SANC­TIONS : LA PARANOÏA GAGNE LES MAR­CHÉS

● Les in­ves­tis­seurs amé­ri­cains doivent vendre cer­tains titres russes d’ici au 7 mai. ● Les craintes d’un élar­gis­se­ment des sanc­tions amé­ri­caines per­turbent les mar­chés.

Les Echos - - LA UNE - Isa­belle Couet @icouet

Les sanc­tions amé­ri­caines contre la Rus­sie mettent sous pres­sion les obli­ga­tions de groupes comme Ru­sal. Wa­shing­ton hé­site à ci­bler la dette sou­ve­raine.

Bien­ve­nue en ter­ri­toire in­ter­dit. Sur les écrans des ter­mi­naux Bloom­berg des salles des mar­chés, un mes­sage d’alerte s’af­fiche sur les pages des ac­tions et obli­ga­tions de Ru­sal. « Ce titre fait l’ob­jet de sanc­tions », est-il écrit en ca­rac­tères bien vi­sibles, au su­jet de la so­cié­té d’Oleg De­ri­pas­ka, un proche de Vla­di­mir Pou­tine. Une ma­nière d’in­vi­ter les in­ves­tis­seurs à pas­ser leur che­min alors que, de­puis le 6 avril, les règles du jeu ont chan­gé pour les in­ter­ve­nants de mar­ché. L’es­ca­lade des ten­sions entre Do­nald Trump et le pré­sident russe, au su­jet de la Sy­rie no­tam­ment, ont pous­sé les Etats-Unis à pla­cer sur leur liste noire 7 oli­garques et 12 en­tre­prises russes, dont le géant de l’alu­mi­nium Ru­sal.

Cette nou­velle salve de sanc­tions va beau­coup plus loin que les pré­cé­dentes et est un cas d’école pour les mar­chés fi­nan­ciers. « Tous les ac­tifs liés à ces in­di­vi­dus et en­ti­tés […], tom­bant sous le coup de la jus­tice amé­ri­caine, sont blo­qués. Les Amé­ri­cains n’ont plus le droit de faire de tran­sac­tion », a dé­cla­ré le Tré­sor. Il a aus­si mis en garde les ci­toyens non amé­ri­cains : ils pour­raient se voir im­po­ser des sanc­tions s’ils « fa­ci­litent des tran­sac­tions sub­stan­tielles en con- nais­sance de cause ». De quoi ali­men­ter une cer­taine paranoïa d’ici au 7 mai, date à par­tir de la­quelle la chasse aux « frau­deurs » se­ra ou­verte.

« Cette vague de sanc­tions contre la Rus­sie est la plus grave de­puis le dé­clen­che­ment de la crise ukrai­nienne en 2014 », sou­lignent les ana­lystes d’UniC­re­dit. Ils pointent no­tam­ment le fait qu’elles s’ap­pliquent au mar­ché se­con­daire (les titres dé­jà sur le mar­ché), et pas seule­ment aux futures le­vées de fonds des en­tre­prises vi­sées. Ce qui si­gni­fie que les in­ves­tis­seurs amé­ri­cains vont de­voir se dé­bar­ras­ser de leurs titres avant la date fa­ti­dique.

Me­naces sur la dette sou­ve­raine russe

Un vrai casse-tête, alors qu’Eu­ro­clear et Clears­tream, qui gèrent le rè­gle­ment-li­vrai­son, ont dé­jà sus­pen­du leur ac­ti­vi­té sur les titres tou­chés par l’of­fen­sive amé­ri­caine, se­lon Bloom­berg. Dans ces condi­tions, les créan­ciers amé­ri­cains de Ru­sal risquent d’avoir du mal à cé­der 1,3 mil­liard de dol­lars de titres en de­vise amé­ri­caine avant le 7 mai. Le re­trait des notes de cré­dit par plu­sieurs grandes agences de « ra­ting », la se­maine pas­sée, ne fa­ci­lite pas non plus leur tâche.

« L’in­cer­ti­tude sur la du­rée des sanc­tions ac­tuelles et à ve­nir est très forte », ajoute l’équipe d’UniC­re­dit. Tout le mar­ché com­mence d’ailleurs à spé­cu­ler sur un élar­gis­se­ment du pé­ri­mètre par les Amé­ri­cains. Les in­ves­tis­seurs pré­fèrent se dé­tour­ner par an­ti­ci­pa­tion d’autres groupes russes entre les mains d’oli­garques proches du Krem­lin. Se­lon le « Wall Street Jour­nal », une di­zaine de so­cié­tés russes sont me­na­cées, ce qui pour­rait rendre com­pli­qué le re­fi­nan­ce­ment de 22,8 mil­liards de dol­lars de dette in­ter­na­tio­nale au cours des dix-huit pro­chains mois.

L’in­quié­tude plane aus­si au­tour de la dette sou­ve­raine russe, alors qu’un nou­veau pro­jet de loi a été pré­sen­té à l’en­contre des titres nou­vel­le­ment émis par Mos­cou. Le se­cré­taire au Tré­sor amé­ri­cain, Steve Mnu­chin, a tou­te­fois ten­té d’apai­ser les craintes. « Nous pen­sons que ce­la ne pas­se­ra pas car ce­la af­fec­te­rait aus­si les em­prunts d’Etat russes en cir­cu­la­tion, qui sont dé­te­nus en quan­ti­té non né­gli­geable par des in­ves­tis­seurs amé­ri­cains », dé­crypte Mi­chel Wis­kirs­ki, chez Car­mi­gnac. ■

Pho­to Ed­die Ge­rald/LAIF-RÉA

Le siège de la Banque de Mos­cou, dans la ca­pi­tale russe.

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