Gwy­neth Pal­trow : le sys­tème G

Fon­da­trice du site de li­fe­style Goop, Gwy­neth Pal­trow lance son pre­mier ma­ga­zine pa­pier, en par­te­na­riat avec le groupe de presse Con­dé Nast. Comment l’ac­trice amé­ri­caine, pe­tite pro­té­gée de Hol­ly­wood, a- t- elle réus­si à bâ­tir un vé­ri­table em­pire du bien-

L'Express (France) - L’Express diX - - Sommaire - texte : claire be­ghin

COU­LISSES Si nous connais­sions son ami­tié de longue date avec An­na Win­tour, ré­dac­trice en chef de l’in­fluent Vogue US, per­sonne n’au­rait ima­gi­né la voir de­ve­nir une fi­gure de la presse pa­pier. Ce mois- ci, pour­tant, Gwy­neth Pal­trow dé­voile la ver­sion ma­ga­zine de son site In­ter­net Goop, édi­tée en par­te­na­riat avec Con­dé Nast ( Vogue, donc, mais aus­si Gla­mour, GQ…). Conçue comme un ob­jet de col­lec­tion, cette re­vue tri­mes­trielle pro­po­se­ra des ar­ticles ex­clu­sifs trai­tant d’ali­men­ta­tion, de san­té, de bien- être et de mode, four­nis par l’équipe du site, la par­tie image étant pen­sée en col­la­bo­ra­tion avec l’édi­teur amé­ri­cain. Le tout ap­puyé par des conte­nus di­gi­taux com­plé­men­taires et, bien sûr, une forte pré­sence sur les ré­seaux so­ciaux. L’oc­ca­sion pour l’ac­trice de faire rayon­ner un peu plus sa sphère d’in­fluence. « Col­la­bo­rer avec [An­na Win­tour] et Con­dé Nast […] était une op­por­tu­ni­té pour nous d’étendre nos fron­tières vi­suelles et de li­vrer le point de vue de Goop aux consom­ma­teurs par de nou­veaux biais », a-t- elle com­men­té lors de l’an­nonce du par­te­na­riat. Mais comment la pe­tite fa­vo­rite de Hol­ly­wood s’est- elle trans­for­mée, en quelques an­nées, en reine du dé­ve­lop­pe­ment per­son­nel, prête à concur­ren­cer Oprah Win­frey ? La re­cette est simple : pre­nez une jeune ac­trice ta­len­tueuse is­sue d’une bonne fa­mille, os­ca­ri­sée à seule­ment 26 ans ( Sha­kes­peare in Love, 1998). Ajou­tez-y un look dis­cret mais par­fai­te­ment étu­dié ( WASP mais bran­ché), une garde rap­pro­chée d’amies stars (Ca­me­ron Diaz, Ni­cole Ri­chie ou Mi­ran­da Kerr), des re­la­tions amou­reuses gla­mour (avec Ben Af­fleck et Brad Pitt, elle a for­mé des couples em­blé­ma­tiques dans les an­nées 1990), une pré­sence mé­dia­tique mo­dé­rée et un franc-par­ler sa­vam­ment contrô­lé, et vous ob­tien­drez la star­lette ban­kable par­faite. Pa­ran­gon de co­ol et de po­li­ti­que­ment cor­rect, Gwy­neth Pal­trow s’est même re­le­vée avec brio du seul faux pas de sa car­rière : son di­vorce avec Ch­ris Mar­tin, lea­der du groupe Cold­play, an­non­cé sur son propre site. Une per­fec­tion – trop lisse ? – qui fas­cine ou agace mais qui cache en­core la bu­si­ness wo­man ta­pie en elle. En 2008, alors mère au foyer, elle en­tame une re­con­ver­sion spec­ta­cu­laire. Miss Pal­trow com­mence par lan­cer une news­let­ter pour par­ta­ger ses bons plans bie­nêtre, ali­men­ta­tion, mode et voyages. Les condi­tions sont idéales pour fi­dé­li­ser une com­mu­nau­té de femmes cu­rieuses de goû­ter à sa re­cette mi­racle. Moins de dix ans plus tard, Goop est une ré­fé­rence in­con­tour­nable en ma­tière de dé­tox et de phi­lo­so­phie de vie ho­lis­tique. Le site fé­dère au­jourd’hui deux fois plus de lec­teurs que la ma­jo­ri­té des mé­dias en ligne, et ses pro­fits ont plus que dou­blé entre 2015 et 2016. Gwy­neth Pal­trow trans­forme tout ce qu’elle touche en suc­cès, en té­moigne sa ligne de vi­ta­mines Goop Well­ness, dont les ventes ont at­teint plus de 100 000 dol­lars le jour de son lan­ce­ment. Son livre, Goop Clean Beau­ty (Ha­chette USA), s’est clas­sé no 1 des ventes d’Ama­zon dans la ca­té­go­rie san­té et fit­ness dès sa sor­tie, et son pre­mier sé­mi­naire « In Goop Health » , qui s’est te­nu le 10 juin der­nier en Ca­li­for­nie, a réuni plu­sieurs cen­taines de femmes, prêtes à dé­pen­ser jus­qu’à 1 500 dol­lars le ti­cket d’en­trée. Au me­nu : re­pas dé­tox, in­jec­tions de vi­ta­mines en in­tra­vei­neuse ou en­core séances de thé­ra­pie des cha­kras par des cris­taux, pro­di­gués par une équipe de psy­chiatres, cha­manes, profs de fit­ness et autres pra­ti­ciens en mé­de­cines al­ter­na­tives. Goop, nou­velle secte New Age ? Il y a en tout cas chez « GP » , comme l’ap­pellent dé­sor­mais ses fans, quelque chose qui tient du gou­rou, à la fois dis­cret et om­ni­pré­sent, ef­frayant mais at­ta­chant. Est- ce l’au­ra re­dou­table d’une star de­ve­nue bu­si­ness wo­man et que l’on adore dé­tes­ter, ou la re­cette Goop est- elle réel­le­ment ef­fi­cace ? La ques­tion fait dé­bat de­puis la pu­bli­ca­tion d’ar­ticles van­tant les mé­rites des bains de va­peur va­gi­naux pour ré­équi­li­brer ses hor­mones, ou de pi­qûres d’abeille cen­sées soi­gner les dou­leurs. Le corps mé­di­cal lance l’alerte : les conseils de Goop ne sont pas qu’illu­soires, ils sont tout sim­ple­ment dan­ge­reux. Mais Gwy­neth jouit do­ré­na­vant d’une image qui dé­passe la ra­tio­na­li­té de la mé­de­cine et elle n’hé­site pas à em­ployer le se­cond de­gré pour ré­pondre aux cri­tiques : sur le pla­teau de l’ani­ma­teur Jim­my Kim­mel, elle ad­met vo­lon­tiers « ne pas tou­jours com­prendre tout ce qui se ra­conte chez Goop » . Sur ce­lui de James Cor­den, elle jus­ti­fie les brû­lures pro­vo­quées par son masque aux acides de fruits par une ré­plique digne de la mé­thode Coué : « On pré­fère dire qu’il est ac­tif plu­tôt que dou­lou­reux. » Pro­di­gieux ou alar­mant, c’est se­lon. Reste que GP a su ti­rer son en­sei­gne­ment du plus cé­lèbre pro­verbe de Hol­ly­wood : There’s no bu­si­ness like show-bu­si­ness.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.