La French Tech me­na­cée ?

L'Expansion - - Management Review - De Do­mi­nique- Anne Mi­chel z

LES DER­NIERS RÉ­SUL­TATS TRI­MES­TRIELS DE TWIT­TER in­quiètent beau­coup Wall Street. Une pro­gres­sion du chiffre d’af­faires plus faible qu’at­ten­du et sur­tout une crois­sance atone du nombre d’uti­li­sa­teurs ont fait plon­ger le titre. Le pe­tit piou­piou bleu n’est pas le seul oi­seau de mau­vais au­gure pour la fi­nance high-tech. Fin avril éga­le­ment, Apple an­non­çait une chute des ventes d’iP­hone pour la pre­mière fois de­puis le lan­ce­ment du jou­jou nu­mé­rique, en 2007. Ama­zon a éga­le­ment dé­çu. De­puis le dé­but de l’an­née, le Nas­daq Com­po­site, in­dice des va­leurs « tech­nos » amé­ri­caines, qui sur­per­for­mait ré­gu­liè­re­ment par rap­port au Dow Jones ou au S&P 500, fait moins bien que les deux in­dices. Du cô­té des li­cornes, ces quelque 200 start-up tech­no­lo­giques non co­tées dont la va­lo­ri­sa­tion dé­passe le mil­liard de dol­lars, le mi­rage se dis­sipe. Dans un dis­cours pro­non­cé à Stan­ford, la pré­si­dente de la Se­cu­ri­ties and Ex­change Com­mis­sion (SEC), Ma­ry Jo White, vient de haus­ser le ton : la fas­ci­na­tion pour le cap sym­bo­lique du mil­liard de dol­lars pousse trop de di­ri­geants de jeunes pousses à tri­cher avec les chiffres, a-t-elle aver­ti. Le gen­darme de la Bourse amé­ri­caine a la ferme in­ten­tion d’y mettre bon ordre.

D’autres signes montrent que la fête est fi­nie. Re­naud La­planche, le créa­teur fran­çais de Len­ding Club, une start-up amé­ri­caine de prêts entre par­ti­cu­liers, a dé­mis­sion­né en mai après la dé­cou­verte d’une ir­ré­gu­la­ri­té dans les comptes de la société, dont le cours s’est ef­fon­dré. D’autres scan­dales ont écla­bous­sé l’en­tre­prise de tests san­guins The­ra­nos, la fin­tech an­glaise Po­wa Tech­no­lo­gies et le cham­pion de l’as­su­rance amé­ri­cain Ze­ne­fits. De grands fonds d’in­ves­tis­se­ment comme Fi­de­li­ty ou Blacks­tone ont sé­rieu­se­ment re­vu à la baisse la va­leur de leurs par­ti­ci­pa­tions dans des en­tre­prises comme Snap­chat ou Drop­box, na­guère por­tées aux nues. Du coup, les li­cornes ont du mal à bou­cler leurs tours de table et re­voient leurs am­bi­tions à la baisse.

La France, qui a mis du temps à prendre le train de la ré­vo­lu­tion nu­mé­rique, ne compte que trois li­cornes, qui sont Vente-pri­vée, Cri­teo et Blab­lacar. Juste au mo­ment où la French Tech com­mence à dé­col­ler, il se­rait dom­mage qu’un phé­no­mène de bulle qui ne nous a guère concer­nés re­froi­disse au mau­vais mo­ment les ar­deurs hexa­go­nales.

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