Chan­ge­ment de gé­né­ra­tion à la tête de Roth­schild & Co

● Da­vid de Roth­schild trans­met­tra les rênes de la banque à son fils Alexandre le 17 mai. ● A 37 ans, le nou­veau pa­tron prend les com­mandes au terme d’un pro­ces­sus lon­gue­ment mû­ri.

Les Echos - - LA UNE - Fran­çois Vi­dal @Vi­dal110

BANQUE Le ca­pi­ta­lisme fran­çais s’ap­prête à tour­ner une page de son his­toire. Le 17 mai, Da­vid de Roth­schild cé­de­ra à son fils, Alexandre, tren­te­sept ans, les rênes de la banque d’af­faires qu’il a pa­tiem­ment construite au cours des trois der­nières dé­cen­nies. L’abou­tis­se­ment d’un scé­na­rio mû­ri de longue date et qui doit per­mettre d’as­su­rer un chan­ge­ment de gé­né­ra­tion sans rup­ture au sein d’un des pi­liers du monde des af­faires. L’oc­ca­sion de re­ve­nir sur une sa­ga hors du com­mun qui a dé­bu­té au len­de­main de la na­tio­na­li­sa­tion de l’éta­blis­se­ment fa­mi­lial en 1981.

Le ca­pi­ta­lisme fran­çais s’ap­prête à tour­ner une page de son his­toire. Le 17 mai pro­chain, Da­vid de Roth­schild cé­de­ra à son fils Alexandre les rênes de la banque d’af­faires qu’il a pa­tiem­ment construite au cours des trois der­nières dé­cen­nies. L’an­nonce a beau avoir été an­ti­ci­pée de­puis plu­sieurs se­maines, elle n’en consti­tue­ra pas moins un évé­ne­ment. Un double évé­ne­ment, même.

D’abord, parce que « Da­vid », comme il est de cou­tume de l’ap­pe­ler dans cet uni­vers, est l’une des grandes fi­gures du monde des af­faires eu­ro­péen. En­suite, parce que le suc­cès de cette mai­son, de­ve­nue au fil des ans le par­te­naire in­con­tour­nable des di­ri­geants du CAC 40 et de bien d’autres en­tre­prises en quête de con­seils stra­té­giques, est in­dis­so­ciable de sa per­sonne. Si tous ceux qui comptent dans la sphère éco­no­mique et même po­li­tique fran­çaise ont fran­chi un jour ou l’autre le per­ron du 23bis, ave­nue de Mes­sine dans le 8e ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris, c’est grâce à lui. L’homme n’est pour­tant pas un « deal ma­ker » flam­boyant, mais il a su ras­sem­bler au­tour de lui de nom­breux ta­lents dans un uni­vers où les ego prennent sou­vent le pas sur les ins­ti­tu­tions…

C’est dire la lourde res­pon­sa­bi­li­té qui va in­com­ber à Alexandre, 37 ans, qui s’ap­prête à de­ve­nir le dé­po­si­taire de l’hé­ri­tage fa­mi­lial en tant que re­pré­sen­tant de la sep­tième gé­né­ra­tion de Roth­schild. A moins d’un mois de cette pas­sa­tion de pou­voirs, Da­vid de Roth­schild, lui, fi­dèle à son ha­bi­tude, af­fiche une grande sé­ré­ni­té. « Alexandre est prêt à as­su­mer ses nou­velles res­pon­sa­bi­li­tés, c’est un ex­cellent pro­fes­sion­nel et il est do­té d’un ju­ge­ment très sûr sur les hommes et les femmes, ce qui est un atout es­sen­tiel dans nos mé­tiers », af­firme son père. Quant à son jeune âge, il ne consti­tue­rait en rien un pro­blème, puisque c’est ce­lui qu’avait Da­vid lors­qu’il a pris la tête de la banque fa­mi­liale en 1979. « Mon père Guy avait choi­si de pas­ser la main à 70 ans, j’ai tra­vaillé à ses cô­tés jus­qu’au mo­ment de la na­tio­na­li­sa­tion, puis je suis re­par­ti d’une feuille blanche », ré­sume-t-il avec un art de la li­tote qui lui res­semble bien. C’est donc sans état d’âme qu’il pren­dra à l’is­sue de la pro­chaine as­sem­blée

Au sein de l’en­tre­prise, le chan­ge­ment de gé­né­ra­tion, lui, a dé­jà eu lieu.

