La CSU

Aux élec­tions lé­gis­la­tives en Ba­vière, a du sou­ci à se faire La for­ma­tion de Horst See­ho­fer, mi­nistre al­le­mand de l’In­té­rieur, de­vrait en­re­gis­trer un net re­cul di­manche dans son fief. A l’in­verse, les son­dages an­noncent une pro­gres­sion de l’ex­trême droite

Libération - - MONDE - Par JO­HAN­NA LUYSSEN Cor­res­pon­dante à Ber­lin

Chaque au­tomne, la Ba­vière at­tire l’at­ten­tion avec son Ok­to­ber­fest, où des bu­veurs de bière vê­tus de te­nues tra­di­tion­nelles al­pines s’abreures vent dans les Bier­gar­ten de Mu­nich. Mais di­manche, l’Al­le­magne au­ra les yeux ri­vés sur ce Land pour une rai­son moins joyeuse : le pays at­tend avec in­quié­tude les ré­sul­tats des élec­tions lé­gis­la­tives ré­gio­nales. Le scru­tin de­vrait bous­cu­ler la grande coa­li­tion au pou­voir, fra­gi­li­ser en­core da­van­tage les par­tis do­mi­nants. Cette élec­tion ba­va­roise est un par­fait pré­ci­pi­té de po­li­tique al­le­mande, re­flet des affres que tra­verse le pays. Les son­dages pré­disent avec cons­tance la chute de la toute-puis­sante CSU, maî­tresse in­con­tes­tée de la Ba­vière de­puis 1957 et for­ma­tion al­liée à la CDU de Mer­kel. Le par­ti est dé­sor­mais cré­di­té de 33% des in­ten­tions de vote (contre 47,7% lors des der­niè- lé­gis­la­tives du Land, en 2013). En outre, la for­ma­tion de­vrait perdre sa ma­jo­ri­té ab­so­lue au Land­tag, le Par­le­ment ré­gio­nal. Preuve in­con­tes­table que la stra­té­gie adop­tée par sa hié­rar­chie de­puis des mois –à sa­voir la­bou­rer sur les terres de l’ex­trême droite afin de ré­cu­pé­rer des élec­teurs ten­tés par un vote AfD – est in­opé­rante. Chez les so­ciaux-dé­mo­crates, la si­tua­tion est en­core plus ef­frayante: le SPD s’ef­fon­dre­rait, pas­sant de 20% des voix en 2013 à 11 %. Certes, c’est le re­flet d’une ten­dance ob­ser­vée en Al­le­magne au moins de­puis les élec­tions lé­gis­la­tives fé­dé­rales de 2017. Mais ce qui déses­père les so­ciaux­dé­mo­crates, c’est que rien ne semble l’in­flé­chir. De son cô­té, l’AfD (ex­trême droite) pour­rait ras­sem­bler au­tour de 12 % des voix et, par consé­quent, sié­ger au Land­tag pour la pre­mière fois.

Théâtre.

Cette si­tua­tion rap­pelle cu­rieu­se­ment celle du scru­tin na­tio­nal de 2017 : «Chute libre des par­tis tra­di­tion­nels, ir­rup­tion de l’AfD, aug­men­ta­tion du nombre de par­tis re­pré­sen­tés au Par­le­ment… Les points com­muns entre les élec­tions de 2017 et le scru­tin ba­va­rois sont nom­breux, com­mente l’ana­lyste po­li­tique au sein du think tank Open Eu­rope Leo­pold Trau­gott. La seule dif­fé­rence, et elle est de taille, concerne le score des Verts.»

