Hi­la­ry Woods

Colt Sa­cred Bones/Dif­fer-ant Per­due de vue de­puis près de vingt ans, l’Ir­lan­daise ré­ap­pa­raît en so­lo sur un al­bum noc­turne et en­voû­tant.

Les Inrockuptibles - - Albums - Ch­ris­tophe Conte

QUI SE SOU­VIENT DE JJ72 ? Au dé­but des an­nées 2000, ce trio ir­lan­dais a bous­cu­lé nos ra­dars avec un pre­mier al­bum qui fai­sait d’eux l’une des plus belles pro­messes rock du nou­veau siècle, dans un style pas très éloi­gné de Pla­ce­bo. Par­mi eux, une pe­tite blonde te­nait la basse et plu­tôt la corde à l’ap­plau­di­mètre, le Me­lo­dy Ma­ker n’hé­si­tant pas à la qua­li­fier de “fille la plus sexy du rock”. Autres temps, autres moeurs quant à la place qu’oc­cu­paient les na­nas dans les groupes, à sa­voir celle d’ap­pâts à re­lous.

En 2005, Hi­la­ry Woods a lâ­ché l’af­faire, les pro­messes n’étant que moyen­ne­ment te­nues, et JJ72 ne lui sur­vi­vra seule­ment que d’une an­née. Plus de vingt ans ont fi­lé, et c’est en brune que cette ou­bliée re­fait sur­face avec un disque qui n’a plus rien à voir avec son an­cienne vie de tee­na­ger tur­bu­lente.

Son pre­mier al­bum so­lo s’ap­pelle Colt, mais il n’est en rien l’oeuvre d’une Ca­la­mi­ty Jane re­ve­nue pour dé­fou­railler dans le tas. Le pre­mier titre a pour nom In­ha­ler, et à l’évi­dence Hi­la­ry Woods avait en tête une pro­gres­sion mi­nu­tieu­se­ment cal­cu­lée. Il vaut mieux en ef­fet ins­pi­rer une grande bouf­fée d’air avant de pé­né­trer

dans ce long tun­nel, et ac­cep­ter de s’y perdre avec au­tant d’ef­froi que de dé­lices.

Ori­gi­naire de Du­blin, cette femme à la bûche n’a pas bou­gé de chez elle, s’en­tou­rant d’un pia­no las­cif, de gui­tares et luths anciens, de syn­thés qui imitent fort bien des fo­rêts de cordes, de quelques per­cus­sions élec­tro­niques ou acous­tiques, lais­sant sa voix oc­cu­per l’es­sen­tiel d’un nuan­cier bleu-nuit qui est au­tant ce­lui des songes que des in­som­nies. On pense d’em­blée à Ju­lee Cruise et aux or­ches­tra­tions tout en pal­pi­ta­tion d’An­ge­lo Ba­da­la­men­ti (sur­tout sur Back Rain­bow), mais aus­si à d’autres de ces si­rènes spec­trales qui oc­cu­pèrent nos nuits à l’époque de This Mor­tal Coil, la cho­rale noc­tam­bule du la­bel 4AD. Ces huit chan­sons au poul ra­len­ti, ja­lou­se­ment conçues comme des tra­vel­lings en trom­pel’oeil, pos­sèdent la grâce et la puis­sance évo­ca­trices des voyages im­mo­biles qui pour­tant font voir du pay­sage. Somp­tueux.

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