« LA JOUR­NÉE, JE ME BA­LADE BEAU­COUP, SEULE. NEW YORK EST UNE VILLE QUI M’INS­PIRE : SA LU­MIÈRE EST BELLE, SES PERS­PEC­TIVES SONT PHOTOGÉNIQUES, LE MÉ­LANGE ENTRE L’AR­CHI­TEC­TURE MO­DERNE ET AN­CIENNE ME PLAÎT… »

L'Express (France) - L’Express diX - - Recontre -

On me re­con­naît dans la rue, par­fois, mais c’est pour me par­ler de mes films et de ma musique. Ja­mais de mes pa­rents, à qui l’on me ra­mène tou­jours en France. Les Amé­ri­cains ont une fa­çon très simple et di­recte d’en­ga­ger les conver­sa­tions, sans a prio­ri. Et comme je suis ti­mide, ce­la me fait beau­coup de bien. J’ose en­fin sor­tir de mon per­son­nage.

Vous sor­tez beau­coup ?

Plus qu’à Pa­ris, mais ce n’est pas dif­fi­cile ! J’irai bien­tôt écou­ter ma mère qui chan­te­ra au Car­ne­gie Hall, le 26 oc­tobre, une salle my­thique : elle mon­te­ra sur scène avec un or­chestre sym­pho­nique. J’amène par­fois mes en­fants voir des co­mé­dies mu­si­cales à Broad­way. J’ai tou­jours ai­mé ça, ma mère et ma grand-mère nous em­me­naient en voir à Londres quand tout me pa­rais­sait en­core tel­le­ment sur­pre­nant. Et la jour­née, je me ba­lade beau­coup, seule. New York est une ville qui m’ins­pire : sa lu­mière est belle, ses pers­pec­tives sont photogéniques, le mé­lange entre l’ar­chi­tec­ture mo­derne et an­cienne me plaît…

Vous pre­nez des pho­tos ?

Plein. Lors de la concep­tion de mon al­bum, je suis par­tie à la re­cherche de cli­chés qui puissent illus­trer une vi­sion per­son­nelle de la ville.

Quels sont vos su­jets de pré­di­lec­tion ?

Des pho­tos de rues, de pou­belles et des fe­nêtres… Des ob­jets iso­lés qui m’évoquent des émo­tions per­son­nelles, par­ti­cu­lières. Quand j’ha­bi­tais chez ma mère, ado­les­cente, j’avais une chambre noire dans le fond du jar­din. Je n’étais pas par­ti­cu­liè­re­ment douée mais j’éprou­vais une telle fas­ci­na­tion à voir l’image ap­pa­raître comme par ma­gie sur le pa­pier… J’ai re­trou­vé ce plai­sir de jeu­nesse.

Et cet al­bum, vous l’avez en­re­gis­tré à Brook­lyn…

Tout à fait, dans un tout pe­tit stu­dio avec le pro­duc­teur fran­çais Se­bas­tiAn. Je ne sau­rais vous dire quelle a été l’in­fluence di­recte de Brook­lyn sur cette musique, mais c’est ici que tout s’est cris­tal­li­sé. En­suite, le mixage a été réa­li­sé à Elec­tric La­dy Stu­dios, un lieu my­thique construit par Ji­mi Hen­drix, où sont pas­sés Dy­lan, Led Zep­pe­lin, les Stones, Da­vid Bo­wie, U2, les Clash… Paul McCartney a en­re­gis­tré une chan­son avec nous. C’était un mo­ment hal­lu­ci­nant, ma­gique.

Vous êtes aus­si de culture an­glo-saxonne, par votre mère. La pra­tique quo­ti­dienne de l’an­glais est un re­tour aux sources ?

Ma langue ma­ter­nelle n’est pas l’an­glais, mais le fran­çais avec un gros ac­cent an­glais ! C’est ain­si que j’ai tou­jours en­ten­du par­ler ma mère… De­puis mon ar­ri­vée ici, j’ai com­men­cé à par­ler an­glais à mes en­fants. C’était un mo­ment touchant et étrange. J’ai tou­jours trou­vé un peu ri­di­cule les Fran­çais qui se forcent à par­ler en langue an­glaise… Et bien je m’y suis mise ! Et les en­fants sont ra­vis.

Quelles émo­tions sont plus ac­ces­sibles en an­glais ?

L’hu­mour n’est pas le même, évi­dem­ment. Ce­lui des Bri­tan­niques est cy­nique et mor­dant. Les NewYor­kais, eux, sont plus ab­surdes… Comme dans les films de Woo­dy Al­len ! Comme par ha­sard, je me suis ici plu­tôt liée d’ami­tié à des Bri­tan­niques ou à des Fran­çais. A l’étran­ger, on a par­fois be­soin de re­trou­ver ses ra­cines.

Vous n’avez pas peur que vos en­fants fassent leur vie aux Etats- Unis ?

Non, pas du tout. Ils fe­ront ce qu’ils veulent ! L’un est at­ti­ré par la culture fran­çaise, l’autre par la culture amé­ri­caine… on fe­ra en fonc­tion des en­vies de cha­cun.

Qu’est- ce qui vous manque le plus de Pa­ris ?

Ma mère. Ma soeur Lou [Doillon]. Mon pas­sé.

Et vous en­tre­te­nez quel rap­port avec Pa­ris au­jourd’hui ?

C’est com­pli­qué. Pe­tite j’ai été sé­duite par les cli­chés d’après-guerre de Pa­ris, tels qu’on les voit dans le film La Pe­tite Vo­leuse, de Claude Miller, dans le­quel j’ai joué, à 17 ans. C’est un Pa­ris qui n’existe plus. J’ai eu dif­fé­rentes vies à Pa­ris, qui se sont ar­rê­tées bru­ta­le­ment. Celle jus­qu’à la mort de mon père à mes 19 ans. Ma re­la­tion avec ma soeur… des avant et des après. Je suis par­tie, peu­têtre égoïs­te­ment, mais j’avais be­soin de pen­ser à moi.

Vous re­vien­drez ?

Oui, j’en suis sûre. Mais peut- être que j’irai ailleurs… Ici, je me sens moi-même. Le voyage m’a ré­veillée.

C’est agréable ? Oui, je re­vis.

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