En ef­fet, les Grü­nen pour­raient ré­col­ter 18 % des voix – soit deux fois plus que leur score aux pré­cé­dentes lé­gis­la­tives. Du ja­mais vu de­puis 2011, l’an­née de Fu­ku­shi­ma…

Que se passe-t-il en Ba­vière ? Et en Al­le­magne ? Au­tre­fois la po­li­tique y était pré­vi­sible, si­non en­nuyeuse. Or, de­puis un an, les coups de théâtre se suc­cèdent. Les Al­le­mands se dé­fient des par­tis au pou­voir, fa­ti­gués de voir la coa­li­tion gou­ver­ne­men­tale se dé­chi­rer. Les conflits ré­cur­rents entre An­ge­la Mer­kel et son mi­nistre de l’In­té­rieur, Horst See­ho­fer (CSU), au­tour de la ques­tion mi­gra­toire ont cau­sé des dé­gâts dans l’opi­nion. «Il existe une las­si­tude des élec­teurs vis-à-vis de la grande coa­li­tion. Ils veulent du chan­ge­ment. Par consé­quent, ils se tournent vers d’autres par­tis», com­mente la di­rec­trice ad­jointe du Ger­man Mar­shall Fund à Ber­lin, Sud­ha Da­vid-Wilp. La ques­tion de l’im­mi­gra­tion ex­plique en par­tie la pous­sée de l’AfD en Ba­vière. L’élec­to­rat y est ma­jo­ri­tai­re­ment conser­va­teur et peu fa­vo­rable à l’im­mi­gra­tion. La ré­gion a été l’une des prin­ci­pales portes d’en­trée des ré­fu­giés en Al­le­magne quand An­ge­la Mer­kel a dé­ci­dé d’en ac­cueillir près d’un mil­lion en 2015. C’est pré­ci­sé­ment à ce mo­ment-là que l’AfD a pros­pé­ré dans l’opi­nion, dé­ve­lop­pant un dis­cours an­ti­mi­grants qui fut par­fai­te­ment en­ten­du en Ba­vière.

«Rea­los».

Comment lire la pro­gres­sion spec­ta­cu­laire des Verts ? Contrai­re­ment au SPD, membre de la coa­li­tion gou­ver­ne­men­tale, ils n’ont pas à com­po­ser avec la po­li­tique tou­jours plus droi­tière de la CDU-CSU. Et ne font pas l’ob­jet de cri­tiques ou de re­jet de la part des élec­teurs. En­suite, les Grü­nen se sont «droi­ti­sés». Le par­ti est di­ri­gé par deux te­nants de son aile «cen­triste», Ro­bert Ha­beck et An­na­le­na Baer­bock. Des Verts ap­pe­lés «rea­los», da­van­tage «conser­va­teurs­com­pa­tibles». D’ailleurs, de­puis 2016, le Land de Bade-Wur­tem­berg est di­ri­gé par les Verts, conjoin­te­ment avec la CDU. Son mi­nis­tre­pré­sident, Win­fried Kret­sch­mann, re­pré­sente cette nou­velle aile d’éco­lo­gistes «à la fois prag­ma­tiques et conser­va­teurs», ré­sume Sud­ha Da­vid-Wilp.

De fait, se­lon un ré­cent son­dage For­sa, les nou­veaux sym­pa­thi­sants des Grü­nen viennent bien en­ten­du des rangs du SPD (42 %), mais aus­si de la CDU-CSU (25%) et des li­bé­raux du FDP (7 %). Quoi qu’il en soit, cette élec­tion do­mi­ni­cale à hauts risques de­vrait avoir des consé­quences sur la po­li­tique me­née à Ber­lin. Horst See­ho­fer, mi­nistre de l’In­té­rieur fé­dé­ral et pa­tron de la CSU, pour­rait bien être le bouc émis­saire si un dé­sastre se confir­mait di­manche soir. Après des mois de pro­vo­ca­tions an­ti­ré­fu­giés, qui ont tant mis à mal la sta­bi­li­té du gou­ver­ne­ment, le meilleur en­ne­mi d’An­ge­la Mer­kel se tor­pille­rait tout seul ? L’iro­nie se­rait presque belle dans un scé­na­rio sombre. •

PHO­TO C. STACHE. AFP

Le mi­nistre-pré­sident CSU de la Ba­vière, Mar­kus Sö­der, et le chef de la CSU, Horst See­ho­fer, en mee­ting à In­gol­stadt, lun­di.

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