Vick­tor Taiwò Joy Comes in Spi­rit

Plain­tif et éthé­ré, du r’n’b à l’état ga­zeux, par un Ni­gé­rian de Londres.

Les Inrockuptibles - - Musiques - JD Beau­val­let

Le bug de l’an 2000, pour Vick­tor Taiwò, s’ap­pelle le froid, gla­cial, qu’il dé­couvre à 8 ans en dé­bar­quant à Londres de­puis son Ni­gé­ria na­tal. Presque vingt ans plus tard, sa mu­sique porte en­core et tou­jours la mor­sure des brumes, du givre, des flo­cons. Car son pre­mier al­bum a beau s’ap­pe­ler Joy Comes in Spi­rit, il est ron­gé par le sou­ve­nir, écra­sé par la mé­lan­co­lie. Dans ce genre de r’n’b ur­bain, dé­ner­vé, désos­sé, ré­duit à quelques sou­ve­nirs de soul, cet al­bum se joue à la hau­teur de The Weeknd ou de James Blake, dans ces com­plexes mais fer­tiles dia­logues entre la nos­tal­gie et le fu­tu­risme, le froid et le chaud. Lui qui a ap­pris à chan­ter dans les églises de l’Est lon­do­nien porte en­core dans sa voix plain­tive ces mé­moires de fer­veur, d’exal­ta­tion. Le chant do­mine, sou­ve­rain d’un pays plu­vieux, dé­la­vé. Mais à l’exemple des somp­tueux Sho­vel Moon­light ou tDS (Surf), ces en­vo­lées sont les­tées de syn­thés noirs, toxiques, in­si­dieux. La pro­duc­tion, mi­ni­male et lan­guide, se presse len­te­ment d’y en­gour­dir des mé­lo­dies vo­cales d’une tris­tesse in­fi­nie, en une soul mu­sic de de­main. De­main, ça se­ra après l’Apo­ca­lypse.

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