La grippe fait tous­ser l’hô­pi­tal

Le nombre de pas­sages au ser­vice des ur­gences de l’hô­pi­tal de Dieppe est en hausse de 10 à 15 % en rai­son de l’épi­dé­mie de grippe. Un pic de conta­mi­na­tion du vi­rus est at­ten­du pour la se­maine pro­chaine. Ce qui crée des ten­sions à l’hô­pi­tal.

Les Informations Dieppoises - - La Une - Au­ré­lien Bé­nard @a_ be­nard

Le ser­vice des ur­gences de l’hô­pi­tal de Dieppe connaît un pic sé­rieux d’ac­ti­vi­té en rai­son de l’épi­dé­mie de grippe. Les per­sonnes âgées par­ti­cu­liè­re­ment vul­né­rables face à ce vi­rus af­fluent en grand nombre. Si l’en­semble des ma­lades sont pris en charge par les équipes mé­di­cales des ur­gences, c’est le manque de lits qui semble faire dé­faut pour les hos­pi­ta­li­ser par la suite.

« L’hô­pi­tal est en ten­sion de­puis le 3 jan­vier. Nous avons une hausse du nombre de pas­sages au ser­vice des ur­gences de l’ordre de 10 à 15 %, in­di­quait mer­cre­di der­nier, le Dr Va­lé­rie Mas­sol, mé­de­cin ur­gen­tiste à Dieppe. Le pro­blème, ce n’est pas tant la hausse d’ac­ti­vi­té, mais le nombre de per­sonnes fra­giles que nous ac­cueillons : du fait de leur fra­gi­li­té, elles sont hos­pi­ta­li­sées et bien évi­dem­ment ce­la crée de l’en­gor­ge­ment » .

Un pic at­ten­du la se­maine pro­chaine

Chaque jour, l’équipe mé­di­cale et la di­rec­tion font le point sur l’évo­lu­tion de cette épi­dé­mie de grippe et sur la prise en charge des pa­tients. « Pour le mo­ment, l’hô­pi­tal de Dieppe est un peu moins concer­né que les autres éta­blis­se­ments des ré­gions voi­sines, constate le Dr Va­lé­rie Mas­sol. Mais si on re­garde la pro­gres­sion du vi­rus, on peut pré­voir un pic d’ac­ti­vi­té beau­coup plus im­por­tant la se­maine pro­chaine. D’ailleurs nous nous y pré­pa­rons » . se­lon nos in­for­ma­tions, un ser­vice sup­plé­men­taire pour­rait ain­si être ou­vert ex­cep­tion­nel­le­ment.

De toute évi­dence, face à ce pic d’ac­ti­vi­té qui n’en se­rait qu’à ses pré­mices, les équipes mé­di­cales sont fa­ti­guées, ir­ri­tées, et ce­la aus­si peut par­fois être source d’éner­ve­ment de la part des pa­tients.

L’hô­pi­tal est sous ten­sion, le per­son­nel aus­si. Il n’en de­meure pas moins que la mis­sion de ser­vice pu­blic est as­su­rée conscien­cieu­se­ment. « Nous sommes in­ter­ve­nus pour qu’il y ait un com­plé­ment en per­son­nel, in­dique Bru­no Ricque, le se­cré­taire gé­né­ral CGT des hos­pi­ta­liers de Dieppe. La di­rec­tion a mis des aides soi­gnantes en plus sur cer­tains cré­neaux ho­raires aux ur­gences, mais pas de ren­fort en in­fir­mières » . Ce que conteste le Dr Va­lé­rie Mas­sol : « Aides soi­gnantes et in­fir­mières sont ve­nues ren­for­cer les équipes ponc­tuel­le­ment à chaque fois que ce­la a été né­ces­saire » .

