Jean-vic­tor de Boer, bat­teur globe-trot­ter

Les Nouvelles de Falaise - - Trun - Ch­ris­to­pher LEBRANCHU

Il a voya­gé dans des di­zaines et des di­zaines de pays. Ac­com­pa­gné les meilleurs mu­si­ciens. Croi­sé les plus grands comme Miles Da­vis. Et son des­tin l’a por­té jus­qu’à Trun. Jean-vic­tor de Boer, bat­teur pro­fes­sion­nel, est ce que l’on peut ap­pe­ler un ci­toyen du monde.

Né aux Pays-bas d’une mère fran­çaise et d’un père Néer­lan­dais, il passe son Bac en Al­le­magne, in­tègre la Mu­si­cians Ins­ti­tute à Los An­geles – où il fait la connais­sance de Jeff Bu­ck­ley –, vit une ving­taine d’an­nées en An­gle­terre et réa­lise des tour­nées dans toute l’eu­rope avec dif­fé­rents groupes. « Je suis très fran­çais de tem­pé­ra­ment. Parce que je peux ré­gir de fa­çon bouillon­nante par mo­ments. De sens or­ga­ni­sa­tion­nel, je suis plu­tôt Hol­lan­dais. C’est un pe­tit pays, donc les ha­bi­tants sont obli­gés de s’or­ga­ni­ser ».

La scène à 11 ans

Ses dé­buts sur une bat­te­rie, le jeune Jean-vic­tor les fe­ra dès 3 ans. Son sou­rire s’élar­git au mo­ment d’évo­quer cette époque loin­taine de sa vie d’en­fant. « Mes pa­rents m’avaient ache­té un tam­bour, imi­ta­tion peaux rouges en ca­ou­tchouc. Je l’ai flan­qué contre le mur. Je leur ai dit : Il m’en faut un vrai, avec une peau en pa­piers. Car, pour moi, c’était du pa­pier. Ce n’est que plus tard que j’ai eu une bat­te­rie Mi­ckey Mouse, que je cus­to­mi­sais ».

Très jeune, il fait ses pre­miers pas sur scène. À l’âge de 11 ans. « Je me sou­viens. Je me suis as­sis sur le ta­pis per­san lors d’une soi­rée que mes pa­rents or­ga­ni­sés. Comme à chaque fois, les gens me de­man­daient de jouer. À cette époque, j’avais une vraie pe­tite bat­te­rie. elle s’ap­pe­lait. Il y avait une com­tesse là, qui di­sait : C’est formidable ! Je t’en­gage, tu vas jouer dans le cirque du bal de bien­fai­sance sous un cha­pi­teau. On va faire deux concerts. Toi, tu vas être au mi­lieu de la piste. Tu vas ac­com­pa­gner les acro­bates. Ha­billé en Ar­le­quin de Pi­cas­so… » La scène ne le quit­te­ra plus dès cet ins­tant.

Son ar­ri­vée à Trun

C’est en 2010 que Jean-vic­tor de Boer pose ses va­lises en Nor­man­die. « Par ac­ci­dent », comme il le dit. « Avec ma femme, on de­vait s’ins­tal­ler en Bre­tagne mais on nous a re­fu­sé une mai­son. On s’est re­trou­vés à Lin­gre­ville, dans la Manche, et on a trou­vé ça su­per ».

Quelques an­nées plus tard, le couple dé­cide de je­ter l’ancre à Trun. « Il s’avère que mes beaux-pa­rents ont une ferme lai­tière à Mon­treuil-la-cambe. J’y ai toute ma belle-fa­mille. Je suis très bien ins­tal­lé ici à Trun. Et, en Nor­man­die, je suis en­tou­ré de su­per mu­si­ciens. Je suis donc re­tom­bé fa­ci­le­ment sur mes pattes ».

Si vous lui po­sez la ques­tion de ce qui lui plaît le plus à Trun, il vous ré­pon­dra du tac au tac : « L’es­pace. La qua­li­té de vie. La beau­té de la na­ture ». Et il s’ap­pe­san­ti­ra sur « la sim­pli­ci­té du contact hu­main. Parce que j’hal­lu­cine quand je vais à Pa­ris, dans une rame de mé­tro, je ne com­prends plus rien. Je vois des gens que je ne re­ver­rai plus ja­mais de ma vie. Qui marche à toute ber­zingue. Et qui ont l’air très sûrs d’eux. Ils sont dans une es­pèce de théâ­tra­li­té. Une mise en scène d’eux-mêmes. Ils sont dans leur bulle avec leur por­table à la main. Il n’y a pas ça ici. On se connaît tous ».

« J’ai be­soin de jouer le plus pos­sible »

Une pièce de sa mai­son est trans­for­mée en salle de ré­pé­ti­tion. Avec un ami acous­ti­cien écos­sais, le fan­tasque Jean-vic­tor de Boer a ins­tal­lé des pan­neaux de liège re­cy­clé au pla­fond pour l’acous­tique. Une grande scène ac­cueille ses bat­te­ries, po­sées çà et là comme un clin d’oeil à son sens de l’or­ga­ni­sa­tion hé­ri­té de son pays na­tal. Cô­té dé­co, cet ar­tiste dans l’âme, qui aime créer des ta­bleaux, a lais­sé libre court à son ima­gi­na­tion. Un por­trait de Ray Charles mul­ti­co­lore at­tire le re­gard puis ce sont les sièges chi­nés, dé­pa­reillés, rac­com­mo­dés, lais­sés dans leur jus, pla­cés dans la salle comme les pièces d’un puzzle pas en­core ter­mi­né, qui s’offre aux vi­si­teurs conquis. « J’aime pou­voir ré­pé­ter ici. D’avoir l’es­pace d’ex­pé­ri­men­ter. Et, j’aime ce cô­té trans­for­ma­tion ».

En ce mo­ment, il tra­vaille sur huit ou neuf pro­jets à la fois. « Je suis en­tou­ré de pro­jets gé­niaux, que j’adore. Il faut tout le temps être alerte. Il faut ré­pé­ter avec tous les groupes. Il faut que les dates ne s’en­che­vêtrent pas. J’ai be­soin de jouer le plus pos­sible. Pour faire deux ou trois dates par se­maine, je suis obli­gé d’être dans beau­coup de pro­jets. Là, j’ar­rive en­core à gé­rer. Il ne faut pas que je m’épar­pille. Je fais de la boxe pour res­ter fo­ca­li­sé. »

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