Pa­villons noirs

Les Hors-la-loi de l’at­lan­tique. Pi­rates, mu­tins et fli­bus­tiers

L'Histoire - - Guide Livres -

Mar­cus Re­di­ker tra­duit de l’an­glais par Au­ré­lien Blanchard, Seuil, 2017, 287 p., 22,50 €. De 1650 à 1730, abor­dant sept fois sur dix un ba­teau an­glais, fran­çais ou hol­lan­dais, le « pro­lé­ta­riat flot­tant » de la pi­ra­te­rie at­lan­tique sape le com­merce tri­an­gu­laire

entre l’eu­rope, l’afrique et les Amé­riques. Après la guerre de Suc­ces­sion d’es­pagne (1701-1714), les « chiens de mer » s’éman­cipent des grandes puis­sances pour cour­ser les na­vires ; la pi­ra­te­rie culmine entre 1716 et 1726 dans les Antilles et l’at­lan­tique Nord. Le pi­rate li­ber­taire est un « ban­dit so­cial », la moi­tié du temps an­glais. Ma­rins mu­ti­nés car bri­sés par la dis­ci­pline et la mi­sère sur les na­vires ci­vils ou mi­li­taires, es­claves li­bé­rés des né­griers, les pi­rates croisent en très haute mer sous le pa­villon noir ou rouge du Jol­ly Ro­ger bla­son­né d’un crâne et d’os croi­sés. Au nombre de 2 500 vers 1720 (âge moyen 30 ans), ces « pri­mi­tifs de la ré­volte » bravent les ca­pi­taines et la Royal Na­vy (qui en­voie 13 000 sol­dats par an de 1716 à 1726 pour les tra­quer). Som­brer avec le na­vire, pé­rir à l’abor­dage, être « mar­ron­né » sur un îlot pour avoir vio­lé les lois éga­li­taires de l’équi­page mul­ti­ra­cial, ex­pier sur le gi­bet des cours mar­tiales : la vie du for­ban est bru­tale. Surreprésenté dans l’ima­gi­naire so­cial de­puis Da­niel De­foe (1724) jus­qu’à Ste­ven­son (1883), l’at­lan­tique des hors­la-loi en­gendre une so­cié­té fu­gi­tive et hos­tile à l’in­éga­li­té mo­nar­chique au temps de l’es­sor mondial du ca­pi­ta­lisme. Sur l’abys­sal Océan bleu, les pi­rates en sont des fi­gures rebelles : l’his­to­rien amé­ri­cain Mar­kus Re­di­ker res­ti­tue leur cen­tra­li­té dans l’his­toire so­ciale de la mer.

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