We Blew It

de Jean-Bap­tiste Tho­ret

Les Inrockuptibles - - Cinemas -

(Fr., 2017, 2 h 17) Grand ci­né­phile, Tho­ret ex­plore les USA, ter­ri­toire qui a ac­cou­ché du ci­né­ma qu’il vé­nère et qui est pas­sé des six­ties li­ber­taires à Do­nald Trump. Tous ceux qui connaissent les écrits de l’es­sayiste de ci­né­ma Jean-Bap­tiste Tho­ret ne se­ront pas sur­pris par ce film où le cri­tique re­vi­site en images toutes ses ob­ses­sions : l’âge d’or de la contre-culture, le ci­né­ma amé­ri­cain des se­ven­ties, l’as­sas­si­nat de JFK comme point de bas­cule, avec cette fois pour fil rouge la ques­tion du com­ment l’Amé­rique est pas­sée de Bob Dy­lan à Do­nald Trump. Pour do­cu­men­ter cette chute des six­ties, ce re­tour­ne­ment d’une uto­pie en son exact contraire, Tho­ret tra­verse le pays en son­dant ses ha­bi­tants, qui­dams ano­nymes ou ci­néastes vé­né­rés par l’au­teur. Di­sons-le, l’as­pect po­li­ti­co­his­to­rique n’est pas le plus convain­cant ici : Tho­ret dresse le constat certes juste du désen­chan­te­ment des trente ou qua­rante der­nières an­nées, mais il n’est pas le pre­mier à le faire et n’en creuse pas les mé­ca­nismes pro­fonds, alors que le pa­ral­lé­lisme qu’il ébauche entre la si­tua­tion gé­né­rale et l’évo­lu­tion du ci­né­ma en reste un peu trop au stade – jus­te­ment – de l’ébauche. On a plu­tôt le sen­ti­ment que Tho­ret a vou­lu se faire plai­sir, en­trer dans le ci­né­ma qu’il aime et c’est là que

We Blew It de­vient pas­sion­nant. Plu­tôt que jour­na­liste, so­cio­logue ou po­li­to­logue, Tho­ret ap­pa­raît ici comme le ci­né­phile qu’il est et qui a vou­lu faire corps avec son ob­jet. D’où l’écran large, le grain de l’image, l’ex­cel­lence du chef-op, la ci­né­gé­nie éter­nelle du pay­sage amé­ri­cain et la BO ébou­rif­fante. Rien de neuf mais com­ment ré­sis­ter au plai­sir d’une route amé­ri­caine, sub­ur­baine ou dé­ser­tique, dé­fi­lant aux sons de Cree­dence, Jef­fer­son Air­plane ou Bruce Spring­steen ? Ain­si, après nombre de pro­pos in­té­res­sants mais peu ré­vo­lu­tion­naires, un plan­sé­quence splen­dide (le der­nier, que l’on ne dé­cri­ra pas) dit tout de la pas­sion de Tho­ret, de ses ob­ses­sions et de sa mé­lan­co­lie, celle du ci­né­phile qui sait que ce qui a été ne se­ra plus, si ce n’est sur les écrans où le monde s’ac­corde à nos dé­si­rs. We Blew It est son Point li­mite zé­ro rou­lant à 40 à l’heure. Serge Ka­gans­ki

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