Bor­loo

Plan ban­lieue : en ser­vice «avant-vente» dans les quar­tiers En vue du raout ély­séen de mar­di, l’ex-mi­nistre de la Ville s’est lan­cé dans une tour­née des quar­tiers pour sou­te­nir un plan sur le­quel le gou­ver­ne­ment ne s’est pas en­core en­ga­gé.

Libération - - FRANCE - Par LAURE BRET­TON Pho­to AL­BERT FACELLY

Il se­rait spor­tif, on par­le­rait d’un ma­ra­thon. Mais comme Jean-Louis Bor­loo reste un homme po­li­tique, ce­la res­semble sur­tout à une cam­pagne élec­to­rale. En at­ten­dant la ma­ti­née pré­si­den­tielle consa­crée aux banlieues, mar­di pro­chain à l’Ely­sée, le père de la ré­no­va­tion ur­baine, qui a ré­di­gé un re­ten­tis­sant rap­port prô­nant la «ré­con­ci­lia­tion na­tio­nale» avec les quar­tiers dif­fi­ciles, a pas­sé sa se­maine à vi­brion­ner à tous les étages de la Ré­pu­blique, pour faire la pro­mo­tion de ses 19 plans, al­lant de l’école à la sé­cu­ri­té en pas­sant par les mo­bi­li­tés. Un agen­da de mi­nistre mi­li­tant.

Lun­di soir, Bor­loo dé­bat avec des ac­teurs de ban­lieue réunis par l’hu­mo­riste Yas­sine Bel­la­tar, que consulte le chef de l’Etat de­puis la cam­pagne. Ce «ras­sem­ble­ment du bi­tume» à bord d’une pé­niche pa­ri­sienne se dé­roule sous l’oeil ap­pro­ba­teur du se­cré­taire d’Etat char­gé de l’Ega­li­té des ter­ri­toires, Ju­lien De­nor­man­die. De là à dire que la ma­cro­nie ap­prouve le diag­nos­tic et les me­sures conte­nues dans un rap­port prô­nant un chan­ge­ment ra­di­cal de mé­thode mais par­lant aus­si d’une ad­di­tion de 48 mil­liards d’eu­ros, il y a un pas que le gou­ver­ne­ment ne fran­chit pas du tout. «Le plan Bor­loo, c’est une piste par­mi d’autres, dé­crypte froi­de­ment un membre du gou­ver­ne­ment. Quand j’en­tends que la Ré­pu­blique n’est pas as­sez pré­sente en ban­lieue, je di­rais sur­tout qu’elle n’est pas as­sez vi­sible. Il faut mieux “bran­der” la Ré­pu­blique.»

«Hé­roï­sa­tion».

