Le pre­mier en­fant creuse les in­éga­li­tés hommes-femmes

La construc­tion des in­éga­li­tés entre sexes ré­sulte d’un pro­ces­sus tout au long du par­cours pro­fes­sion­nel.

Les Echos - - FRANCE - Leï­la de Co­mar­mond @lei­la­de­co

La mi­nistre du Tra­vail vient de créer la sur­prise en an­non­çant l’ins­tau­ra­tion d’une obli­ga­tion de ré­sul­tat pour les employeurs en ma­tière de ré­duc­tion des in­éga­li­tés sa­la­riales entre les hommes et les femmes. La me­sure, dont il reste en­core à connaître les contours pré­cis, dev­rait per­mettre d’ac­cé­lé­rer leur ré­duc­tion. Mais elle ne sau­rait à elle seule les faire dis­pa­raître, sou­ligne un do­cu­ment d’études pu­blié par la Di­rec­tion de la re­cherche du mi­nis­tère du Tra­vail (Dares). « Si l’on sou­haite di­mi­nuer les écarts entre les femmes et les hommes sur le mar­ché du tra­vail, il est né­ces­saire d’en dé­ter­mi­ner les prin­ci­paux fac­teurs, mais éga­le­ment le(s) mo­ment(s) où ils in­ter­viennent », ex­pliquent ses au­teurs, Ka­rine Briard et Em­ma­nuel Valat. Pour ce­la, ils ont tra­vaillé sur la pro­ba­bi­li­té d’ac­cé­der à une po­si­tion so­cio­pro­fes­sion­nelle adé­quate, c’est-à-dire cor­res­pon­dant à leur ni­veau d’études ini­tial, pour des in­di­vi­dus jus­qu’à leur der­nier en­fant, donc sur une po­pu­la­tion âgée d’au moins 50 ans. Ils constatent que dès l’en­trée sur le mar­ché du tra­vail, femmes et hommes ne sont pas for­cé­ment égaux. Près de la moi­tié des femmes et six hom- mes sur dix at­teignent aus­si­tôt une po­si­tion adé­quate. Cet écart aug­mente sur les dix à quinze pre­mières an­nées de vie pro­fes­sion­nelle jus­qu’à at­teindre 20 points et il « n’est pas rat­tra­pé sur les an­nées sui­vantes », se­lon l’étude.

Un double phé­no­mène

Les écarts d’évo­lu­tion dif­fèrent ce­pen­dant se­lon le ni­veau d’études. Chez les non-di­plô­més, elles se creusent du­rant les quinze an­nées avant de bais­ser un peu. Les femmes et hommes di­plô­més ont la même pro­ba­bi­li­té d’ac­cé­der à une po­si­tion so­cio­pro­fes­sion­nelle cor­res­pon­dant à leur ni­veau d’études ini­tial à la sor­tie des études.

Mais les femmes se font dis­tan­cier au cours des dix an­nées sui­vantes sans qu’il y ait en­suite de mou­ve­ment de rat­tra­page mais seule­ment une sta­bi­li­sa­tion. Ré­sul­tat : à 50 ans, di­plô­mées ou non, les femmes

« Si l’on sou­haite di­mi­nuer les écarts entre les femmes et les hommes sur le mar­ché du tra­vail, il est né­ces­saire d’en dé­ter­mi­ner les prin­ci­paux fac­teurs, mais éga­le­ment le(s) mo­ment(s) où ils in­ter­viennent. » KA­RINE BRIARD ET EM­MA­NUEL VALAT Au­teurs du do­cu­ment d’études pu­blié par la Dares

ont une pro­ba­bi­li­té de 15 points in­fé­rieure d’avoir at­teint une po­si­tion adé­quate.

La pre­mière nais­sance, joue un rôle ma­jeur dans cette si­tua­tion. C’est en ef­fet une pé­riode de forte hausse des in­éga­li­tés. Ce­la s’ex­plique par un double phé­no­mène : pour les femmes, la pre­mière nais­sance « signe l’en­trée dans une pé­riode d’évo­lu­tion pro­fes­sion­nelle re­la­ti­ve­ment mo­dé­rée qui ne s’achève qu’après la sco­la­ri­sa­tion des en­fants » ; pour les hommes, au contraire, « elle coïn­cide avec l’amorce d’une phase d’évo­lu­tion pro­fes­sion­nelle très dy­na­mique ». « Quelques an­nées après […], un phé­no­mène de rat­tra­page semble s’amor­cer pour cer­taines femmes, les non-di­plô­mées du bac­ca­lau­réat et les di­plô­mées ayant deux en­fants », mais il n’est pas suf­fi­sant pour ré­ta­blir une éga­li­té, sou­ligne l’étude. ■

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