Kaa­ris

S’il n’aban­donne pas le hard­core, le roi de la trap hexa­go­nale sait aus­si jouer les lo­vers. Bluf­fant.

Les Inrockuptibles - - Musiques -

UN FAN DE KAA­RIS QUI SE

RÉVEILLERAIT d’un long co­ma au­rait vrai­sem­bla­ble­ment du mal à re­con­naître l’homme qui a trau­ma­ti­sé le rap fran­çais au dé­but des an­nées 2010. Ré­vé­lé par des titres hard­core ( Ka­lash,

Zoo), le gol­goth de Se­vran opère de­puis l’an­née der­nière un grand écart mu­si­cal fa­çon Van Damme dans Blood­sport.

Mis en confiance par le suc­cès d’Okou Gna­kou­ri, le roi de la trap fran­çaise pour­suit ses in­cur­sions chan­tées et gor­gées d’au­to-tune dans ce nou­vel al­bum. De re­tour en te­nue de “do­zo” (une confré­rie de chas­seurs d’Afrique de l’Ouest) après des va­cances pas­sées en Côte d’Ivoire, Kaa­ris semble prendre un ma­lin plai­sir à re­tour­ner les a prio­ri qui lui collent aux san­dales. Même si sur des titres comme Vic­toire,

Ve­ge­ta, ou Do­zo, le K Double Ro­tor prouve qu’il n’a rien per­du de son flow, de ses im­pré­ca­tions bru­tales et de ses pun­chlines im­pro­bables (“J’vise ta ron­delle, j’suis quel­qu’un qui voit large, per­sonne n’ar­rête un élé­phant qui charge”), on sent que le rap­peur de 37 ans s’est échap­pé du “Zoo” pour ar­ro­ser

un plus large pu­blic et s’adap­ter aux exi­gences de l’époque.

Mis sur or­bite par Double X (un ta­len­tueux duo de beat­ma­kers fran­çais qui signe une bonne par­tie des prods), l’homme qui “s’en­traî­nait à sou­rire de­vant

sa glace” s’amuse dé­sor­mais à jouer les lo­vers entre deux tirs de mor­tier. Dans Ou­blier, Kaa­ris rend ain­si hom­mage au quar­tier sur fond de gui­tare tan­dis que sur l’ex­cellent Etre deux (son titre pré­fé­ré aux so­no­ri­tés très afri­caines), le rap­peur le plus lu­brique du game re­ven­dique “d’être un gar­çon comme les autres”

et mi­naude que pour “pour tra­ver­ser ce monde de hai­neux, il vaut mieux être deux”.

Et lorsque dans le seul fea­tu­ring de l’al­bum, Kaa­ris réunit So­fiane et Ka­lash Cri­mi­nel, ce n’est pas pour un rè­gle­ment de comptes fa­çon Rap Con­ten­ders mais pour s’épan­cher sur ses dé­boires sen­ti­men­taux avec dé­sin­vol­ture et hu­mour (“Tant mieux si tu as un trop gros boul, j’ai le per­mis ca­mion”). Dé­sar­mant. Da­vid Dou­cet Al­bum Do­zo (Uni­ver­sal)

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