Re­tour aux trac­ta­tions après les raids oc­ci­den­taux en Sy­rie

● Les Vingt-Huit ont ap­puyé les raids de Pa­ris, Londres et Wa­shing­ton en Sy­rie, sa­me­di, mais in­sistent sur la né­ces­si­té de re­lan­cer l’op­tion di­plo­ma­tique. ● L’OIAC de­vait en­voyer des ins­pec­teurs à Dou­ma.

Les Echos - - MONDE - Yves Bour­dillon @yves­bour­dillon De­rek Pe­rotte @De­rekPe­rotte — Bu­reau de Bruxelles

Après les frappes oc­ci­den­tales en Sy­rie, le temps est à nou­veau ce­lui des ex­perts et des di­plo­mates. Réunis à Luxem­bourg, les mi­nistres des Af­faires étran­gères de l’Union eu­ro­péenne ont fait part de leur « com­pré­hen­sion » pour les frappes ci­blées des EtatsU­nis, de la France et du Royau­meU­ni, une se­maine après une at­taque chi­mique dans la ville re­belle de Dou­ma, at­tri­buée au ré­gime sy­rien. Elles « ont consti­tué des me­sures spé­ci­fiques prises dans le seul but d’em­pê­cher le ré­gime sy­rien d’uti­li­ser à nou­veau des armes chi­miques », se­lon leur dé­cla­ra­tion com­mune.

Ce sou­tien a mi­ni­ma tra­duit les di­vi­sions au sein des Vingt-Huit : s’ils sont una­nimes pour condam­ner l’usage d’armes chi­miques et ju­ger qu’une ri­poste s’im­po­sait, beau­coup sont res­tés cir­cons­pects face à l’op­tion mi­li­taire ain­si dé­gai­née. L’Ita­lie et l’Al­le­magne ont sou­li­gné l’im­por­tance d’évi­ter toute « es­ca­lade » mi­li­taire dans la ré­gion, et l’UE réaf­firme dans sa dé­cla­ra­tion qu’« il ne sau­rait y avoir de so­lu­tion mi­li­taire » au conflit sy­rien. Les mi­nistres ap­pellent dès lors à « re­vi­go­rer le pro­ces­sus vi­sant à trou­ver une so­lu­tion po­li­tique ». « Sans la Rus­sie, il est im­pos­sible de ré­soudre ce conflit », a in­sis­té le chef de la di­plo­ma­tie al­le­mande, Hei­ko Maas. « L’Union eu­ro­péenne et les Etats membres nous ont sou­te­nus dans cette vo­lon­té de pré­ve­nir et de dis­sua­der toute uti­li­sa­tion de l’arme chi­mique. L’UE est donc unie », s’est fé­li­ci­té le mi­nistre fran­çais, Jean-Yves Le Drian, à l’is­sue de la réunion.

Im­bro­glio sur l’en­quête

D’autre part, l’ONU de­vait en­ta­mer lun­di soir la dis­cus­sion d’une pro­po­si­tion de ré­so­lu­tion des trois al­liés, Wa­shing­ton, Londres et Pa­ris, pour créer un nou­veau mé­ca­nisme d’en­quête sur l’em­ploi d’armes chi­miques en Sy­rie. Le mé­ca­nisme pré­cé­dent a ex­pi­ré en no­vembre der­nier à la suite de plu­sieurs ve­to russes. Des dis­sen­sions liées au sou­tien, ap­pa­rem­ment in­con­di­tion­nel que Mos­cou ap­porte à Da­mas, et qui vont com­pli­quer l’en­quête lan­cée pa­ral­lè­le­ment par l’Or­ga­ni­sa­tion pour l’in­ter­dic­tion des armes chi­miques (OIAC).

L’OIAC, is­sue de la conven­tion de 1993 contre ces armes de des­truc­tion

« L’Union eu­ro­péenne et les Etats membres nous ont sou­te­nus dans cette vo­lon­té de pré­ve­nir et de dis­sua­der toute uti­li­sa­tion de l’arme chi­mique. L’UE est donc unie. » JEAN-YVES LE DRIAN Mi­nistre de l’Eu­rope et des Af­faires étran­gères

mas­sive si­gnée par 193 pays, de­vait en­voyer des ins­pec­teurs à Dou­ma, mais son équipe n’a pu s’y rendre lun­di, con­trai­re­ment à ce qui était pré­vu. Ce que Londres a at­tri­bué à une obs­truc­tion de Mos­cou, le­quel a au contraire af­fir­mé que ce re­tard était consé­cu­tif aux ef­fets des raids oc­ci­den­taux de sa­me­di. Wa­shing­ton soup­çonne aus­si la Rus­sie d’avoir « net­toyé » le site ces der­niers jours pour sup­pri­mer toute trace de gaz toxique.

De­puis le lan­ce­ment en 2013, sous le contrôle de la Rus­sie, du dé­man­tè­le­ment du pro­gramme chi­mique de Da­mas, l’OIAC a cer­ti­fié que l’in­té­gra­li­té des armes chi­miques dé­cla­rées, soit 1.300 tonnes, avait été dé­truite… mais a ju­gé le ré­gime sy­rien res­pon­sable d’une at­taque au gaz sa­rin, en avril 2017, contre la ville de Khan Chei­khoun, qui avait fait 83 morts. Wa­shing­ton avait alors frappé une base sy­rienne en re­pré­sailles, dans une cer­taine in­dif­fé­rence in­ter­na­tio­nale. ■

Pho­to Em­ma­nuel Dunand/AFP

Le mi­nistre fran­çais des Af­faires étran­gères, Jean-Yves Le Drian, et son ho­mo­logue bri­tan­nique, Bo­ris John­son, se consultent avant la réunion des Vingt-Huit à Luxem­bourg.

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