Le manque de lits est évi­dem­ment pré­ju­di­ciable pour les pa­tients qui, ali­tés dans les cou­loirs à l’in­té­rieur du ser­vice, se voient ser­vir leur pe­tit-dé­jeu­ner ou faire la toi­lette der­rière un pa­ravent. « Quelques lits ont été ajou­tés dans les ser­vices de mé­de­cine gé­ria­trique et de mé­de­cine in­terne, mais ce n’est pas suf­fi­sant ; ce­la donne beau­coup plus de tra­vail aux col­lègues qui sont dé­jà bien dé­bor­dés. Nous de­man­dons aus­si plus de per­son­nel dans ces ser­vices- là » , ajoute le dé­lé­gué syn­di­cal.

Des lits dans les cou­loirs

Au ser­vice des ur­gences, il y a un es­pace qui compte dix chambres in­di­vi­duelles ap­pe­lées dans le jar­gon, « des lits portes » . De­puis le 3 jan­vier, elles sont toutes oc­cu­pées. D’après la CGT, dans la nuit du mar­di 3 au mer­cre­di 4 jan­vier, 19 per­sonnes ont dor­mi aux ur­gences hors « lits portes » dont 14 se­raient ar­ri­vées avant mi­nuit.

La nuit sui­vante, ils étaient 18. Dans la nuit de lun­di à mar­di der­nier, ils étaient 15 dans ce cas-là. « Le per­son­nel soi­gnant fait un tra­vail re­mar­quable, mais dans ces condi­tions, il est loin de pou­voir ré­pondre aux dif­fi­cul­tés face à la sur­charge de tra­vail » , sou­li­gnait la CGT en mi­lieu de se­maine der­nière.

Le se­cré­taire gé­né­ral du syn­di­cat diep­pois pointe di­rec­te­ment la res­pon­sa­bi­li­té de Ma­ri­sol Tou­raine, la mi­nistre de la San­té, face à ce « big- bang » sa­ni­taire : « Elle a de­man­dé aux hô­pi­taux de mettre en place le Vi­rage am­bu­la­toire. Il s’agit d’ac­cueillir des pa­tients sur une jour­née. On ne conteste pas ce pro­cé­dé, mais ce­la a pour consé­quence de fer­mer des lits pour des pa­tients dont l’état de san­té né­ces­site une hos­pi­ta­li­sa­tion plus longue ! La mi­nistre crée toutes les condi­tions pour fer­mer des lits et ce n’est pas ter­mi­né, pré­vient Bru­no Ricque. L’ARS, l’Agence ré­gio­nale de san­té, de­mande de por­ter des ré­flexions sur une fer­me­ture des ser­vices d’ur­gences qui compte moins de 10 000 pas­sages par an. Si Dieppe est pré­ser­vé avec en­vi­ron 38 000 pas­sages an­nuels, il y a du sou­ci à se faire pour les pe­tites villes ».

Sur­mor­ta­li­té pré­vi­sible

La grippe de­vrait at­teindre son pa­roxysme la se­maine pro­chaine dans le bas­sin diep­pois. Et comme il y a deux ans, elle de­vrait être à l’ori­gine d’une sur­mor­ta­li­té dans la po­pu­la­tion âgée en France. Le bi­lan de­vrait être lourd : « La four­chette clas­sique d’une épi­dé­mie de grippe, c’est entre 3 000 et 6 000 dé­cès. Lorsque l’on a af­faire à un vi­rus H3N2, on peut avoir des phé­no­mènes de sur­mor­ta­li­té. Là, la réa­li­té se si­tue­ra entre 6 000 et 10 000 dé­cès » ex­pli­quait Bru­no Li­na, vi­ro­logue, mer­cre­di ma­tin, à nos confrères d’Eu­rope 1.

Avec l’épi­dé­mie de grippe, l’hô­pi­tal de Dieppe est sous ten­sion de­puis le 3 jan­vier. Mais le pire de­vrait ar­ri­ver la se­maine pro­chaine avec le pic at­ten­du dans notre ré­gion. (Pho­to d’illus­tra­tion)

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.