Les prin­ci­paux gé­né­ra­teurs de re­ve­nus ne sont plus les grands as­so­ciés gé­rants his­to­riques.

Mais des qua­dras ou de jeunes quin­quas as­su­rant la pé­ren­ni­té du mo­dèle.

gé­né­rale de Roth­schild & Co, la pré­si­dence du conseil de sur­veillance de la so­cié­té, quelques jours après s’être ren­du en Ecosse… pour ré­cu­pé­rer Gip­sy, le la­bra­dor noir avec le­quel il a l’in­ten­tion de se pro­me­ner dans Pa­ris pen­dant ses mo­ments de loi­sir !

Il faut dire que le scé­na­rio de cette pas­sa­tion de pou­voirs a été mû­ri de longue date. « Dans les mai­sons fa­mi­liales, le dé­part du pa­triarche est sou­vent un su­jet ta­bou. Pas chez nous ! De­puis mon ar­ri­vée dans le groupe il y a dix ans, nous avons en­vi­sa­gé ce scé­na­rio avec l’idée que ce­la se fe­rait na­tu­rel­le­ment ou pas du tout », confie Alexandre sans fard. Et de fait, rien n’a été lais­sé au ha­sard pour que le pas­sage de té­moin puisse se faire sans frot­te­ment. Au sein de l’en­tre­prise, le chan­ge­ment de gé­né­ra­tion, lui, a dé­jà eu lieu. Les prin­ci­paux gé­né­ra­teurs de re­ve­nus ne

sont plus les grands as­so­ciés gé­rants his­to­riques, mais des qua­dras ou de jeunes quin­quas as­su­rant la pé­ren­ni­té du mo­dèle. Dans un mé­tier où les ri­va­li­tés de per­sonnes sont sou­vent dé­vas­ta­trices, père et fils ont aus­si pris soin de ne pas faire d’ombre aux stars de la mai­son.

C’est dans le ca­pi­tal-in­ves­tis­se­ment, le troi­sième pi­lier de la banque aux cô­tés du conseil en fu­sion­sac­qui­si­tions et la ges­tion de for­tune, que le fu­tur hé­ri­tier a fait ses preu-

Avec suc­cès, puisque l’ac­ti­vi­té dé­mar­rée à quatre à l’époque em­ploie dé­sor­mais une cen­taine de per­sonnes et gère 8 mil­liards d’ac­tifs. L’an der­nier, ses pro­fits ont re­pré­sen­té 35 % de ceux du groupe. En clair, le nou­veau pa­tron s’ins­talle donc aux com­mandes avec la lé­gi­ti­mi­té du tra­vail ac­com­pli. « La banque d’af­faires est étroi­te­ment liée à la vo­la­ti­li­té des cycles. Il est im­por­tant pour nous de pou­voir comp­ter sur des sources de re­ve­nus plus ré­gu­liers

comme le ca­pi­tal-in­ves­tis­se­ment et la ges­tion peuvent en of­frir », sou­li­gnet-il.

Pour se pré­pa­rer ac­ti­ve­ment à ses futures res­pon­sa­bi­li­tés, Alexandre a ce­pen­dant pris ses dis­tances avec son mé­tier d’ori­gine de­puis dix-huit mois. Il a ain­si ren­con­tré les grands clients de la banque aux cô­tés de son père ou des ban­quiers mai­son. Il s’est aus­si ren­du dans la cin­quan­taine de bu­reaux que compte le groupe au­jourd’hui à traves.

vers le monde pour faire con­nais­sance avec les équipes. « Il s’est éga­le­ment tis­sé son propre ré­seau dans le monde des af­faires, en­core plus in­ter­na­tio­nal que le mien », af­firme Da­vid de Roth­schild.

Tout est donc en place pour que le chan­ge­ment se fasse dans la conti­nui­té. D’au­tant qu’il n’est pas ques­tion de faire évo­luer le mo­dèle dans l’im­mé­diat. Et pour cause, ja­mais la banque n’a été aus­si ren­table qu’en 2017. ■

Pho­to Mi­chael Guez/Jean-Phil­lipe Bel­la - Libre Comme l’Art

C’est une lourde res­pon­sa­bi­li­té qui va in­com­ber à Alexandre, 37 ans, qui s’ap­prête à de­ve­nir le dé­po­si­taire de l’hé­ri­tage fa­mi­lial trans­mis par son père Da­vid.

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