Du coup, Bor­loo et cer­tains de ses sou­tiens laissent fil­trer l’idée que cer­tains pro­jets du plan de 164 pages pour­raient voir le jour sans l’aide de l’Etat. Mar­di, à la sur­prise de cer­tains des convives qui s’at­ten­daient à un tête-à-tête, une bro­chette d’an­ciens mi­nistres de la Ville se re­trouve at­ta­blée avec Bor­loo dans un res­tau­rant pa­ri­sien. Après l’al­liance des maires de ban­lieue toutes éti­quettes po­li­tiques confon­dues qui phos­phorent de­puis l’au­tomne au­tour du cen­triste, un pho­to­graphe im­mor­ta­lise ce nou­vel ava­tar de l’union sa­crée pour les quar­tiers. «Bor­loo avait l’air très sûr de lui sur l’ave­nir de ses pro­po­si­tions tout en nous di­sant que si l’Etat ne s’y met­tait pas, il trou­ve­rait les moyens de le faire quand même. On a trou­vé ça un peu étrange», ra­conte l’un des in­vi­tés. Quelques heures plus tard, la ta­blée est lar­ge­ment moins cha­leu­reuse. A la mai­rie de Mon­treuil (Seine-Saint-De­nis), Bor­loo cha­pitre les dé­pu­tés LREM qui émargent au sein d’un groupe «Po­li­tique de la ville» créé par le par­le­men­taire de Mar­seille Saïd Aha­ma­da. Et là, «c’était un fes­ti­val d’in­com­pré­hen­sions», ra­conte un té­moin. On re­proche, entre autres, à Bor­loo «l’hé­roï­sa­tion in­sup­por­table» qui sous-tend son rap­port, ou l’ab­sence d’éva­lua­tion des po­li­tiques pu­bliques dans les banlieues. Gla­ciale au dé­part, l’am­biance se ré­chauffe à coups de pun­chlines gouailleuses de l’an­cien avo­cat d’af­faires. Mer­cre­di, c’est Evry et Gri­gny. Bref, l’Es­sonne et le ter­rain pur. Flan­qué de Thier­ry Le Paon, an­cien di­ri­geant de la CGT de­ve­nu dé­lé­gué in­ter­mi­nis­té­riel à la langue fran­çaise pour la co­hé­sion so­ciale, Bor­loo écoute et chou­choute les profs de fran­çais d’un centre de for­ma­tion pro­fes­sion­nelle. Plus de postes, plus de places, plus de consi­dé­ra­tion ? «C’est dans le plan, ré­plique Bor­loo, qui ma­chouille les branches de ses lu­nettes en sou­riant. Il y a un tel mal­en­ten­du ! Le reste de la France ne sait pas tous ces ef­forts, toutes ces ten­dresses, ces en­vies de pous­ser et de faire pous­ser.» Le Paon abonde: «Il ne peut pas y avoir une France qui s’adapte et une autre re­lé­guée. Le gou­ver­ne­ment a une res­pon­sa­bi­li­té his­to­rique. Si le Pré­sident est al­lé cher­cher Bor­loo, c’est bien pour qu’il en sorte quelque chose de ce plan.»

«Tem­po».

De­puis la re­mise de son rap­port à Edouard Phi­lippe, maires de ban­lieue et res­pon­sables as­so­cia­tifs sont chauf­fés à blanc. La date du 22 mai ayant été lâ­chée par le mi­nistre de l’Ega­li­té des ter­ri­toires, Jacques Mé­zard, tous es­pèrent un cha­pe­let d’an­nonces pré­si­den­tielles. En réa­li­té, mal­gré l’as­su­rance de Bor­loo –«tout le monde s’est mis en route, tout roule. Les réunions in­ter­mi­nis­té­rielles sont OK. Les grandes masses fi­nan­cières ne doivent pas ef­frayer», as­su­ret-il –, rien n’est moins sûr. Mar­di ma­tin, l’Ely­sée or­ga­nise bien une sé­rie de ren­contres sur le thème des banlieues. Mais avec ses propres codes et ses fu­turs in­ter­lo­cu­teurs. A 9 heures, Em­ma­nuel Ma­cron ins­tal­le­ra of­fi­ciel­le­ment le Conseil pré­si­den­tiel de la ville, dont on connaî­tra alors la com­po­si­tion in­té­grale. Le chef de l’Etat avait an­non­cé sa créa­tion en no­vembre : il vou­lait des «cap­teurs» char­gés de «l’ali­men­ter» sur la vie des quar­tiers. En di­rect, sans pas­ser par la case élus ou as­so­cia­tions his­to­riques, qui ne sont d’ailleurs pour l’ins­tant pas conviés au raout pré­si­den­tiel. En­suite, le Pré­sident pas­se­ra deux heures avec des ha­bi­tants, des tra­vailleurs ou des en­sei­gnants de ban­lieue, et ré­pon­dra à leurs in­ter­pel­la­tions. Mais pas de «dis­cours for­mel» ni d’an­nonces au pro­gramme. «Ce n’est ni l’ob­jec­tif ni le mo­ment», in­siste l’Ely­sée. «Les maires ont don­né le tem­po, main­te­nant le Pré­sident ré­cu­père le tem­po», ex­plique un vi­si­teur du soir. Une sorte de «je vous ai com­pris»… mais on va faire au­tre­ment. •

Jean-Louis Bor­loo et Thier­ry Le Paon, dé­lé­gué in­ter­mi­nis­té­riel à la langue fran­çaise pour la co­hé­sion so­ciale, à Gri­gny, mer­cre­di.

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