La France sur le po­dium de l’au­to­mo­bile eu­ro­péenne

L’Hexa­gone est re­pas­sé de­vant le Royaume-Uni dans le clas­se­ment des construc­teurs de voi­tures.

Les Echos - - LA UNE - Ju­lien Du­pont-Cal­bo @jdu­pont­cal­bo

L’au­to­mo­bile tri­co­lore peut dire mer­ci à So­chaux. Grâce au suc­cès de la Peu­geot 3008, fa­bri­quée dans le Doubs, la France a pro­duit l’an der­nier 1,67 mil­lion de voi­tures, soit quelques mil­liers de plus que son voi­sin bri­tan­nique. S’il reste loin de ses vo­lumes pas­sés, l’Hexa­gone re­monte tout de même sur le po­dium des construc­teurs eu­ro­péens, loin der­rière l’Es­pagne et sur­tout l’Al­le­magne, le cham­pion in­con­tes­té du Vieux Conti­nent. De l’autre cô­té de la Manche, les ventes de vé­hi­cules baissent de­puis douze mois. La faute du Brexit, qui semble an­gois­ser les clients et les in­dus­triels. La si­tua­tion est suf­fi­sam­ment im­por­tante au Royaume-Uni pour qu’elle com­mence à avoir des consé­quences dans d’autres pays ex­por­ta­teurs : les vo­lumes as­sem­blés en Al­le­magne et en Es­pagne ont ain­si pâ­ti de la fai­blesse du mar­ché bri­tan­nique. En re­vanche, en Eu­rope de l’Est, la Ré­pu­blique tchèque et la Slo­va­quie ne cessent de grim­per dans le clas­se­ment de la pro­duc­tion au­to­mo­bile – même si le dif­fé­ren­tiel de sa­laires avec l’Eu­rope de l’Ouest tend à se ré­duire.

Mer­ci So­chaux. Grâce à l’usine mère de PSA, la France est re­mon­tée sur le po­dium eu­ro­péen de la pro­duc­tion de vé­hi­cules par­ti­cu­liers, der­rière l’Al­le­magne et l’Es­pagne. L’an der­nier, l’Hexa­gone a usi­né 1,675 mil­lion de voi­tures (hors vé­hi­cules uti­li­taires), se­lon l’As­so­cia­tion des construc­teurs au­to­mo­biles eu­ro­péens. Dix mille pe­tites uni­tés de plus qu’en 2016 qui per­mettent à l’au­to­mo­bile tri­co­lore de prendre d’une courte tête le pas sur le Royaume-Uni, qui, lui, a vu sa pro­duc­tion di­mi­nuer de 50.000 vé­hi­cules, à 1,671 mil­lion.

Si le « site France » a gros­si, c’est avant tout le fruit du suc­cès de la Peu­geot 3008 as­sem­blée à So­chaux, un site qui a sor­ti 425.000 voi­tures l’an der­nier, soit 20 % de plus qu’en 2016. En clair, un quart des voi­tures pro­duites en France pro­viennent du Doubs. « La pro­duc­tion au­rait même pu être un peu plus éle­vée si nous n’avions pas connu des rup­tures de stock de cer­tains com­po­sants », pointe un syn­di­ca­liste lo­cal, qui rap­pelle tou­te­fois qu’on pro­duit dans l’Hexa­gone bien moins de voi­tures qu’au­tre­fois.

De fait, la France as­sem­blait en­core plus de 3 mil­lions de voi­tures en 2005. Mais c’était avant la fer­me­ture d’Aul­nay, et avant le pas­sage à une ligne de la qua­si-to­ta­li­té des sites de PSA et Re­nault. « Dans les pré­vi­sions, l’Hexa­gone dev­rait conser­ver son troi­sième rang eu­ro­péen dans les pro­chaines an­nées, in­dique Mat­thieu Si­mon, du ca­bi­net Ro­land Ber­ger. Par contre, sans une rup­ture stra­té­gique forte chez les construc­teurs lo­caux, la France ne re­trou­ve­ra pas son ni­veau du dé­but des an­nées 2000. »

L’in­fluence du Brexit

Au pays du pud­ding, la courbe était as­cen­dante de­puis 2009, por­tée par les construc­teurs asia­tiques qui ont fait du pays leur base ar­rière pour le Vieux Conti­nent. Mais le Brexit a grip­pé la mé­ca­nique. « Au Royaume-Uni, 80 % des voi­tures ven­dues sont im­por­tées et 80 % des voi­tures pro­duites sont ex­por­tées. Si des bar­rières doua­nières sont mises en place, le bu­si­ness se­ra frei­né », juge Maxime Pi­cat, le pa­tron Eu­rope de PSA.

Les dé­boires « bri­tish » ont eu des ré­per­cus­sions dans d’autres pays eu­ro­péens. En Es­pagne, les ex­por­ta­tions vers le Royaume-Uni ont chu­té de 7,3 % l’an der­nier et la pro­duc­tion lo­cale a connu sa pre­mière baisse en six ans (2,29 mil­lions de vé­hi­cules par­ti­cu­liers).

Le ta­bleau est si­mi­laire en Al­le­magne, le cham­pion in­con­tes­té du conti­nent, où la pro­duc­tion de voi­tures a re­cu­lé en 2017 pour la pre­mière fois de­puis cinq ans, à 5,64 mil­lions d’uni­tés. Il faut dire que le Royaume-Uni est leur pre­mier mar­ché à l’ex­port.

Trans­ferts vers l’est

Der­rière ce qua­tuor, la Ré­pu­blique tchèque et la Slo­va­quie ont éclip­sé l’Ita­lie. La pre­mière a plus que dou­blé son ni­veau de pro­duc­tion de­puis 2005, la se­conde l’a presque quin­tu­plé dans le temps. Si la main-d’oeuvre dis­po­nible se ra­ré­fie sur place et si les ré­mu­né­ra­tions s’en­volent (les sa­laires chez Sko­da vont aug­men­ter de 12 % cette an­née), le coût ho­raire dans ces deux pays pour les ou­vriers de­meure trois fois moins éle­vé qu’en France : en­vi­ron 11,50 eu­ros de l’heure, contre 38,80 eu­ros, se­lon Eu­ro­stat.

De­puis vingt ans, les construc­teurs fran­çais ont trans­por­té une par­tie de leurs lignes d’as­sem­blage en Eu­rope cen­trale. Re­nault en Slo­vé­nie et en Rou­ma­nie (avec Da­cia), PSA en Slo­va­quie. « Les nou­velles usines si­tuées hors Eu­rope ne pé­na­lisent que très peu la pro­duc­tion en France, au contraire des sites en Eu­rope de l’Est. La France n’est plus leur base in­dus­trielle pour l’ex­por­ta­tion », conclut De­nis Sche­moul, chez IHS. ■

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