En at­ten­dant l’Eu­rope d’Em­ma­nuel Ma­cron

Les Echos - - IDÉES & DÉBATS - Par Jacques Hu­bertRo­dier

Il y eut d’abord la vic­toire d’Em­ma­nuel Ma­cron, le 7 mai der­nier. Un Eu­ro­péen convain­cu qui avait « osé mon­ter sur le ring » pour ré­pondre aux dé­trac­teurs de l’Union eu­ro­péenne. Puis, il y eut le dis­cours sur la re­fon­da­tion de l’Union eu­ro­péenne à la Sor­bonne en sep­tembre. Et, en­fin, la for­ma­tion au for­ceps d’un gou­ver­ne­ment en Al­le­magne. Après la France, l’Eu­rope al­lait pou­voir en­fin se mettre en marche et Pa­ris et Ber­lin tra­vailler en­semble, avec, pour­quoi pas, l’Ita­lie et quelques autres. Le Brexit pou­vait n’ap­pa­raître que comme un mau­vais rêve. L’of­fen­sive eu­ro­péenne du chef de l’Etat n’est pas ter­mi­née. Loin de là. Mar­di 17 avril, il s’adresse au Par­le­ment eu­ro­péen pour ap­pe­ler les eu­ro­dé­pu­tés à trans­for­mer l’Eu­rope, puis, le 18 avril, il lan­ce­ra des consul­ta­tions sur l’ave­nir de l’Eu­rope, un an avant les élec­tions eu­ro­péennes de mai 2019. Pour­tant, le pré­sident fran­çais risque de se re­trou­ver bien seul à l’avant-garde de l’Eu­rope. An­ge­la Mer­kel a les mains liées par l’ac­cord qui a per­mis la for­ma­tion d’un gou­ver­ne­ment de coa­li­tion, CDU-SPD, dans un pays qui a vu l’ar­ri­vée au Bun­des­tag de re­pré­sen­tants de l’ex­trême droite na­tio­na­liste de l’AfD. Dans son propre camp, cer­tains dé­pu­tés conser­va­teurs chré­tiens-dé­mo­crates ont même dé­ci­dé de li­mi­ter en­core plus la marge de ma­noeuvre de la chan­ce­lière al­le­mande sur la ré­forme de la zone eu­ro, avant sa ren­contre, jeudi, avec le pré­sident fran­çais. Mais ce n’est pas la seule dif­fi­cul­té qui at­tend le chef de l’Etat fran­çais. L’Ita­lie, qui pou­vait jouer un rôle de pre­mier plan, est tou­jours à la re­cherche d’un gou­ver­ne­ment. L’Es­pagne sort dif­fi­ci­le­ment de sa crise pro­fonde pro­vo­quée par la ten­ta­tive de sé­ces­sion de la Ca­ta­logne. A l’est, l’écla­tante vic­toire de Vik­tor Orbán en Hon­grie ne fait que ren­for­cer le camp des pays hos­tiles à l’ap­pro­fon­dis­se­ment de l’Eu­rope avec la Po­logne en tête. Huit pays du Nord de l’Eu­rope, em­me­nés par les Pays-Bas, plaident pour la ré­af­fir­ma­tion de la sou­ve­rai­ne­té fis­cale na­tio­nale, re­je­tant les pro­po­si­tions de ré­forme de la zone eu­ro du pré­sident fran­çais. Ce qui obli­ge­ra Pa­ris et Ber­lin à re­voir en juin pro­chain à la baisse les am­bi­tions de ré­formes de la zone eu­ro. Pour­tant, il existe au­jourd’hui un risque d’avan­cer trop len­te­ment. Car, si l’Union éco­no­mique et mo­né­taire en Eu­rope a sur­vé­cu à la plus grave crise de son his­toire, elle ne sur­vi­vra pas à une nou­velle, sans avoir adop­té un cer­tain nombre d’ins­tru­ments de conver­gence. Au­jourd’hui, l’Eu­rope ne peut se conten­ter de pe­tits pas comme sur la dé­fense ou en­core sur la lutte contre le ter­ro­risme. Certes, Em­ma­nuel Ma­cron conti­nue­ra à plai­der pour une « Eu­rope qui pro­tège » ses ci­toyens. Mais ce­la est bien in­suf­fi­sant. L’Eu­rope, une nou­velle fois, se fait at­tendre…

Au­jourd’hui, l’Eu­rope ne peut se conten­ter de pe­tits pas.

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