Ci­né­mas

La Mos­tra de Ve­nise, Deau­ville…

Les Inrockuptibles - - Sommaire -

Ke­chiche do­mine la Mos­tra Si les films de Guiller­mo del To­ro, Paul Schra­der, Dar­ren Aro­nof­sky ou Fre­de­rick Wi­se­man ont fait leur ef­fet, du réa­li­sa­teur de a en­traî­né notre adhé­sion. MEKTOUB, MY LOVE, La Vie d’Adèle, DE­PUIS QUELQUES AN­NÉES, NOUS SIGNALIONS QUE LE FES­TI­VAL DE VE­NISE Li­bra­ry). Un in­con­nu, Xa­vier Le­grand, re­çut pour son pre­mier film, le prix de la mise en scène... Et puis, il y eut le nou­veau film d’Ab­del­la­tif Ke­chiche, le pre­mier de­puis il y a quatre ans. Jus­qu’à

était en perte de vi­tesse d’un point de vue qua­li­ta­tif, face à ses prin­ci­paux concur­rents que sont Cannes, Ber­lin et To­ron­to. La com­pé­ti­tion était de plus en plus faible, même si quelques films phare (comme l’an­née der­nière) lui per­met­taient de ne pas perdre la face.

Cette an­née, la com­pé­ti­tion of­fi­cielle était plus al­lé­chante, plus riche en films de qua­li­té : ceux de Guiller­mo del To­ro ( re­çut le Lion d’or 2017), Paul Schra­der, Dar­ren Aro­nof­sky, Fre­de­rick Wi­se­man (qui, mal­gré ses 87 ans, ne montre au­cun signe de fai­blesse dans son la garde, La Vie d’Adèle Mektoub, My Love : can­to uno, sans doute (qui sait ?) pre­mier vo­let de ce qui deviendra une tri­lo­gie, est un film somp­tueux, peut-être son plus beau à ce jour. Adap­té d’un ro­man de Fran­çois Bé­gau­deau, l’his­toire semble très au­to­bio­gra­phique : en 1994, un jeune Fran­co-Tu­ni­sien plu­tôt ré­ser­vé, Amin (Shaïn Bou­me­dine, in­croyable), as­pi­rant scé­na­riste mon­té à Pa­ris, re­tourne à Sète pas­ser des vacances en fa­mille. Dès la pre­mière mi­nute La La Land The Shape of Wa­ter Ex Li­bris: the New York Pu­blic 68

Mektoub, My Love : can­to uno d’Ab­del­la­tif Ke­chiche du film, il sur­prend son amie Ophé­lie (Ophé­lie Bau, belle dé­cou­verte) en train de faire l’amour avec son cou­sin, To­ni, le Dom Juan de la fa­mille. La scène, chaude, pas­sion­née, dure as­sez long­temps – mais rien d’aus­si cru que dans

: pas de sexes ap­pa­rents. Sur ce, très vite, nous com­pre­nons qu’Amin est raide dingue d’Ophé­lie de­puis tou­jours, mais que cet amour est res­té transi. Ophé­lie, of­fi­ciel­le­ment, a un co­pain, sol­dat par­ti au loin sur le porte-avions To­ni et Ophé­lie tentent de ca­cher leur liai­son, mais tout le monde la connaît. Tout est po­sé dès les pre­mières mi­nutes, et rien ne va plus réel­le­ment ve­nir com­plexi­fier le ré­cit, si ce n’est le jeu ha­bi­tuel des sen­ti­ments, des ja­lou­sies. Sur cette in­trigue très roh­mé­rienne, qui rap­pelle aus­si Ke­chiche, pen­dant près de trois heures ab­so­lu­ment in­tenses, pleines de vie, de dé­sir, de fête, va faire de la di­rec­tion d’ac­teurs, de la mise en scène pure : du sens qui naît du ci­né­ma.

Le ta­lent de peintre de Ke­chiche est de­meu­ré in­tact, et sa confiance dans le ci­né­ma aus­si : il sait des­si­ner un per­son­nage en quelques se­condes. De l’oncle dra­gueur à la mère li­bé­rée, de la copine blonde pas fa­rouche à la tante qui va se ma­rier (Haf­sia Her­zi, su­blime), quinze per­son­nages en­va­hissent l’écran et le spec­ta­teur les re­con­naît tous comme s’il les connais­sait de­puis tou­jours.

Mektoub, My Love est un hymne

Le film en­chaîne les scènes de boîtes de nuit, de soi­rées de fo­lie, de plages (l’image est dé­li­cate) où l’on dis­cute beau­coup. On est chez Ma­ri­vaux, Mus­set, avec des gens qui se mentent, se ma­ni­pulent gen­ti­ment et/ou cruel­le­ment, se dé­si­rent, sont dans leurs pe­tits dé­nis, dans leurs amours ca­chées. Où Amin l’apol­li­nien peine à trou­ver sa place…

La ca­mé­ra est in­so­lem­ment at­ti­rée par les femmes, par celles qui ont des fesses et des poi­trines gé­né­reuses, des vi­sages aux traits ré­gu­liers. C’est in­dis­cu­table : Mektoub dé­sire les femmes. D’où la ré­ac­tion vio­lente (et at­ten­due) de quelques cri­tiques amé­ri­cains pu­ri­tains, qui ont ac­cu­sé Ke­chiche d’avoir réa­li­sé un film re­cou­vert de ce

(re­gard mas­cu­lin) que cer­tains lui avaient dé­jà ab­sur­de­ment re­pro­ché au mo­ment de La Vie d’Adèle.

Soyons sé­rieux : qu’est-ce que le ci­né­ma si­non l’ex­pres­sion de fan­tasmes ? Faut-il brû­ler tous les films où le dé­sir pour les femmes s’ex­prime ? On a en­vie de sou­rire. Et de voir la suite de Mektoub, Jean-Bap­tiste Mo­rain dio­ny­siaque. La Vie d’Adèle Charles-de-Gaulle. L’Es­quive, “mas­tur­ba­toire”, “male gaze” My Love. 69

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