Li­ber­té, éga­li­té… vos pa­piers !

Mon­trant les crocs pour nous faire rire, les CHIENS DE NAVARRE s’at­taquent à l’iden­ti­té na­tio­nale. Une dé­non­cia­tion de la triste farce en cours dans la pa­trie des droits de l’homme.

Les Inrockuptibles - - Scenes - Pa­trick Sourd

RÉUNIR UNE BANDE DE

CORNICHONS DES DEUX SEXES et mi­ser sur l’ef­fet d’un manque de jam­bon blanc pour mettre le doigt là où ça fait mal quand la mou­tarde leur monte au nez. Ma­nière d’en rire plu­tôt que d’en pleu­rer, les Chiens de Navarre dé­plient la nappe à car­reaux des grands jours pour un dé­jeu­ner sur l’herbe pré­texte à dé­non­cer, avec Jusque dans

vos bras, ce mal fran­çais qui cris­tal­lise tant d’obs­cé­ni­tés au­tour de la ques­tion de l’iden­ti­té. Entre deux tranches d’ami­tié ga­rantes d’un par­ler vrai, cha­cun y va de son grain de sel pour confec­tion­ner l’in­di­geste club sandwich de ces pa­ra­nos au jour le jour qui trans­forment l’autre en un étran­ger.

Trai­tant de la po­li­tique sur le mo­dèle des films à sketchs du ci­né­ma ita­lien des an­nées 1960 chers à Et­tore Sco­la, Ma­rio Mo­ni­cel­li et Di­no Ri­si, JeanCh­ris­tophe Meu­risse dé­cline les mille et une ma­nières qu’ont ses “monstres du XXIe siècle” de ba­na­li­ser le ra­cisme dans leurs pro­pos. Un abé­cé­daire de la bê­tise au quo­ti­dien à dé­gus­ter dans le dé­rou­lé coq-à-l’âne d’un pa­no­ra­ma de ta­bleaux vi­vants ins­pi­rés par l’ac­tua­li­té.

Coach des es­prits et in­car­na­tion d’un pou­voir d’au­jourd’hui qui cultive l’es­prit des Pim­pre­nelle et Ni­co­las du feuille­ton Bonne nuit les pe­tits pour jouer au mar­chand de sable, un Mon­sieur Loyal en trench-coat use de tech­niques new-age pour pré­pa­rer la salle au pire en de­man­dant à tous de fer­mer les yeux et se te­nir par les mains. Le saut dans le vide com­mence sous la pluie par le cé­ré­mo­nial d’un en­ter­re­ment jeu de mas­sacre. Une fa­çon d’at­tes­ter dans un dé­luge d’hé­mo­glo­bine de la fin de nos fa­milles po­li­tiques en les réunis­sant au­tour d’un cer­cueil re­cou­vert du dra­peau bleu-blanc-rouge. Sans va­chette, mais avec deux re­quins dignes des frasques té­lé­vi­sées de l’époque d’In­ter­villes, le sau­ve­tage en mer des mi­grants re­vi­site en jeu par­ti­ci­pa­tif l’épreuve de force du tir à la corde.

Pas­ser sans tran­si­tion dans un bu­reau de l’Of­pra (Of­fice fran­çais de pro­tec­tion des ré­fu­giés et apa­trides) de­vient une in­vite à pis­ser de rire quand il s’agit de rem­plir le ques­tion­naire de la de­mande d’asile d’un Congo­lais ne par­lant que le lin­ga­la. Le pas­sage dans une fa­mille d’ac­cueil étant tout aus­si éprou­vant pour les zy­go­ma­tiques, l’exer­cice de style prouve une fois de plus que rien n’est im­pos­sible aux Chiens de Navarre.

Me­nant sa meute par­tout où il y au­rait à se sa­lir les pattes dans le cam­bouis so­cié­tal, Jean-Chris­tophe Meu­risse évite les le­çons de mau­vaise conscience. En digne pe­tit-fils de Brecht, il se contente de flat­ter les nom­brils de nos ventres re­pus pour dé­si­gner par ses cha­touilles l’im­monde en ges­ta­tion der­rière le propre sur soi.

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