Le verre au mu­sée de Clu­ny à Pa­ris

Le mu­sée de Clu­ny montre l’im­por­tance du verre dans la so­cié­té mé­dié­vale.

L'Histoire - - Sommaire - Par Laurent Theis

S aint Louis n’a pas tout per­du en Terre sainte. De re­tour en 1254, il en rap­por­ta, à croire Jean de Join­ville, l’ha­bi­tude de boire son vin « dans un go­be­let de verre » . Le­quel pro­ve­nait peut-être de Sy­rie, là où le tra­vail de ce ma­té­riau avait at­teint des som­mets de per­fec­tion. En té­moigne le verre dit de Char­le­magne, au riche dé­cor émaillé, da­té du mi­lieu du xiiie siècle, et par­ve­nu on ne sait trop com­ment à Châ­teau­dun. La fas­ci­na­tion exer­cée par le verre, qui capte, dif­fuse ou ré­fracte la lu­mière, la­quelle vient de Dieu, ex­plique que, très an­cien­ne­ment, sa tech­nique de fa­bri­ca­tion ait été mise au point, dé­ve­lop­pée et en­ri­chie à un très haut de­gré. Le ver­rier est le dé­ten­teur de se­crets qui confinent au sa­cré. De l’époque mé­ro­vin­gienne jus­qu’à l’orée du xvie siècle, l’ex­po­si­tion du mu­sée de Clu­ny em­brasse le long Moyen Age. Ri­che­ment illus­tré par 150 ob­jets de toutes pro­ve­nances, quelques en­lu­mi­nures et ta­bleaux où le verre se fond dans le dé­cor, le par­cours montre la « ver­re­rie plate » la plus spec­ta­cu­laire, celle des vi­traux de Saint-de­nis, de Chartres et de la Sainte-cha­pelle, qui ne pé­nètre que tar­di­ve­ment, et en gri­saille, dans les de­meures par­ti­cu­lières. On dé­couvre aus­si les « verres creux » qui, très tôt, s’in­vitent aux tables les plus raf­fi­nées comme dans les ta­vernes, puis dans les apo­thi­cai­re­ries grâce aux uri­naux, et dans les pre­mières cor­nues des al­chi­mistes. Car, à la dif­fé­rence de la cé­ra­mique qui de­meure le conte­nant le plus ré­pan­du, le verre, outre sa beau­té in­trin­sèque, pos­sède la trans­pa­rence, la lé­gè­re­té et l’in­al­té­ra­bi­li­té qui le rendent à la fois pres­ti­gieux et in­dis­pen­sable. La vais­selle et les or­ne­ments li­tur­giques firent leur miel des formes et des cou­leurs mul­tiples dont le verre, et donc l’émail, est sus­cep­tible, jus­qu’à le ma­rier avec l’or se­lon la tech­nique de « l’églo­mi­sa­tion » qui s’épa­nouit au xive siècle en Ita­lie du Nord – voir ces quatre doc­teurs de l’église pa­douans dont l’ex­pres­si­vi­té laisse pan­tois. Par­fois, il faut chaus­ser des lu­nettes pour ap­pré­cier les dé­tails d’exé­cu­tion. Pré­ci­sé­ment, les bé­sicles com­mencent à se ré­pandre au xive siècle : émou­vante, l’em­preinte d’une paire ou­bliée entre deux pages d’une édi­tion de saint Au­gus­tin de 1494.

Ha­nap dit verre de Char­le­magne pro­ve­nant du tré­sor de l’église de Châ­teau­dun (xiiie-xive siècle).

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