An­gel Ol­sen

Les Inrockuptibles - - Musiques - Abi­gaïl Aï­nouz

In­time et in­tros­pec­tif, un al­bum plein de fer­veur, comme un mi­roir pro­me­né le long de ses in­fluences et de sa vie.

APRÈS UN AL­BUM FRA­CAS­SANT

DE JUS­TESSE, My Woman (2016), et une tour­née mon­diale cou­ron­née de suc­cès, l’Amé­ri­caine An­gel Ol­sen re­vient dans un tout autre re­gistre, beau­coup plus in­time et in­tros­pec­tif. S’éman­ci­pant de son groupe live, la song­wri­teuse nous ouvre les portes de son stu­dio, en of­frant un al­bum qui re­groupe une dou­zaine de de­mos, ses es­sais bruts, en­re­gis­trés en so­lo avec les moyens du bord. Car si un al­bum est conçu d’or­di­naire comme un vé­ri­table puzzle où chaque titre s’as­semble avec le sui­vant, par­ta­geant une même ligne di­rec­trice, An­gel choi­sit ici de pré­sen­ter un at­te­lage de titres vo­lon­tai­re­ment dis­sem­blables.

Pour ce faire, elle a pas­sé en re­vue tout son ca­ta­logue de mé­mos au­dio et de de­mos, en­re­gis­trés par­fois avec son seul té­lé­phone por­table. Elle classe mé­tho­di­que­ment et sé­lec­tionne ces

“freaks”, ou perles ir­ré­gu­lières qui n’ont jus­qu’ici pas trou­vé leur place sur un long for­mat, bref toutes ces ébauches qui font plei­ne­ment par­tie du pro­ces­sus de créa­tion et qu’on ne pré­sente que ra­re­ment au pu­blic :

“J’aime bien l’in­ti­mi­té qui se dé­gage des de­mos et de ces per­for­mances so­lo.” Cette in­ti­mi­té et cette spon­ta­néi­té, An­gel choi­sit de nous les trans­mettre sans re­touches, comme la pre­mière étin­celle jaillis­sant de sa gui­tare, re­fu­sant un ré­en­re­gis­tre­ment ul­té­rieur : “C’est ex­trê­me­ment dur de re­pro­duire la même in­ten­tion qu’une de­mo, car la pre­mière fois qu’on la joue, on est très ex­ci­té et il y a cette au­ra si unique.”

Si cer­tains mor­ceaux ont dé­jà été dé­voi­lés sous forme de bo­nus d’al­bum ou de faces B, d’autres sont in­édits, tels Spe­cial – pour­tant en­re­gis­tré à la même époque que My Woman –,

Sans et How Ma­ny Di­sas­ters, deux de­mos faites mai­son, ou en­core une re­prise vi­brante de Bruce Spring­steen (Tou­gher Than the Rest). De la fer­veur de Sweet Dreams (une des plus an­ciennes, da­tant de 2012) à la mon­tée en puis­sance de Fly on Your

Wall (pro­test song pu­bliée pen­dant la cam­pagne de Trump), on prend aus­si la me­sure du che­min par­cou­ru par cette jeune femme du Mis­sou­ri : “Pour moi, c’est juste une ré­flexion de plu­sieurs étapes de ma vie. C’est in­té­res­sant de se plon­ger dans le pas­sé.”

On peut aus­si y trou­ver les dif­fé­rentes fa­cettes de son tra­vail so­nore, tan­tôt très rock (Sweet Dreams), flir­tant avec le King et la country (Ca­li­for­nia) voire un cô­té girl band des 60’s (For You), ou un timbre em­bras­sant la grâce de la song­wri­teuse Joan Baez ( May As Well, End­less Road). Si Phases s’offre une im­man­quable édi­tion vi­nyle (un ca­deau idéal pour les fêtes de fin d’an­née), An­gel pro­met quant à elle de re­ve­nir pré­sen­ter cet ou­vrage en live, dès l’an pro­chain, pour une tour­née plus per­son­nelle en so­lo. Im­pa­tience.

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