« His­toire des le­vées de la Loire » de Ro­ger Dion

Entre géo­gra­phie et his­toire, Ro­ger Dion suit la trans­for­ma­tion des pay­sages de la Loire dans un livre qui peut être lu comme un guide.

L'Histoire - - Sommaire - Par Jean-louis Tis­sier

LA THÈSE

Ro­ger Dion est un géo­graphe clas­sique qui, dans la li­gnée de Vi­dal de La Blache (1845-1918), as­so­cie l’ana­lyse de la Loire à celle de son his­toire. Via les ar­chives, il fait le ré­cit des épi­sodes des grandes crues et des tra­vaux me­nés – la construc­tion de « le­vées », c’est-à-dire de digues – pour ten­ter de les conte­nir du xiie siècle des Plan­ta­ge­nêts au xixe siècle ré­pu­bli­cain. Le fleuve conjugue deux flux : ce­lui, li­quide, des eaux et ce­lui, mi­né­ral, des sables. Le pre­mier tra­vaille le se­cond, des­sine les îles, mo­dèle les grèves. « Lors­qu’on a dis­cer­né cette or­don­nance dans le désordre ap­pa­rent des eaux et des sables, on tient en quelque sorte la clef de la to­po­gra­phie

du lit de la Loire », ré­sume Ro­ger Dion. L’au­teur montre que, dans la so­cié­té d’an­cien Ré­gime, le rap­port au fleuve os­cille entre, d’une part, un vo­lon­ta­risme amé­na­geur sou­te­nu par les in­té­rêts du com­merce ur­bain et, d’autre part, un par­ti plus prag­ma­tique, qui per­met au fleuve de dé­bor­der au-des­sus d’un cer­tain ni­veau de crue dans des « dé­char­geoirs ». Le xixe siècle re­prit le prin­cipe des digues in­sub­mer­sibles lan­cé par Col­bert au xviie siècle, jus­qu’au dé­sastre de juin 1856. Du Ve­lay à la Bre­tagne, des pluies tor­ren­tielles mettent le sys­tème des le­vées sous une pres­sion maxi­male, créant des brèches par les­quelles le flot se dé­verse sur les champs et l’ha­bi­tat. L’em­pe­reur Na­po­léon III confie à l’in­gé­nieur Guillaume Co­moy une en­quête sur les causes de cette inon­da­tion et le charge d’un plan de dé­fense. Vé­ri­table « Hauss­mann des eaux », ce der­nier en­gage la re­cons­truc­tion des le­vées et re­com­mande aus­si de pré­voir des dé­ver­soirs. « Le drame aux as­pects mul­tiples qui est au fond de toute étude so­ciale et politique trouve ain­si dans l’his­toire des le­vées de la Loire, une illus­tra­tion as­sez crue, qu’on n’eût point at­ten­due d’un sujet aus­si par­ti­cu­lier. C’est que cette his­toire est longue et ne manque pas de re­lief », conclut le géo­graphe.

CE QU’IL EN RESTE

Grâce à son ta­lent de cher­cheur et d’écri­vain, Ro­ger Dion offre un bel ou­vrage à ceux qui, ai­mant la Loire et ses abords, veulent com­prendre ses pay­sages ap­pa­rem­ment ré­pé­ti­tifs mais sub­ti­le­ment dif­fé­rents. Avec ses cartes, ses sché­mas, son in­dex des lieux, le livre peut être pra­ti­qué comme un guide. Les der­nières le­vées de la Loire sont celles de ses quatre cen­trales nu­cléaires. Ces îlots tech­no­lo­giques sont pro­té­gés par un cor­set de bé­ton. Un pa­nache de va­peur les si­gnale à plusieurs di­zaines de ki­lo­mètres. La Loire de Dion semble loin… Au dé­tour d’un fi­chier EDF on lit que ces su­per-le­vées mettent l’ins­tal­la­tion à l’abri « d’une crue mil­lé­nale de

13 000 m3/s » . Ro­ger Dion nous a dé­crit la crue ex­tra­or­di­naire de 1856 à 10 000 m3/s…

* Pro­fes­seur émé­rite de géo­gra­phie hu­maine à l’uni­ver­si­té Pa­ris-i Pan­théon-sor­bonne

CNRS Édi­tions, 2017 (pré­face de J.-R. Pitte).

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