Mu­siques

Wes­ley Fuller, DAF…

Les Inrockuptibles - - Sommaire - Ch­ris­tophe Conte

DE­PUIS QUE JAMES BAGSHAW, LE CHAN­TEUR DES TEMPLES,

a dé­brous­saillé la sienne, la plus belle afro du cir­cuit pop re­vient dé­sor­mais à Wes­ley Fuller, Aus­tra­lien de 26 ans à la che­ve­lure aus­si ef­fer­ves­cente que son tout jeune ré­per­toire. Car, à l’image de cette spec­ta­cu­laire coupe de douilles, dif­fi­cile de pas­ser à cô­té de mor­ceaux tel #1 Song, im­pa­rable single qui au­rait en ef­fet bien mé­ri­té de dé­cro­cher la Lune dans les charts si les cieux étaient plus clé­ments pour ce genre de co­mètes power-pop.

Des chan­sons qui font ta­per du pied tout en pro­pul­sant la tête dans les étoiles, ce Fuller des an­ti­podes en a plein la se­melle, et après un pre­mier ep l’an der­nier (Mel­vis­ta), c’est sur toute la lon­gueur de In­ner Ci­ty Dream qu’il les dé­coche avec l’ap­pa­rente dé­con­trac­tion d’un sur­doué qui ta­pe­rait dans le mille dès la pre­mière flé­chette. Au té­lé­phone de­puis Mel­bourne, le gar­çon, non en­core rom­pu aux cor­vées promo, n’en re­vient pas qu’on s’in­té­resse à lui : “Ma mu­sique peut pa­raître old school, mais je bé­nis mon époque de m’avoir per­mis d’en­re­gis­trer des chan­sons dans ma chambre et de les voir quelques mois plus tard se ba­la­der à l’autre bout du monde.” Sur l’au­tel des groupes aus­tra­liens qui n’ont ja­mais at­teint l’autre face du globe, Wes­ley brûle éga­le­ment un cierge à l’at­ten­tion de Tame Im­pa­la, qui “a at­ti­ré les re­gards et re­don­né goût au psy­ché­dé­lisme ici, alors que lorsque j’étais ado, je me sen­tais un peu seul à écou­ter des trucs obs­curs des six­ties”. Wes­ley vit alors dans

la ban­lieue de Perth et trouve quand même quelques bonnes âmes lo­cales pour jouer avec lui dans les caves et clubs de la ré­gion. “Le cli­mat plu­tôt agréable de Perth peut rap­pe­ler la Ca­li­for­nie, cette res­sem­blance col­lait bien à l’ambiance, mais cher­cher à se faire connaître en de­hors de notre pe­tit cercle était per­du d’avance.”

Aus­si, il y a quatre ans, Wes­ley dé­mé­nage pour Mel­bourne avec son am­bi­tion pour seul ba­gage. Il com­mence à faire DJ, passe es­sen­tiel­le­ment du glam-rock et du funk 70’s – “plus in­di­qués pour faire dan­ser que la sun­shine-pop” – et em­ma­ga­sine suf­fi­sam­ment de vi­bra­tions en pro­ve­nance de ces tré­sors du pas­sé pour en nour­rir ses chan­sons, les­quelles fi­nissent par éclore à une cadence folle et tombent dans l’oreille du la­bel lon­do­nien 1965 Re­cords, qui lui ap­porte au­jourd’hui une fe­nêtre sur l’Eu­rope. Le coup d’éclat des jeunes ex­ci­tés de Le­mon Twigs,

dans un style pas très éloi­gné du sien, ras­sure Fuller quant au de­gré d’ex­ci­ta­tion que peut pro­cu­rer cette pop re­vi­va­liste, du mo­ment que les chan­sons tiennent la route. “On me les a pré­sen­tés il n’y a pas long­temps, j’ad­mire beau­coup leur éner­gie et leurs qua­li­tés de mé­lo­distes et de per­for­meurs. Quand on fait cette mu­sique, on s’at­tend à être consi­dé­ré comme rin­gard toute sa vie, mais quand on se rend compte que cer­tains par­viennent à la rendre sexy, vi­vante alors, ça donne de l’es­poir.”

Dès la chan­son-titre, qui ouvre son al­bum, Wes­ley Fuller trans­forme l’es­poir en évi­dence, et lorsque s’em­balle l’im­pec­cable ma­chine de sé­duc­tion qui al­terne les pop-songs vi­ta­mi­nées et les coups d’éclats glam, on ne voit pas com­ment un tel ou­ra­gan pour­rait pas­ser in­aper­çu. Les cla­viers vin­tage et la puis­sance des mé­lo­dies rap­pellent les pre­miers Wee­zer – et donc la grande époque des Cars –, et on ne s’éton­ne­rait guère d’en­tendre bien­tôt In­ner Ci­ty Dream, Sky­ways ou Big­gest Fan au gé­né­rique de sé­ries et de films qui pour­raient leur of­frir l’ex­po­si­tion dont les pri­ve­ront les ra­dios mains­tream.

Sur l’iro­nique #1 Song, il s’amuse avec un cer­tain déses­poir de ce monde de la mu­sique où il vient de tom­ber comme une coupe afro dans la soupe, et où vingt ve­dettes em­ba­gou­sées se par­tagent le mar­ché quand la to­ta­li­té des autres les re­gardent s’em­pif­frer. Fuller re­grette sans doute l’époque où se mé­lan­geaient dans les hit-pa­rades des sin­gu­la­ri­tés aus­si di­verses que celles de Chic, des Tal­king Heads (qu’il ad­mire) ou d’Elvis Cos­tel­lo (dont il pos­sède la rage let­trée), sans par­ler des an­nées 1965-75 et des grandes par­touzes entre un­der­ground et pop com­mer­ciale.

Son al­bum sonne comme un juke-box ré­no­vé qui cra­che­rait comme neuves des chan­sons dignes de Marc Bo­lan (So­meone toWalk AroundWith) comme des Left Banke (Wi­shYouWould) sans pour au­tant em­pes­ter la cire des mu­sées. Sur son pre­mier ep, une chan­son s’in­ti­tu­lait d’ailleurs Ru­na­way Re­nee, en ré­fé­rence au Walk away Re­nee des Left Banke, preuve que Wes­ley Fuller est dé­ter­mi­né à al­ler en­core plus vite que ses hé­ros. Il en a le car­bu­rant.

Al­bum In­ner Ci­ty Dream (1965 Re­cords/Pias)

“Lorsque j’étais ado, je me sen­tais un peu seul à écou­ter des trucs obs­curs des six­ties”

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