Tout est dans le por­ter

Chaque sai­son de mode ap­porte son lot d’in­édits. Cet au­tomne, à dé­faut de re­pen­ser le vê­te­ment à tra­vers sa forme, cer­tains créa­teurs ré­in­ventent la fa­çon de l’ar­bo­rer.

L'Express (France) - Styles - - Sommaire -

TEN­DANCE Qu’on le veuille ou non, la rue est de­ve­nue, de­puis quelques an­nées dé­jà, la nou­velle pré­cep­trice du bon goût. Les ten­dances ne se créent plus seule­ment lors des dé­fi­lés de la se­maine de la mode, elles se font et se dé­font dans la ville. Mais aus­si sur les ré­seaux so­ciaux, grâce aux in­fluen­ceurs qui im­priment leurs looks dans l’in­cons­cient col­lec­tif via les images de street style ou les sel­fies pos­tés sur Ins­ta­gram. « En tant que sty­liste, je suis sou­vent shoo­tée à la sor­tie des dé­fi­lés, et j’ai vite consta­té que ces images fi­nissent ré­gu­liè­re­ment dans les mood boards de cer­taines marques ou créa­teurs » , confirme Eli­sa Na­lin, qui est de­ve­nue l’une des pres­crip­trices phares et l’égé­rie des pho­to­graphes de rue. « Le rôle du de­si­gner est de plus en plus im­por­tant, ex­plique- t- elle. Dans une in­dus­trie sa­tu­rée de marques qui cherchent à se dis­tin­guer, c’est la ma­nière de s’ap­pro­prier le vê­te­ment qui fait toute la dif­fé­rence. » Il s’agit dé­sor­mais, non plus de « por­ter plus » , mais de « por­ter mieux » . Les sty­listes s’éver­tuent donc à trou­ver des ef­fets adap­tés à nos di­verses ac­ti­vi­tés quo­ti­diennes, un ves­tiaire fluide et spon­ta­né qui sait s’adap­ter à notre em­ploi du temps. Les vestes se glissent sur l’épaule ou se nouent en cein­tures, jouent les ef­fets de su­per­po­si­tions ul­tra­so­phis­ti­qués… « J’aime ta­qui­ner nos clients » , ren­ché­rit Glenn Mar­tens, di­rec­teur ar­tis­tique de Y/ Pro­ject, qui s’est fait re­mar­quer grâce à ses col­lec­tions homme et femme au por­té dé­ca­lé éclec­tique. « Tout re­pose sur l’ap­pro­pria­tion et la po­ly­va­lence du vê­te­ment. L’idée c’est que, le ma­tin, lorsque vous en­fi­lez une veste, vous vous re­met­tiez en ques­tion. Est- ce que je me sens mi­ni­ma­liste au­jourd’hui ? Ou plu­tôt exu­bé­rante ? Ou peut- être même sexy ? La clef, c’est de trou­ver dans une seule pièce les ré­ponses à toutes ces ques­tions. » Pou­voir pas­ser du cours de yo­ga au bu­reau, puis au ren­dez-vous pro­fes­sion­nel et fi­na­le­ment à la soi­rée cock­tail en un clin d’oeil, grâce à une so­lu­tion lu­dique, sans de­voir chan­ger de te­nue, tel est le dé­fi des créa­teurs

d’au­jourd’hui. Si la fa­çon de por­ter le vê­te­ment semble avoir pris de l’im­por­tance, c’est donc aus­si parce que les femmes sou­haitent pou­voir être « prêtes » quoi qu’il ad­vienne, sans se com­pli­quer la vie. Le terme « prêt-à-por­ter » prend là tout son sens.

L’EF­FET « ÉPAULE DÉGAGÉE »

Cette ren­trée en­core, le ca­ché-ré­vé­lé du haut du buste fait fu­reur, dé­voi­lant un faux-sem­blant de nu­di­té. Chez Yves Saint Laurent, le jeu des épaules asy­mé­triques s’im­pose – les mi­ni­robes en cuir et leurs manches dé­col­lées over­si­zed ont une car­rure d’ar­mure –, tan­dis que, chez El­le­ry, c’est un soup­çon de den­telle dé­to­nante qui ca­resse cette par­tie de l’ana­to­mie dé­jà dé­voi­lée par une longue robe nui­sette. Dans la vie, pour dé­jouer l’hi­ver avec ce dé­col­le­té nou­velle ver­sion, on porte des robes bus­tiers ou des com­bi­nai­sons lar­ge­ment ou­vertes sur des tee-shirts ou des che­mises. Ou l’on fait glis­ser son blou­son dans le dos pour un ef­fet faus­se­ment dé­nu­dé des plus hol­ly­woo­diens.

LE « MAXI MULTICOUCHE »

Sa marque de fa­brique : les su­per­po­si­tions à l’ex­trême, comme chez Rick Owens, qui mul­ti­plie cet au­tomne les épais­seurs de dou­dounes de la tête aux pieds, in­ven­tant du même coup de nou­velles formes. Car, bien sûr, ce laye­ring re­dé­fi­nit la sil­houette. Quitte à brouiller le mes­sage clas­sique du style, grande spé­cia­li­té de Guc­ci : un sa­rouel en Lu­rex sur une blouse ro­man­tique sur­mon­tée d’un dé­bar­deur sport. Plus simple mais non moins ef­fi­cace, chez Ti­bi, la robe fa­çon li­quette por­tée sur un pan­ta­lon d’homme et as­sor­tie d’un long par­des­sus – trois fois « oui » aux boots fuch­sia pour pi­men­ter le tout ! A suivre éga­le­ment, les em­pi­le­ments de mailles près du corps sur des che­mises dé­bor­dant de frou­frous. L’ef­fet « ma­tière vi­vante » doit pri­mer sur tout.

LE TWIST SAUGRENU

Maîtres du pas de cô­té – ce­lui du vê­te­ment et non ce­lui de la danse –, Glenn Mar­tens ( Y/Pro­ject) et Dem­na Gva­sa­lia (Ba­len­cia­ga) ré­in­ter­prètent le man­teau lé­ger en le jouant sens des­sus des­sous. Tan­dis que Mar­tens sus­pend son col à l’épaule, Gva­sa­lia désaxe les bou­tons pour les ac­cro­cher sur la cla­vi­cule. Ré­sul­tat ? Même la pièce la plus ba­nale de­vient ex­tra­or­di­naire, grâce aux dra­pés vo­lu­mi­neux et au sem­blant de non­cha­lance pro­vo­qué par cet ef­fet de style. A adop­ter dans la rue, les jeux de capes vus chez A.P.C. : une veste en jean non­cha­lam­ment je­tée sur l’épaule d’un sage im­per beige ou en­core une jupe longue fen­due à dra­per sur la hanche en bou­ton­nant lun­di avec mar­di… L’im­por­tant, c’est de s’amu­ser. eli­sa­be­ta tu­dor

Ba­si­quesCi- des­sus, dé­ca­lés. street fa­shion ver­sion mi­la­naise. Ci- contre, jeux de capes chez A. P. C.

Jeux d’épaules. Ci- des­sus, une robe Saint Laurent par An­tho­ny Va­car­rel­lo, ci- contre, veste por­tée fa­çon étole, Dries Van No­ten. Maxi su­per­po­si­tions. Ci- des­sus, la blo­gueuse He­le­na Bor­don. Ci- contre, l’as­so­cia­tion man­teau plus robe sur pan­ta­lon chez Ti­bi.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.