Le Sa­lon du livre rare, ter­rain de jeux des connais­seurs

La 30e édi­tion a en­re­gis­tré au Grand Pa­lais une fré­quen­ta­tion en hausse de 20 %. Le ma­nus­crit reste, tou­te­fois, un mar­ché de niche.

Les Echos - - INDUSTRIE & SERVICES - M. R.

Le Sa­lon in­ter­na­tio­nal du livre rare et de l’ob­jet d’art, ren­dez­vous as­sez unique avec ses ex­perts de 50 spé­cia­li­tés dif­fé­rentes, a vu sa fré­quen­ta­tion grim­per de 20 % cette an­née, at­ti­rant 20.200 vi­si­teurs sur trois jours. Pour cette 30e édi­tion ache­vée di­manche soir, 150 li­braires et 50 an­ti­quaires ont pro­po­sé quelque 100.000 do­cu­ments et ob­jets au Grand Pa­lais, à l’ini­tia­tive du SLAM, le Syn­di­cat na­tio­nal de la li­brai­rie an­cienne et mo­derne, et de la CNES, Chambre na­tio­nale des ex­perts spé­cia­li­sés. Les mar­chands des deux spé­cia­li­tés ont plu­tôt bien ven­du, cer­tains réa­li­sant dix fois leur chiffre de l’an der­nier.

Outre les in­vi­tés d’hon­neur, l’Ins­ti­tut mé­moires de l’édi­tion contem­po­raine, ou le dé­par­te­ment des es­tampes et de la pho­to de la BNF, les ex­po­sants ont ap­por­té des pé­pites : un in­cu­na­bleaat­teint 40.000 eu­ros, une grande re­liure à la fan­fare 15.000 eu­ros, une édi­tion illus­trée par Paul Avril de « Ma­dame Bo­va­ry » 6.000 eu­ros, une pe­tite page ma­nus­crite de Serge Gains­bourg sur « Pou­pée de cire, pou­pée de son », 4.500 eu­ros.

L’an der­nier le sec­teur du livre rare a d’ailleurs connu des en­chères mé­dia­tiques, de la « bi­blio­thèque da­da-sur­réa­liste » dis­per­sée par So­the­by’s as­so­ciée à Bi­noche et Gi­quel­lo, à la bi­blio­thèque Tis­sot-Du­pont ad­ju­gée chez Pia­sa, en pas­sant par la deuxième par­tie de la bi­blio­thèque de Pierre Ber­gé sous le mar­teau de So­the­by’s et PBA. Mais les ma­nus­crits restent tou­te­fois un mar­ché de niche. Se­lon le Conseil des ventes vo­lon­taires, les dix prin­ci­paux opé­ra­teurs spé­cia­li­sés (Alde, Art­cu­rial, Bi­noche et Gi­quel­lo, Ch­ris­tie’s, Pia­sa, Ose- nat, Aguttes, So­the­by’s, Cor­nette de Saint Cyr, Pierre Ber­gé & as­so­ciés) ont or­ga­ni­sé 43 ventes rap­por­tant 24,3 mil­lions d’eu­ros hors frais. En ajou­tant le mon­tant réa­li­sé par des opé­ra­teurs plus gé­né­ra­listes, on at­teint 26 mil­lions pour 6.000 livres cé­dés.

Un signe d’éru­di­tion

Deux en­chères ont fran­chi la barre des 400.000 eu­ros en 2017, chez So­the­by’s pour le « Livre de chasse » de Gas­ton Phé­bus (1510), chez Pierre Ber­gé & as­so­ciés pour le ma­nus­crit des « Noces d’Hé­ro­diade » de Mal­lar­mé. Si les livres à plus de 100.000 eu­ros ont ap­por­té 17 % du to­tal des ventes, ils ne représentent tou­te­fois que 0,004 % des lots ad­ju­gés. Ceux à plus de 25.000 eu­ros pèsent 45 % des mon­tants ob­te­nus, mais 3 % des pièces ven­dues.

Les mi­cro­mar­chés sont lé­gion dans ce sec­teur, cer­tains ache­teurs étant in­té­res­sés par le texte, d’autre part la ty­po­gra­phie, la re­liure, l’il­lus­tra­tion… Le taux d’in­ven­du de 37 % prouve que la spé­cia­li­té at­tire plu­tôt des connais­seurs exi­geants. Fait pas ba­nal dans le monde des en­chères : la jeune mai­son Alde créée en 2000, a ven­du le tiers des lots pro­po­sés l’an der­nier, ce qui en fait le pre­mier opé­ra­teur, même si avec 13 % du mar­ché en va­leur, elle ne ri­va­lise pas avec des poids lourds comme So­the­by’s.

Le livre était jus­qu’ici un pla­ce­ment stable, avec des prix plu­tôt à la hausse pour les oeuvres rares ad­ju­gées en moyenne 40 % au-des­sus des es­ti­ma­tions basses l’an der­nier, car l’ac­qui­si­tion de ces pièces reste un mar­queur so­cial fort, sym­bole d’éru­di­tion. Reste à sa­voir si les pro­chaines ventes de l’im­por­tant fonds Aris­to­phil ne vont pas faire chu­ter les prix. —

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