Mar­ga­ret

Les Inrockuptibles - - Cinemas - de Re­bec­ca Da­ly Vincent Os­tria

Avec Ra­chel Grif­fiths, Bar­ry Keo­ghan (Irl., 2016, 1 h 36) Drame trouble et en clair-obs­cur sur la re­la­tion d’une qua­dra et d’un ado. Le type de film que cer­taines de ses qua­li­tés des­servent. En par­ti­cu­lier, sa mo­des­tie, son ab­sence de mor­ceau de bra­voure et son cas­ting or­ga­nique (les co­mé­diens se fondent dans le dé­cor). Il aborde pour­tant un re­gistre trouble qui le rend constam­ment in­tri­gant. Ses pré­mices sont étranges : Mar­ga­ret, qua­dra­gé­naire di­vor­cée sans his­toires, tient un ma­ga­sin as­sez quel­conque à Du­blin. Son ex-ma­ri vient lui an­non­cer que leur fils ado­les­cent, qui vi­vait avec lui, a dis­pa­ru. Puis elle ap­prend sa mort. Peu après, elle ren­contre un gar­çon des rues et lui pro­pose de l’hé­ber­ger. Dès lors, se joue un jeu sen­suel entre la qua­dra et cet ado – sub­sti­tut de son fils. Une sorte d’in­ceste par per­sonne in­ter­po­sée. Ce­la s’ac­com­plit sans grands ef­fets dra­ma­tiques, presque à pas feu­trés. D’ailleurs, plu­sieurs sé­quences se dé­roulent soit la nuit, soit dans la pé­nombre. Ce pro­ces­sus a pour co­rol­laire une ob­ses­sion pour l’eau (pis­cine, mer, douche, bain), thème uté­rin à re­lier avec la nais­sance et la mort du fils de Mar­ga­ret – re­trou­vé noyé dans un ca­nal. Ce­ci sou­ligne in­di­rec­te­ment la culpa­bi­li­té non-dite et ja­mais ex­pli­quée de la jeune femme. Pour­quoi Mar­ga­ret, mère in­digne, a-t-elle aban­don­né son en­fant et ne l’a-t-elle ja­mais re­vu ? Ce bou­le­ver­se­ment pro­fond, exis­ten­tiel, la ci­néaste l’ex­prime avec un grand na­tu­rel, sans cher­cher à faire du style ni à jouer sur le pa­thos. Elle creuse les émo­tions au lieu de les faire saillir, en dis­til­lant un trouble per­ma­nent.

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