Ja­louse

de Da­vid et Sté­phane Foen­ki­nos

Les Inrockuptibles - - Cinemas - Théo Ri­be­ton

Avec Ka­rin Viard (Fr., 2017, 1 h 42) La crise de la cin­quan­taine trai­tée par le spectre de la ja­lou­sie dans une co­mé­die dou­ceâtre et peu ins­pi­rée.

Bouf­fée de cha­leur dans les salles fran­çaises : quelques mois après le de­mi-mil­lion d’en­trées d’Au­rore (qui voyait le per­son­nage d’Agnès Jaoui abor­der avec amer­tume les affres de la cin­quan­taine), le ci­né­ma na­tio­nal s’en­tiche ma­ni­fes­te­ment de femmes middle-age au point d’en faire un de ses nou­veaux su­jets fa­vo­ris – et même un genre à part en­tière. On se ré­joui­ra bien sûr du ter­rain qu’un tel en­goue­ment chipe à la dic­ta­ture jeu­niste, mais mé­fions­nous tout de même des films que tout ce­la au­gure, et/ou du dis­cours neu­neu qui les ac­com­pagne (“rayon­nante et lu­mi­neuse dans ce por­trait de femme libre”, ce genre de trucs). No­tam­ment de­vant ce mé­no­pause-mo­vie en chute libre où Na­tha­lie, prof de fran­çais, voit sa ran­coeur conta­mi­ner fa­çon can­cer tous les or­ganes de sa vie, fa­mille, amis, amour, tra­vail, tou­jours à par­tir d’un même vi­rus : une belle jeune femme dont elle ne sup­porte pas l’épa­nouis­se­ment. Dans une lu­mière de short­com M6, le film dé­roule un or­di­naire de co­mé­die douce-amère à ar­rière-goût bour­geois sans grande ins­pi­ra­tion, mais gêne sur­tout aux en­tour­nures par un es­prit as­sez mau­vais : comme s’il vou­lait se payer son hé­roïne, voyant dans son re­fus achar­né de sa­cri­fier sa fé­mi­ni­té une sorte de lu­bie de pim­bêche. En fait, Na­tha­lie est presque at­ta­chante contre le film, qui s’éver­tue avec un zèle sus­pect à lui in­ter­dire le pé­ché de ja­lou­sie – certes sa vio­lence, mais aus­si sa source de vie, peut-être même un peu son éro­tisme. Et ils ap­pellent ça une femme libre ?

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