Phase IV

de Saul Bass

Les Inrockuptibles - - Sorites - Avec Mi­chael Mur­phy (E.-U., 1974, 1 h 24, re­prise) Vincent Os­tria

Un film de science-fic­tion psy­ché­dé­lique es­sen­tiel­le­ment fon­dé sur la sug­ges­tion.

L’unique long mé­trage du grand gra­phiste Saul Bass, de­si­gner des plus cé­lèbres gé­né­riques d’Hit­ch­cock, Pre­min­ger et bien d’autres, est un film de scien­ce­fic­tion sur la mu­ta­tion de four­mis en es­pèce su­per-in­tel­li­gente dans un coin dé­ser­tique de l’Arizona. Deux scien­ti­fiques y sont en­voyés et se re­trouvent pris au piège. Le gé­nie de Bass re­pose sur l’équa­tion less is more. Au lieu d’ef­fets spé­ciaux spec­ta­cu­laires, le ci­néaste filme des in­sectes en ma­cro et des hu­mains qui, dans leur la­bo­ra­toire de brousse, tentent de com­mu­ni­quer avec les four­mis en uti­li­sant des ondes élec­tro­ma­gné­tiques. Es­thé­ti­que­ment, ce­la re­lève du psy­ché­dé­lisme high-tech, sur un mode à la fois cli­nique et oni­rique, entre 2001, l’Odys­sée de l’es­pace et un docu ani­ma­lier. Dans ce film très dé­cou­pé, désar­ti­cu­lé, aux nom­breux gros plans très éla­bo­rés, Bass fait mon­ter l’an­goisse avec un rien : une voix off, une mu­sique syn­thé­tique en­voû­tante et des plans de four­mis as­sez pré­cis pour les rendre ré­pu­gnantes. Ce film-trip d’ap­pa­rence éso­té­rique de­vient ver­ti­gi­neux quand les scien­ti­fiques com­prennent qu’ils sont les su­jets d’une ex­pé­rience que mènent les in­sectes. Cer­tains des der­niers plans in­versent ceux du dé­but : le hé­ros tombe dans un tun­nel sou­ter­rain qu’il ar­pente comme une four­mi… Une fan­tas­ma­go­rie ty­pique d’une époque où les ex­pé­riences sen­so­rielles et psy­cho­lo­giques agi­taient l’Oc­ci­dent.

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