Dix ques­tions à…

Oli­vier Rou­steing

L'Express (France) - L’Express diX - - Sommaire - pro­pos re­cueillis par mar­ta re­pre­sa

REN­CONTRE

Le plus so­phis­ti­qué des créa­teurs pa­ri­siens ne se contente plus d’ha­biller les femmes, dé­sor­mais, il les ma­quille aus­si. Pour ce­la, il vient de si­gner une col­lec­tion de 12 teintes de rouges à lèvres, en col­la­bo­ra­tion avec L’Oréal Pa­ris. En at­ten­dant son lan­ce­ment, en oc­tobre, Oli­vier Rou­steing fait des al­lers et re­tours entre Pa­ris et Los An­geles, où il vient d’inau­gu­rer une bou­tique, tout en gar­dant un peu de temps pour évo­quer son his­toire d’amour avec les femmes.

Pour­quoi lan­cer cette ligne de make-up pen­dant la Fa­shion Week pa­ri­sienne ?

C’est d’abord une ques­tion de fier­té na­tio­nale ! La France vit un mo­ment im­por­tant avec l’ar­ri­vée d’Em­ma­nuel Ma­cron. Et puis Bal­main et L’Oréal sont des maisons de tra­di­tion pa­ri­sienne, alors pour­quoi ne pas cé­lé­brer les femmes de la ca­pi­tale dans leur en­vi­ron­ne­ment ?

Vous par­lez des Pa­ri­siennes, il y en a donc plu­sieurs ?

Oh oui ! Ça m’énerve lors­qu’on la sin­gu­la­rise ! Ce cli­ché de la fille qui se croit pa­ri­sienne parce qu’elle est mal coif­fée, qu’elle af­fiche un per­fec­to, des chaus­sures plates et une at­ti­tude bla­sée… Si Pa­ris avait été construit avec des femmes comme ça, on ne l’ap­pel­le­rait pas la Ville Lu­mière ! Les Pa­ri­siennes prônent un cer­tain li­fe­style, elles se font plai­sir, elles voyagent et elles ne sont pas for­cé­ment nées ici. Bri­gitte Bar­dot, Da­li­da, Jo­sé­phine Ba­ker, Jane Bir­kin… elles re­pré­sentent toutes la ca­pi­tale.

C’est l’idée de Come as You Are, la chan­son de Nir­va­na choi­sie pour votre der­nier dé­fi­lé femme ?

Exac­te­ment. Les gens ont cru que je cher­chais à as­so­cier le gla­mour de Bal­main et l’es­thé­tique grunge, mais c’était plus pro­fond que ça. J’ad­mire Kurt Co­bain et, comme lui, j’es­saie de res­ter fidèle à moi-même. Come As You Are est un man­tra. Je veux que toute femme, quels que soient son his­toire, son âge, ses formes ou sa cou­leur, se sente bien­ve­nue chez Bal­main.

Si vous de­viez dé­fi­nir la femme Bal­main en un mot…

Ce se­rait « gla­ma­zone » . J’adore ce néo­lo­gisme, qui ras­semble deux de mes mots pré­fé­rés. C’est une ama­zone des temps mo­dernes qui se bat, et le gla­mour est l’une de ses armes.

Les vê­te­ments Bal­main sont donc une source d’em­po­werment ?

Tout à fait. Les gens as­so­cient par­fois la marque aux robes de soi­rée, mais lorsque je ré­flé­chis à mes sil­houettes, il est da­van­tage ques­tion d’ar­mure et de pro­tec­tion que de fête. La fille qui choi­sit mes vê­te­ments est forte, elle peut faire peur, même si elle porte du strass, des paillettes et des bro­de­ries.

Le ma­quillage contri­bue-t-il à cette trans­for­ma­tion ?

Il a la même im­por­tance que l’ha­bit. Une chose ap­pa­rem­ment aus­si ba­nale qu’une

teinte de rouge à lèvres peut mé­ta­mor­pho­ser une per­son­na­li­té… Vous ne re­gar­dez pas les autres de la même fa­çon se­lon que vous por­tez un lips­tick beige ou écar­late.

Quelles sont vos trois teintes pré­fé­rées dans la col­lec­tion ?

J’adore le ka­ki. Ce n’est pas une cou­leur fa­cile, je sais, mais elle va bien à toutes les car­na­tions. Elle ajoute une touche poin­tue et ul­tra­so­phis­ti­quée à tous les looks. J’aime aus­si le rouge, c’est mon cô­té un peu tra­di fran­çais ! Et le rose pâle, un brin nos­tal­gique et six­ties.

Le make-up mas­cu­lin, une bonne idée ?

J’y pense sé­rieu­se­ment. Les ha­bi­tudes de consom­ma­tion ont énor­mé­ment chan­gé, je m’en rends de plus en plus compte avec mes col­lec­tions pour homme.

Pou­vez-vous nous dé­voi­ler votre as­tuce contou­ring in­faillible ?

C’est d’at­tra­per le té­lé­phone pour ap­pe­ler un bon « contou­reur » ! [Rires.] J’ai beau être doué en sel­fies – j’ai l’in­tel­li­gence de la lu­mière, de l’angle, de la pers­pec­tive et de la 3D –, je suis un piètre ma­quilleur. Ce­ci dit, j’adore le contou­ring, c’est un art entre la pein­ture et la sculp­ture, qui peut to­ta­le­ment re­struc­tu­rer un vi­sage le temps d’une pho­to.

Quel rôle les ré­seaux so­ciaux jouent-ils dans l’in­dus­trie de la beau­té ?

Ce­lui de com­mu­ni­quer, bien sûr, mais, plus im­por­tant en­core, ils sont res­pon­sables du re­tour des filles à forte per­son­na­li­té, qu’on avait per­dues après la gé­né­ra­tion des top-mo­dèles. La beau­té vient tou­jours du monde 1.0 !

Douze teintes com­posent la ligne de rouges créée avec L’Oréal.

Non content d’avoir dé­pous­sié­ré l’image de Bal­main en lui re­don­nant ses lettres de gla­mour, le DA de la mai­son ha­bille au­jourd’hui les bouches des femmes.

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