Du bon usage de la fronde

Le re­fus de cer­tains dé­pu­tés de la ma­jo­ri­té de vo­ter le pro­jet de loi asile-im­mi­gra­tion sert au fi­nal plu­tôt le chef de l’Etat.

Les Echos - - FRANCE - Sté­phane Du­pont sdu­pont@le­se­chos.fr

Al’au­tomne der­nier, ce­la n’avait été qu’une es­car­mouche, une forme d’aver­tis­se­ment sans frais. A l’ini­tia­tive du rap­por­teur gé­né­ral du bud­get, Joël Gi­raud, les dé­pu­tés de la ma­jo­ri­té s’étaient in­sur­gés contre la fin de la taxa­tion de cer­tains « signes ex­té­rieurs de ri­chesse » en­gen­drée par la sup­pres­sion de l’ISF. La ques­tion s’était ré­glée ra­pi­de­ment, le gou­ver­ne­ment ac­cep­tant d’alour­dir la fis­ca­li­té pe­sant sur les yachts et autres voi­tures de luxe.

Une conces­sion sym­bo­lique. L’af­faire est plus sé­rieuse cette fois-ci. Mal­gré les ad­mo­nes­ta­tions de leur pré­sident de groupe, Ri­chard Fer­rand, plu­sieurs dé­pu­tés En marche re­fusent de vo­ter le pro­jet de loi sur l’asile et l’im­mi­gra­tion exa­mi­né cette se­maine à l’As­sem­blée, le consi­dé­rant comme trop ré­pres­sif. En pre­mière ligne dans cette ré­bel­lion, l’an­cien bras droit de Ni­co­las Hu­lot, Mat­thieu Or­phe­lin, as­sure qu’il faut y voir « tout sauf un dé­but de fronde ».

Les dé­chi­re­ments mor­ti­fères du PS sous le quin­quen­nat de Fran­çois Hol­lande sont en­core dans toutes les mé­moires. Il n’em­pêche, l’épi­sode va lais­ser des traces. Car il sou­ligne le che­min par­cou­ru par Em­ma­nuel Ma­cron par rap­port à la cam­pagne pré­si­den­tielle sur la ques­tion ul­tra­sen­sible de l’im­mi­gra­tion. Sous l’in­fluence de son mi­nistre de l’In­té­rieur, Gé­rard Col­lomb, le pré­sident s’est conver­ti une fois au pou­voir à une forme de real­po­li­tik qui hé­risse une par­tie des troupes. Quitte à faire une lé­gère en­torse à la règle qu’il s’est fixée pour les autres ré­formes :

« Je fais ce que j’ai dit ».

Mais qu’im­porte. C’est ce que de­mandent les Fran­çais, à une très large ma­jo­ri­té.

C’est aus­si le tour­nant pris par les autres pays eu­ro­péens sous la pres­sion des opi­nions pu­bliques.

Dif­fi­cile aus­si de re­pro­cher à Em­ma­nuel Ma­cron d’être à l’écoute, en phase avec la po­pu­la­tion, quand il est ac­cu­sé ré­gu­liè­re­ment de dé­ci­der seul et d’être cou­pé des réa­li­tés. Ces cri­tiques ve­nues de son propre camp ont en outre l’avan­tage pour le chef de l’Etat de le confor­ter face aux Ré­pu­bli­cains, qui n’ont de cesse de dé­non­cer un pro­jet de loi à leurs yeux trop

« laxiste », en lui dé­li­vrant une sorte de bre­vet de fer­me­té. Ap­pré­ciable, quand on veut dé­vi­ta­li­ser la droite.

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