nou­velles re­cettes fis­cales. Les dé­trac­teurs de la po­li­tique sui­vie ju­ge­ront le nombre d’em­plois créés (260.000) li­mi­té au re­gard des am­bi­tions d’Em­ma­nuel Ma­cron. ■

Dans son pro­gramme na­tio­nal de ré­formes, Ber­cy chiffre pour la pre­mière fois les ef­fets de la po­li­tique fis­cale me­née de­puis l’été 2017.

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