Tri­bunes Jean-Luc Gréau, Robert Pa­pin, Her­vé Ju­vin

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LACOURDESCOMPTESa je­té un pa­vé dans la mare en avril der­nier. Elle ne croit pas à l’ef­fi­ca­ci­té de la po­li­tique d’al­lé­ge­ments de charges sur les bas sa­laires que les gou­ver­ne­ments de droite ou de gauche n’ont ces­sé de consi­dé­rer comme un le­vier ma­jeur de la po­li­tique de l’em­ploi.

Les chiffres qu’elle a pu­bliés sont élo­quents : 1,49 mil­lion d’employeurs bé­né­fi­ciaires et 10,65 mil­lions de sa­la­riés concer­nés pour un coût to­tal de 20,64 mil­liards d’eu­ros en 2014. Ce constat dé­bouche sur une ques­tion : com­ment fonc­tionne le marché du tra­vail dans un ré­gime de sub­ven­tion­ne­ment pu­blic de l’em­ploi ?

Pre­miè­re­ment, la ma­jo­ri­té des em­plois sub­ven­tion­nés au­raient été créés ou main­te­nus sans aide pu­blique. Ceux du sec­teur pri­vé sont pour l’es­sen­tiel gé­né­rés par une foule de pe­tits pa­trons tra­vaillant pour la de­mande lo­cale dans le com­merce, l’ar­ti­sa­nat, la construc­tion et les trans­ports, qui ne sont pas engagés dans la com­pé­ti­tion in­ter­na­tio­nale. Pour ces employeurs, le pre­mier cri­tère de l’em­bauche reste le vo­lume d’ac­ti­vi­té. Ou bien ce­lui-ci est suf­fi­sant, et ils crée­ront ou main­tien-

dront les em­plois en consé­quence. Ou bien il est in­suf­fi­sant, et ils de­vront y re­non­cer. Dès lors, le sou­tien fi­nan­cier à l’em­bauche consen­ti par l’Etat crée un pro­fit d’au­baine dans la ma­jo­ri­té des cas. C’est bien ce que la Cour sou­sen­tend par son ap­pel à une meilleure éva­lua­tion.

Deuxiè­me­ment, l’aide à l’em­ploi crée un ef­fet per­vers en en­cou­ra­geant les employeurs à em­bau­cher des non-qua­li­fiés en lieu et place de qua­li­fiés. Pour ne prendre qu’un exemple, dans la res­tau­ra­tion, les plon­geurs ont évin­cé les cui­si­niers d’ex­pé­rience, qui vé­gètent à Pôle em­ploi, et les ap­pren­tis sor­tis de for­ma­tion. Em­ployer des non qua­li­fiés a un double avan­tage : l’al­lé­ge­ment de charges se cu­mule avec la fai­blesse du sa­laire.

Des gou­ver­nants res­pon­sables au­raient à coeur de dé­tri­co­ter ce sys­tème coû­teux et per­vers. Les di­ri­geants ac­tuels ré­agissent à l’in­verse par une pé­ti­tion de prin­cipe. Michel Sa­pin, Ma­ri­sol Tou­raine et Fran­çois Reb­sa­men ont ré­af­fir­mé leur confiance dans le dis­po­si­tif. La po­li­tique d’al­lé­ge­ments de charges reste un ali­bi com­mode pour les gou­ver­nants in­ca­pables de conce­voir une nou­velle po­li­tique éco­no­mique. L’ima­gi­na­tion n’est pas plus au pou­voir avec Hol­lande ou Valls qu’elle ne l’était avec Sar­ko­zy ou Fillon. Mais cette im­puis­sance in­tel­lec­tuelle et po­li­tique dé­bouche sur un com­por­te­ment schi­zo­phré­nique : tan­dis qu’ils chantent les louanges d’Air­bus ou de Das­sault, nos gou­ver­nants sa­cri­fient les comptes pu­blics sur l’au­tel de l’em­ploi non qua­li­fié.

J E A N - LUC GRÉAU Eco­no­miste

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