Le coin des think tanks Les en­tre­prises, en­ne­mies du cli­mat ?

L'Expansion - - Sommaire - LUC I E P I NSON Char­gée de campagne, Les Amis de la Terre z

« Elles ne sont pas mo­trices de la lutte contre le chan­ge­ment »

MAIS QUE SE PASSE-T-IL dans le sec­teur pri­vé? Le Cré­dit agri­cole a an­non­cé la fin de ses fi­nan­ce­ments aux mines de char­bon et aux en­tre­prises spé­cia­li­sées dans cette ac­ti­vi­té. En­gie (ex-GDF Suez) a re­non­cé à construire une cen­trale à char­bon en Afrique du Sud. Et Axa ain­si que le fonds sou­ve­rain nor­vé­gien se sont engagés à se dés­in­ves­tir du char­bon res­pec­ti­ve­ment à hau­teur de 500 mil­lions et de 7 mil­liards d’eu­ros. Tout ça en moins d’un mois. Les plus gros pol­lueurs se se­raient-ils re­con­ver­tis à l’éco­lo­gie?

No­tons d’abord que ce dé­ploie­ment de ver­tus face au cli­mat n’a pas at­teint l’en­semble de leurs ac­ti­vi­tés. En­gie, par exemple, ne semble pas prêt à fer­mer son parc char­bon. Cer­tains pol­lueurs in­vé­té­rés comme BHP Billi­ton et An­glo Ame­ri­can sont, eux, tou­jours dé­ter­mi­nés à ex­ploi­ter leurs ré­serves de char­bon, dussent-ils par­tir en croi­sade contre les éco­lo­gistes et les pro­duc­teurs de gaz.

Et s’il faut se ré­jouir de cette ten­dance vers la fin du char­bon, res­pon­sable à lui seul de 44 % des émis­sions de CO2 in­duites par la com­bus­tion d’éner­gies fos­siles, quid, jus­te­ment, du gaz et des hy­dro­car­bures conven­tion­nels et non conven­tion­nels ? Rap­pe­lons que, afin d’en­di­guer le ré­chauf­fe­ment de la pla­nète, il fau­drait lais­ser dans le sol plus des deux tiers des ré­serves. Ce qui dé­plaît sans nul doute à To­tal et à ses aco­lytes de l’in­dus­trie ga­zière, dont le ré­cent tour de force est de pré­tendre que, parce qu’il est « na­tu­rel », le gaz se­rait propre et bon pour le cli­mat.

De plus, il ne s’agit pas uni­que­ment de rompre avec notre dé­pen­dance aux éner­gies fos­siles – celles-ci sont condam­nées par le cli­mat mais aus­si par le marché –, mais de le faire vite ! Car il y a ur­gence à dé­car­bo­ner l’éco­no­mie glo­bale, plus au­cune in­fra­struc­ture car­bo­née ne de­vant être construite après 2017.

Un trop ti­mide in­ves­tis­se­ment dans les éner­gies re­nou­ve­lables

Or si toute ini­tia­tive vo­lon­taire des en­tre­prises à cou­per court aux éner­gies fos­siles est la bienvenue, étant don­né le peu d’em­pres­se­ment des po­li­tiques à adop­ter des ob­jec­tifs de ré­duc­tion des émis­sions de gaz à ef­fet de serre co­hé­rents avec la science, de là à les pré­sen­ter comme des gages de leur lutte contre les chan­ge­ments cli­ma­tiques, il y a une marge. Par exemple, quand Axa se dés­in­ves­tit de 500 mil­lions d’ac­tifs dans le char­bon, on se de­mande où sont in­ves­tis ses autres ac­tifs (1000 mil­liards d’eu­ros). Cer­tai­ne­ment pas dans les éner­gies re­nou­ve­lables, que l’as­su­reur en­tend ti­mi­de­ment aug­men­ter à 3 mil­liards d’eu­ros d’ici à 2020.

Non, les en­tre­prises ne se­ront pas mo­trices de la lutte contre les chan­ge­ments cli­ma­tiques, mais elles se­ront for­cées de suivre leurs clients. A nous donc, consom­ma­teurs et ci­toyens, de faire de la so­brié­té éner­gé­tique des condi­tions de nos choix de consom­ma­tion.

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